France et Israël: « à vouloir toujours ménager la chèvre, on la laisse dévorer le chou ».

Sanctions contre les colonies israéliennes : la France parle fort et agit peu

OPINION

Article écrit par

Hervé Nathan

Journaliste

23 septembre 2026 https://www.alternatives-economiques.fr/sanctions-contre-les-colonies-israeliennes-la-france-parle-fort-et-agit-peu_23-09-2026?utm_campaign=hebdo_tous&utm_medium=email&utm_source=emailing&utm_content=260927

Dans le port de Rotterdam, les douaniers néerlandais vont avoir du boulot ! Depuis le 22 septembre 2026, les Pays-Bas interdisent l’entrée des produits en provenance des colonies israéliennes. Les gabelous devront donc arrêter ce qui vient d’au-delà de la « ligne verte » (frontière jusqu’en 1967) et d’en deçà.

A priori ce devrait être un travail facile : officiellement, les produits des colonies (matières plastiques, textile, agriculture) représenteraient entre 100 et 230 millions d’euros par an et l’accord d’association entre l’UE et Israël impose, depuis son entrée en vigueur en 2000, qu’ils soient estampillés comme tels, et payent les droits de douane dont sont exonérés les produits « made in Israël ».

Mais non ! Comme l’a révélé un récent rapport de l’ONG Global Echo Litigation Center : « Les produits des colonies sont cachés aux yeux de tous, réacheminés [vers l’Europe] via de fausses adresses ou mélangés à des marchandises provenant de l’intérieur des frontières reconnues d’Israël, jusqu’à ce que la distinction juridique soit abolie par la pratique bureaucratique. »

Sur les 6 700 factures examinées par l’ONG, 16 % concerneraient des produits maquillés, essentiellement des fruits et des agrumes. Ce qui n’est pas négligeable lorsqu’on sait que près de la moitié des importations physiques depuis Israël passe par les Pays-Bas. Ce petit manège frauduleux était connu depuis longtemps, mais peu réprimé. Et lorsqu’un conteneur de fruits était repéré et taxé à l’entrée dans l’UE, les expéditeurs pouvaient se faire indemniser par le budget israélien.

Ménager Israël

On pourrait s’exclamer « enfin des sanctions ! », tant l’indignation des opinions européennes devant les bombardements de Gaza et la terreur pratiquée par les colons en Cisjordanie a tardé à se concrétiser dans des actes de gouvernement. En réalité, les importations depuis les colonies israéliennes auraient pu être interdites depuis des décennies, puisque le droit international proscrit le peuplement par une puissance occupante, ce qui est le cas de la Cisjordanie depuis les années 1970.

Il aura fallu attendre septembre 2026 pour que huit pays membres de l’UE se décident à contourner le veto de l’Allemagne à toute pénalité envers l’Etat d’Israël, en particulier à la suspension de l’accord UE-Israël qui concerne près de 30 % des exportations de l’Etat hébreux, et proclament, en commun avec la Norvège, le Royaume-Uni, l’Islande et le Canada, « leur intention d’imposer des restrictions nationales au commerce de biens avec des colonies illégales au regard du droit international et/ou de soutenir des restrictions européennes en ce sens, ou qu’elles envisagent sérieusement d’adopter de telles restrictions ou d’autres mesures conformément à leurs procédures nationales ».

Les douze pays entendent ainsi faire barrage à la colonisation systématique de la Cisjordanie, « menace directe » contre « la solution à deux Etats ». Le processus d’annexion de la Cisjordanie par Israël paraît en voie d’achèvement : depuis longtemps l’Autorité palestinienne n’a plus d’autorité sur les territoires morcelés que lui attribuaient les accords d’Oslo, les constructions illégales bouleversent la géographie, les colons suprémacistes, encouragés et armés par le gouvernement israélien, mettent en œuvre un nettoyage ethnique des territoires.

Devant l’urgence, on s’attendrait à ce que l’initiative du gouvernement néerlandais soit épaulée, amplifiée, par ses homologues. A Londres, le Premier ministre Andy Burnham a immédiatement annoncé des poursuites contre les entreprises britanniques qui passeraient des contrats pour la construction de nouvelles colonies.

En France, pour l’heure, seuls quelques leaders suprémacistes font l’objet d’une interdiction d’entrée sur le territoire et de gel de leurs éventuels avoirs. On est trois étages en dessous du minimum symbolique. Et si Emmanuel Macron dénonce « le spectacle (de Gaza) qui nous fait honte à tous » à la tribune de l’ONU et vante la reconnaissance de l’Etat de Palestine par la France, à Paris, le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot précise bien : « cela ne remet absolument pas en cause le fait qu’Israël demeure un partenaire économique de la France ».

A vouloir toujours ménager la chèvre, on la laisse dévorer le chou.

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Hervé Nathan

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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