En une semaine, la formation dirigée par Jordan Bardella a montré sa façon toute personnelle d’être un « bouclier » contre l’antisémitisme.

Le Rassemblement national continue de montrer son vrai visage sur l’antisémitisme

Violences envers des militants de l’Union des étudiants juifs de France, hommage du député RN Julien Odoul à un écrivain antisémite, élection de Caroline Parmentier au conseil national du parti… En une semaine, la formation dirigée par Jordan Bardella a montré sa façon toute personnelle d’être un « bouclier » contre l’antisémitisme.

Marie Turcan

30 octobre 2026 à 17h05 https://www.mediapart.fr/journal/france/301026/le-rassemblement-national-continue-de-montrer-son-vrai-visage-sur-l-antisemitisme?utm_source=quotidienne-20261101-180007&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20261101-180007&M_BT=115359655566

Le racisme au Rassemblement national (RN) ; l’antisémitisme à La France insoumise (LFI) : voilà l’idée qu’Emmanuel Macron se fait de l’état des discriminations en France. « On a une désinhibition d’un antisémitisme chez certains et une désinhibition du racisme chez les autres », a affirmé le président de la République, en pointant directement les partis de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, dans une interview accordée à la chaîne d’actualité en ligne « HugoDécrypte », le 28 octobre.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État dessine un paysage politique« extrémisé », censé lui permettre d’émerger en figure neutre et modérée. Mais en tenant de tels propos dans ce moment précis, il offre un coup de pouce inespéré à la formation d’extrême droite qui, malgré les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de son président Jordan Bardella, continue de se présenter comme« le meilleur protecteur », « le bouclier », « même le dôme de fer de la communauté juive de France ».

D’autant qu’avec ce raccourci douteux, le président de la République – qui aurait déjà fort à faire en déconstruisant ses propres biais racistes (voir l’encadré) –propage surtout de fausses informations, contredites par la recherche. Année après année, la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) observe en effet combien l’antisémitisme reste plus ancré à l’extrême droiteen France, malgré la hausse de préjugés et d’amalgames antisémites depuis le 7-Octobre chez une minorité de défenseurs et défenseuses de la Palestine.

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Marine Le Pen et Jordan Bardella, président du RN, au congrès du Rassemblement national (RN) à Orléans, le 25 octobre 2026.  © Photo Grégoire Campione / REA

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Rien que la semaine passée, le RN a ainsi plus d’une fois démontré que la lutte contre l’antisémitisme reste à ses yeux un instrument au service de sa volonté d’accéder au pouvoir, comme l’avait théorisé le bras droit de Marine Le Pen, Louis Aliot, dès 2013, auprès de l’historienne Valérie Igounet : « C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. »

« Bardella a raison »

Dimanche 25 octobre, huit militant·es de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont ainsi été violenté·es au congrès du RN, à Orléans (Loiret), alors qu’ils et elles prévoyaient une action pacifiste en déployant une banderole au moment de l’arrivée de Jordan Bardella sur scène.

« Les militants du RN nous désignaient du doigt pour que le service d’ordre sache à qui casser la figure. On m’a prise par le cou, tirée, puis mise à terre ; un autre membre a eu le nez en sang ; une autre est tombée sur la tête violemment », a raconté Élise Hirsch, vice-présidente de l’association de lutte contre l’antisémitisme, le lendemain à Mediapart.

C’est ce même week-end que le parti d’extrême droite a fièrement présenté les 100 membres de son conseil national – sorte de parlement interne qui décide des grandes orientations du mouvement –, élu·es directement par les adhérent·es. On y retrouve à la vingtième place la députée Caroline Parmentier, très proche de Marine Le Pen et elle-même autrice d’écrits antisémites tenus pendant trente ans dans le journal pétainiste Présent.

Caroline Parmentier, qui dénonçait à l’époque l’existence d’un « lobby juif » et rendait encore hommage à Philippe Pétain en 2018, n’a jamais été écartée par le RN, malgré l’embarras visible de certains cadres. Qu’importe qu’elle n’ait rien retiré de ce qu’elle a pu écrire dans Présent, elle a donc été largement plébiscitée le week-end dernier par les 76 000 adhérent·es ayant pris part au vote.

