« Fake news » vs « erreur », la différence n’est pas seulement sémantique, elle est aussi politique.

“Le Monde” n’a pas publié de fake news sur l’attentat de Trappes : le choix des mots est politique

Dans un article paru lundi 26 octobre, le journal écrivait que des tracts du RN avaient été retrouvés dans la voiture du suspect, avant de corriger l’information. Une erreur que CNews qualifie de fake news. Mise au point sur une différence sémantique. Photo Bruno Levesque/IP3 PRESS/MAXPPP

Par Valérie Lehoux

Publié le 28 octobre 2026 à 15h06

Mis à jour le 28 octobre 2026 à 17h09 https://www.telerama.fr/debats-reportages/le-monde-n-a-pas-publie-de-fake-news-sur-l-attentat-de-trappes-le-choix-des-mots-est-politique-7033599.php

Non, Le Monde (journal du groupe dont fait partie Télérama) n’a pas produit une fake news à propos des crimes de Trappes. Le contraire est pourtant répété en boucle depuis plus de vingt-quatre heures sur les réseaux sociaux et dans les médias proches du RN, comme Frontières et CNews (qui y a consacré une bonne partie de son antenne mardi). En cause : un article * publié lundi 26 octobre sur le site du quotidien, à propos des attentats de Trappes. Mais on ne peut comprendre l’affaire que si l’on en retrace précisément la chronologie, qui s’est jouée en trois temps.

Lundi 26 octobre, donc, à 12h16, un premier article du Monde est publié sous le titre : « Attentat de Trappes : des tracts du RN retrouvés dans la voiture du suspect, décrit par ses proches comme “raciste” ». Il cite « une source proche de l’enquête », ainsi qu’il est coutume d’en solliciter dans les dossiers judiciaires.

À 14h59, l’article est republié avec cette précision : « Une seconde source a ensuite précisé au Monde, lundi en début d’après-midi, que ces documents avaient été retrouvés dans un autre lieu que son véhicule, et qu’il ne s’agissait pas à proprement parler de tracts, sans préciser la nature des documents en question ni contester qu’ils étaient liés au RN. » Le titre est également reformulé, ne faisant plus allusion aux tracts (« Attentat de Trappes : de nouveaux éléments de l’enquête confirment le mobile raciste du suspect »). Le correctif est clairement mentionné à la fin de l’article.

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Enfin, à 20h30, à la suite d’un point presse du Parquet national antiterroriste (PNAT), Le Monde modifie à nouveau texte et titre, de la façon suivante : « Attentat de Trappes : le PNAT dément que des “tracts” politiques aient été retrouvés “dans le véhicule” du suspect ». Article promu, comme la première version, auprès des abonnés aux « alertes » du journal. Par ailleurs, plusieurs personnalités de gauche, comme le socialiste Olivier Faure ou l’écologiste Benjamin Lucas, qui avaient d’abord relayé la présence des tracts, reviennent dessus en apprenant que l’information est inexacte — ce que n’a pas fait la LFI Manon Aubry.

« Fake news » vs « erreur », la différence n’est pas seulement sémantique, elle est aussi politique. Une fake news est une fausse information conçue et propagée en toute connaissance de cause. Elle est intentionnelle. C’est une manipulation. Rien à voir avec une erreur, si regrettable soit-elle, qui sera donc corrigée quand elle est contredite par les faits. En l’occurrence, Le Monde a fait évoluer sa couverture de l’enquête au fur et à mesure des informations qui lui parvenaient, sujettes aux dires de diverses sources. Cité par nos confrères, le procureur a finalement annoncé que, dans la voiture du suspect avaient été trouvés non des tracts d’un parti politique, mais « un pistolet-mitrailleur, des chargeurs, un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard de police ». Il n’a ni confirmé ni infirmé une autre information du Monde, selon laquelle le suspect avait un exemplaire de Mein Kampf à son domicile.

*Attentat de Trappes : le PNAT dément que des « tracts » politiques aient été retrouvés « dans le véhicule » du suspect

La garde à vue de Kevin T. a repris, lundi, après qu’un expert psychiatre a conclu que son état de santé était compatible avec cette mesure de privation de liberté.

Par Soren Seelow

Publié le 26 octobre 2026 à 20h29, modifié le 27 octobre 2026 à 09h33 (republication de l’article du 26 octobre 2026 à 12h16) https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/10/26/attentat-de-trappes-le-pnat-dement-que-des-tracts-politiques-aient-ete-retrouves-dans-le-vehicule-du-suspect_6800776_3225.html

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Devant la maison de santé Sophie-Blanchard à Trappes (Yvelines), où plusieurs coups de feu ont été tirés lors de l’attentat raciste commis le 23 octobre 2026.
Devant la maison de santé Sophie-Blanchard à Trappes (Yvelines), où plusieurs coups de feu ont été tirés lors de l’attentat raciste commis le 23 octobre 2026.  HERVÉ LEQUEUX/HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

La garde à vue de Kevin T., le suspect de l’attentat qui a fait un mort et plusieurs blessés à Trappes et à La Verrière (Yvelines), vendredi 23 octobre, a repris lundi 26 octobre après avoir été interrompue pour des vérifications psychiatriques, a annoncé le Parquet national antiterroriste (PNAT) lors d’un point presse, à la fin de la journée.

