Les origines fascinantes du souverain pontife Léon XIV.

Léon XIV, un pape qui n’est pas français… mais presque !

Le 17 septembre 2026 https://www.geneanet.org/newsletter/click.php?id=3953633655bc4ec7d7c9cab0dc433076&tr=b7f7ad391e5912912de9e59b41c015574ef4b93f4d17f7e5564a597360e9149b386c3dc208

par Frédéric Thébault

Partager :

Facebook
X
Tombe de Jean/John Robert PREVOST

À l’occasion de la première visite apostolique de Léon XIV en France, prévue du 25 au 28 septembre 2026, l’occasion est idéale pour se replonger dans les origines fascinantes du souverain pontife.

Tombe de Jean/John Robert PREVOST

Issu d’un formidable brassage européen et africain, le pape Léon XIV, qui porte un nom typiquement français, Robert Francis Prevost, l’est aussi à 40 %, d’un point de vue généalogique. En effet, s’il est de nationalité américaine (et naturalisé péruvien), son arbre généalogique révèle un incroyable mystère, fait de doubles identités et d’un scandale passionnel ! 

Des grands-parents paternels énigmatiques

Si l’ascendance maternelle du pape a pu être retracée rapidement sans trop de difficultés, sa branche paternelle présentait de nombreuses zones d’ombre et contradictions. 

Le mystère Riggitano : un grand-père aux deux visages

L’ascendance paternelle du pape a longtemps donné du fil à retordre aux généalogistes. En effet, sur les actes de naissance de son père (Louis Lanti Marius Prevost) et de son oncle (John Centi Prevost), on relève de nombreuses incohérences et des prénoms aux consonances italiennes surprenantes.

Acte de naissance de Jean Centi PREVOST, 1917

Acte de naissance de Jean Centi PREVOST, 1917

Salvatore Riggitano –The daily Gate City(Keokuk, Iowa),10 juillet 1910.

Salvatore Riggitano –
The daily Gate City
(Keokuk, Iowa),
10 juillet 1910.

La raison ? Leur père menait en réalité une double vie. Celui qui se faisait appeler “Jean” ou “John Prevost” dans la vie courante se nommait en vérité Salvatore Giovanni Gaetano Riggitano. Né le 24 juin 1876 à Milazzo, en Sicile, il n’était pas français comme il le prétendait : professeur de langues romanes, il parlait parfaitement italien et français, ce qui lui permettait de jouer aisément sur les deux tableaux. Le pape Léon XIV aurait donc très bien pu s’appeler Riggitano !

Petite annonce de leçons de français, italien, allemand “Riggitano / Prevost”

Petite annonce de leçons de français, italien, allemand “Riggitano / Prevost”

Scandale, adultère et naissance secrète

Pourquoi Salvatore Riggitano a-t-il changé d’identité ? L’histoire de la famille du pape est digne d’un roman. Émigré aux États-Unis, Salvatore Riggitano est déjà un homme marié lorsqu’il tombe sous le charme de la grand-mère du pape, Suzanne Fontaine, une jeune Française née au Havre en 1894 avec laquelle il a un enfant.

Certificat de mariage Salvatore RIGGITANO / Daisy HUGHES

Certificat de mariage Salvatore RIGGITANO / Daisy HUGHES

En 1917, le scandale éclate au grand jour et fait les choux gras de la presse américaine.

Fuyant le scandale et l’accusation d’adultère, Suzanne est contrainte de s’éloigner pour accoucher de leur enfant dans un établissement catholique pour jeunes filles célibataires, à Lackawanna, dans l’État de New York. C’est dans ce contexte délicat que les amants choisissent de brouiller les pistes en donnant des informations modifiées et approximatives sur l’acte de naissance de leur fils.

Formulaire d’enregistrement comme étranger

Formulaire d’enregistrement comme étranger

Pourquoi avoir choisi le nom “Prevost” ? Le mystère enfin résolu !

Jusqu’à récemment, l’origine exacte du nom d’emprunt restait au stade de l’hypothèse. C’est désormais une certitude : lorsque Suzanne a dû déclarer la naissance de son fils sans révéler la véritable identité du père, elle a tout simplement puisé dans son propre arbre généalogique. Elle a choisi le nom de jeune fille de sa propre mère, Jeanne Eugénie Prevost ! C’est par cet incroyable concours de circonstances que le pape Léon XIV a hérité du patronyme de son arrière-grand-mère française.

Le reste de l’arbre généalogique est plus classique, et nous mène aux quatre coins de la France.