Du « kwassa-kwassa » au « rabzouz »

Le 1er juin 2017, en visite dans un centre de sauvetage du Morbihan, Emmanuel Macron, fraîchement élu président de la République, ricane devant les caméras de France 24 : « Le kwassa-kwassa pêche peu, il amène du Comorien. » Une référence à l’immigration comorienne à Mayotte.

En 2019, au détour d’une interview à Valeurs actuelles, le chef de l’État aurait également désigné les Français·es d’origine maghrébine par le qualificatif raciste de « rabzouz », selon Le Monde, qui rapporte d’autres propos qu’Emmanuel Macron aurait tenus devant son ministre de la santé : « Le problème des urgences dans ce pays, c’est que c’est rempli de Mamadou. » L’Élysée a démenti.

Des déclarations qui s’inscrivent dans des années de discours réactionnaires du président de la République, qui s’était présenté, au début de son premier mandat, comme progressiste, avant de lentement s’approprier la sémantique de l’extrême droite.

Dans les travées du congrès du RN, certain·es militant·es n’ont d’ailleurs rien caché de leur rapport à la lutte contre l’antisémitisme. « Je ne vois pas d’antisémitisme au Rassemblement national. Après, on peut émettre une idée ou déclarer un fait sociétal sans pour autant avoir de haine derrière », a notamment déclaré une militante au micro de Mediapart.

Un autre, interrogé sur les écrits antisémites de Jordan Bardella (« Les banques sont toutes détenues par des juifs », « le juif doit dominer les autres peuples »…), a relativisé ces propos : « Il est excusable, c’était il y a quand même quelques années. » Tandis qu’un dernier s’est fait encore plus clair : « Pour moi, il a raison, parce que c’est la vérité. »

L’hommage de Julien Odoul à Jacques Bainville

Quelques jours plus tard, c’était au tour du député RN Julien Odoul – quatrième membre élu du conseil national – de citer Jacques Bainville, figure du mouvement royaliste l’Action française du début du XXe siècle, connu pour ses écrits antisémites. Invité de BFMTV le 28 octobre, l’élu a en effet cru bon de mentionner une phrase de cet écrivain-journaliste pour défendre le concept de « priorité nationale » : « La priorité nationale, ce n’est pas du racisme, c’est la nationalité. Et la nationalité, comme disait Jacques Bainville, la France, c’est une nation, c’est mieux qu’une race. »

Sommé « d’arrêter de citer Jacques Bainville » par le député socialiste Arthur Delaporte, également présent en plateau, Julien Odoul a persisté, assumant sa référence – comme le fait parfois Éric Zemmour, et comme l’avait également fait Gérald Darmanin en 2022, à la tribune de l’Assemblée nationale – allant jusqu’à désigner Bainville comme un « grand patriote ».

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Grand ami de Charles Maurras, théoricien d’un nationalisme intégral et d’un antisémitisme d’État visant à retirer aux personnes juives leur nationalité française, Jacques Bainville est aussi celui qui écrivait en 1927, comme l’a rappelé StreetPress : « La grande impureté de son sang, c’est la névrose juive qui fait de Henri Heine un poète malsain, un poète à déconseiller et à éviter. » Plutôt que de répondre sur le fond, Julien Odoul a dénoncé sur X une « polémique lamentable », en partageant une citation antisémite de Jean Jaurès, « icône de la gauche ».

Depuis que Marine Le Pen a choisi de maintenir sa confiance à Jordan Bardella malgré l’évidence de ses écrits antisémites, le vernis de la « dédiabolisation » du RN continue de se craqueler un peu plus chaque jour. « Le RN ne considère pas les juifs comme des sujets, mais comme des objets politiques », résumait déjà Léa Hanoune, présidente de l’UEJF, le 28 septembre.

Marie Turcan

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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