A l’issue de son examen, un expert psychiatre a conclu que Kevin T. ne présentait « pas de symptômes de décompensation aiguës » ni de signes d’une « activité hallucinatoire ou délirante » et que son état de santé était compatible avec son audition sous le régime de la garde à vue. Dans un communiqué précédent, le PNAT avait précisé que l’analyse toxicologique avait révélé « la présence de cannabis et de cocaïne dans son sang » au moment de l’attaque.

Le procureur antiterroriste, Olivier Christen, a détaillé le parcours meurtrier du suspect, qui a ouvert le feu en huit lieux différents sur 12 kilomètres avant d’être interpellé, faisant un mort et quatre blessés graves, dont trois sont toujours hospitalisés. Le magistrat a ensuite détaillé les découvertes faites à bord de sa voiture, dans laquelle ont été retrouvés un pistolet-mitrailleur, des chargeurs, un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard de police.

Lundi matin, une source proche de l’enquête avait affirmé au Monde que des tracts du Rassemblement national avaient été retrouvés dans ce véhicule, une information démentie par le procureur : « Je tiens à préciser qu’aucun tract d’un parti politique n’a été découvert dans son véhicule », a-t-il déclaré.

Le magistrat a ensuite justifié l’ouverture d’une enquête pour « assassinat et tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste » par la « gravité intrinsèque des faits », l’usage d’un « pistolet-mitrailleur » et le « ciblage de nombreuses victimes dont des enfants ». Cette enquête a été ouverte avec la circonstance aggravante que les faits ont été commis en raison « de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion », en raison de « certains propos » tenus par le suspect et du « profil » de la majorité des victimes.

Comme l’avait révélé Le Monde, Kevin T. aurait en effet déclaré, au moment de son interpellation, avoir ciblé des « Noirs » et des « Arabes » pour venger les « commerçants » pillés lors des débordements en marge de la manifestation du 17 octobre. Pour autant, le suspect « conteste le caractère raciste de ces crimes », a précisé le magistrat lundi, sans confirmer ni infirmer la découverte à son domicile, révélée par Le Monde et confirmée par plusieurs médias, d’un exemplaire de Mein Kampf, d’Adolf Hitler.

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Selon nos informations, plusieurs membres de la famille du suspect, entendus en garde à vue, l’ont décrit comme un homme « raciste » mais qui n’était ni un militant politique ni un activiste engagé au sein de l’ultradroite. Des sources proches de l’enquête le décrivaient, samedi, comme un homme au profil « isolé » qui n’était pas connu des services de renseignement. Les gardes à vue des membres de son entourage familial et amical ont toutes été levées sans poursuites dimanche.

Si le caractère raciste de l’attaque de Kevin T. est à ce stade retenu par le PNAT, l’ancrage idéologique du suspect a cependant pu évoluer au fil des années. Selon les informations du Monde, Kevin T., qui a séjourné, à l’âge de 18 ans, dans un foyer de jeunes travailleurs, a eu, à un moment de sa vie, un meilleur ami de confession musulmane, et il lui arrivait parfois de porter lui-même une djellaba.

Ce parcours peu lisible, sur fond de fragilité psychologique, alimente d’ores et déjà une bataille sur les réseaux sociaux. Plusieurs comptes affirment, sur la base de photos que Le Monde n’a pas été en mesure d’authentifier, que Kevin T. aurait été, par le passé, proche de la gauche et qu’il aurait eu des amis issus de l’immigration. Selon une source proche de l’enquête, son parcours biographique et ses possibles « évolutions » font l’objet de vérifications.

« Individu mû par la haine »

Lundi matin, sur BFM-TV, le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré que cette attaque était un « attentat terroriste raciste ». Le ministre a rappelé que les éventuelles fragilités psychologiques du suspect « ne changent rien à la gravité de l’acte, au fait que ça soit un attentat terroriste raciste ». « Ça n’enlèvera pas le qualificatif d’attentat terroriste, que les choses soient claires. Ça reste un individu mû par la haine, le racisme, et il a tué pour ça. C’est du terrorisme », a-t-il insisté.

Par le passé, plusieurs auteurs d’attentats ont présenté des troubles psychologiques ou psychiatriques reconnus par la justice antiterroriste. Alexandre Dhaussy, qui avait poignardé un militaire au nom d’Allah, à la Défense, dans les Hauts-de-Seine, le 25 mai 2013, avait même été déclaré irresponsable pénalement et n’a jamais été jugé.

Plus récemment, Abdallah Osman Ahmed, un Soudanais qui avait tué deux personnes et fait cinq blessés lors d’une attaque au couteau à Romans-sur-Isère (Drôme), le 4 avril 2020, avait lui été jugé et condamné, le 7 novembre 2025, à trente ans de réclusion. La cour d’assises spéciale de Paris avait retenu que son discernement était altéré au moment des faits, ce qui lui avait permis d’échapper à la perpétuité.

Mise à jour de lundi 26 octobre à 19 h 52 : ajout du démenti du PNAT concernant la découverte de « tracts » politiques dans le « véhicule » du suspect.

Soren Seelow

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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