« C’est infernal » : les urgences de Navarre ferment la nuit, celles de l’hôpital de Pau débordent
Publié le mardi 20 octobre 2026 à 9h21 https://www.ici.fr/nouvelle-aquitaine/pyrenees-atlantiques-64/pau/c-est-infernal-les-urgences-de-navarre-ferment-la-nuit-celles-de-l-hopital-de-pau-debordent-1837878
Les urgences de l’hôpital de Pau connaissent une forte hausse de leur fréquentation. En cause notamment, la fermeture des urgences de la clinique Navarre la nuit. Soignants et patients témoignent d’un service sous pression.
L’hiver n’est pas encore là, les épidémies saisonnières non plus, mais les urgences du centre hospitalier de Pau sont déjà sous tension. Selon nos informations, le service enregistre actuellement une hausse d’activité de près de 20%. Une situation que les soignants attribuent notamment aux difficultés rencontrées par la clinique Navarre, dont les urgences ont cessé d’accueillir des patients la nuit, et au manque de lits d’hospitalisation.
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Officiellement, depuis le 15 septembre, le service des urgences de Navarre ferme chaque nuit entre minuit et 9 heures du matin. Mais dans les faits, les fermetures ponctuelles et répétées avaient commencé plusieurs mois auparavant, entraînant déjà un report d’une partie des patients vers l’hôpital public. Résultat : les urgences du centre hospitalier de Pau doivent absorber une activité supplémentaire, alors même que les équipes dénoncent un manque de moyens et de lits d’hospitalisation.
Un paradoxe pour un service installé dans des locaux flambant neufs, inaugurés en mars 2025, il y a seulement un an et demi. Des espaces qui semblent déjà trop étroits pour accueillir l’ensemble des patients. Car depuis leur ouverture, la crise de la clinique Navarre est venue bouleverser l’organisation des soins d’urgence dans l’agglomération paloise.
« Les patients restent une journée, une journée et demie sur un brancard »
Une infirmière des urgences de Pau décrit une situation de plus en plus difficile à gérer : « Ça fait des mois qu’on a une augmentation de fréquentation. On a beaucoup de patients qui nous disent : ‘On voulait aller à Navarre, mais on nous a dit que c’était fermé pour la nuit’. » Le service accueille désormais davantage de patients pour de la « bobologie », notamment de petites plaies ou des traumatismes légers, qui pouvaient auparavant être pris en charge à Navarre. « Même pour de la petite bobologie, ces patients vont attendre plusieurs heures« , explique-t-elle.
Mais le problème ne se limite pas à l’afflux de patients. Le manque de lits disponibles dans les autres services de l’hôpital empêche aussi de désengorger les urgences. Un problème récurrent : « On a des patients qui restent une journée, une journée et demie sur un brancard parce qu’on n’a pas de place pour les hospitaliser. Les médecins passent leur temps à chercher des lits. Plutôt que de soigner des patients, ils sont en train de négocier des places d’hospitalisation ». Des patients sont parfois hospitalisés dans des services qui ne correspondent pas à leur pathologie, faute de place dans le service adapté.
« On voudrait pouvoir travailler dans de meilleures conditions »
Cette hausse d’activité pèse lourdement sur les équipes, particulièrement la nuit. D’autant que, selon l’infirmière interrogée, les fermetures nocturnes de Navarre ne se sont pas accompagnées de renforts suffisants à l’hôpital public. « Ce n’est pas parce que Navarre ferme la nuit qu’on a récupéré du personnel ou des places d’hospitalisation dans les services« , déplore-t-elle. La soignante évoque une fatigue grandissante et le sentiment de ne plus pouvoir exercer son métier dans des conditions satisfaisantes : « Quand on repart le soir, on n’est pas satisfait. Les charges de travail la nuit ont augmenté terriblement. Ça devient terrible de travailler comme infirmière la nuit aux urgences. C’est quelque chose de difficile« .
« On est arrivés à 22h30, on est ressortis le lendemain à 16h30 »
Dans les salles d’attente des urgences, les patients constatent eux aussi cette saturation. Monique et Jean-Pierre, un couple de Palois, viennent de passer une nuit entière, et une bonne partie de la journée suivante, aux urgences. « Il y en avait partout. Les box n’avaient pas le temps de se vider qu’ils se remplissaient à nouveau« , racontent-ils. Le couple décrit un ballet incessant de patients et de soignants : « Ils sont débordés. Ça défile sans arrêt. Ils ne s’arrêtent pas une minute. C’est incroyable. Il ne se passe pas un quart d’heure sans que de nouveaux patients arrivent.«
Pour Monique et Jean-Pierre, l’attente aura duré 18 heures, entre leur arrivée à 22h30 et leur sortie le lendemain à 16h30 : « On n’a pas connu ça, nous. Il y a des années, quand on arrivait aux urgences, on était pris en charge tout de suite. On n’attendait pas des heures et des heures. » Malgré ces longues heures d’attente, les patients se montrent compréhensifs. Monique et Jean-Pierre tiennent à saluer le travail des équipes, qu’ils voient courir d’un patient à l’autre sans jamais s’arrêter. Une colère qui n’est donc pas dirigée contre les soignants, mais plutôt contre le manque de moyens dont souffre aujourd’hui l’hôpital public.