Les origines de la grand-mère paternelle : Normandie et Béarn

Orsennes, Indre (carte postale Geneanet –
vue d’Hier et aujourd’hui)

Cette branche des PRÉVOST normands, qui ne semble donc pas liée à l’ascendance paternelle – bien que cela reste possible -, s’enracine solidement dès le XVIIe siècle dans les villages du Pays de Caux, en Seine-Maritime, notamment à Ouainville (Pierre PRÉVOST, 1666-1741) et Clasville (Pierre François PRÉVOST, 1754-1817). On y croise les familles LETHEUXAUBERTDESJARDINSGODARD, implantées depuis des générations. La région est alors une terre de fermes puissantes, de haies vives et de clos-masures qui prospèrent grâce au lin et à l’élevage. Les PRÉVOST y exercent des métiers agricoles classiques, mais aussi parfois des fonctions plus notables comme celle de “bourgeois” dans les archives, statut qui distingue alors les hommes d’affaires ou propriétaires fonciers dans les bourgs. Dans le Calvados (Clin­champs-sur-Orne, Fresney-le-Puceux), la vie paysanne se maintient sur plusieurs générations chez les CHRETIEN par exemple, peu affectés en apparence par les grands bouleversements révolutionnaires. Enfin, àCany-Barville, berceau des AUBERT et des GODARD, on retrouve une bourgeoisie rurale active dans le commerce des toiles. La région bénéficie d’un fort dynamisme économique grâce au tissage et à la proximité du port de Fécamp. En 1731, Robert DESJARDINS y épouse Anne GODARD, unissant deux lignées marquées par la stabilité foncière et la participation au développement local de l’industrie textile.

Le passage par Paris des PREVOST au milieu du XIXe siècle nous permet de trouver une origine dans l’Indre par la mère de Jeanne Eugénie, Jeanne CHAUVIN, née en 1840 à Gargilesse-Dampierre. On navigue ensuite avec des familles de Cuzion, Orsennes, Badecon-le-Pin, Mailletavec les inévitables cultivateurs mais aussi une forte proportion de vignerons (CHAUVIN, DAGUENET, GORGEON, LAMY, METRAUD, DIOTON, LAFORET, JAUDIER, MONSACRÉ/MAUSSACRÉ…)

Des ancêtres maternels Français émigrés vers la Louisiane

Grand-père maternel : des origines dans la Manche et l’Ille-et-Vilaine

Mariée à Chicago en 1949, la mère de Léon XIV, Mildred Agnès MARTINEZ possédait elle aussi du sang français. Son père Joseph MARTINEZ, fabricant de cigares (1864-1926) était originaire de la Nouvelle-Orléans, comme tous ses ancêtres, dont plusieurs portent des noms à consonnance française : RÉAUX, MONTREUIL, GUESNON, DAUVILLÉE, LEMELLE, MARIETTE, DAVION, SANSON, SALMON… On le sait, la Nouvelle-Orléans fut longtemps une colonie française, et cette origine nous est confirmée par Pierre GUESNON, marié en 1747 en Louisiane, qui était né à Coutances dans la Manche ou Marie Marguerite COQUELIN, née à Saint-Servan en Ille-et-Vilaine en 1687. Nul doute que des recherches approfondies permettraient de retrouver le berceau de nombre de ces familles dans l’hexagone…

La Nouvelle-Orléans, Louisiane, États-Unis (carte postale Geneanet)

Grand-mère maternelle : des origines dans les Pyrénées-Atlantiques et les Bouches-du-Rhône

Là aussi, si Louise BACQUIÉ (1868-1945) épouse MARTINEZ est née à La Nouvelle-Orléans, ses origines nous permettent de trouver une branche française, assez loin dans le temps toutefois, via deux lignées maternelles. L’une nous transporte dans le Béarn, à Monein et Pardies, petites communes des Pyrénées-Atlantiques, dans une région encore marquée au XVIIIe siècle par la cohabitation de protestants et catholiques. On y croise des MAUBOURGUET, GANOSSE ou MULE.

Essai de blason via le menu
Héraldique : Ecartelé aux 1 et 4
d’azur aux trois loriots d’or,
2 et 1, surmontés d’un lambel
d’argent(Roquevaire); aux 2 et 3
losangéd’argent et de gueules,
auchef d’or (Flotte).

Pour quelle raison Jean-Pierre BACQUIÉ (1752-1815) émigre-t-il en Guadeloupe ? On l’ignore, mais la raison est probablement identique à celle de nombreux migrants : trouver sinon la fortune, du moins un avenir meilleur. C’est là qu’il croise une Marseillaise vingt ans plus jeune que lui, Marie-Thérèse RANCUREL (1776-1857), avec qui il ne semble pas s’être marié, mais qui lui donne un enfant : Aristide, né en 1811 à Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Avec lui, elle s’installe ensuite en Louisiane, la chute de l’Empire ayant poussé de nombreuses familles à quitter les Caraïbes.

Cette branche méridionale permet de remonter très loin dans le passé grâce à une abondante documentation notariale. Dès 1415, on trouve ainsi un contrat de mariage à Allauch entre Hugone RICHELME et Brémond RICARD. Ces familles — RICARDAUSSELAYCHARDLOMBARDEYGUESIERVILLECROZE — sont présentes pendant plusieurs siècles dans un triangle Marseille / Salon / Lançon. Elles exercent des métiers variés : laboureurs, ménagers, notaires, parfois marchands. D’autres branches viennent se greffer à cette zone méridionale, venues de l’extrême est de la France actuelle, à Tourvesdans le Var (VILLECROZE, MERCADIER) et plus loin à Monaco et Menton (ALBINI, GROSSO, DANIEL, CLAVESANA/CRAVEZAN), anciennement en Savoie, pays entier disparu en 1860. Et donc, on trouvera très probablement des ancêtres italiens, les échanges étant fréquents dans cette région. Une autre branche est installée à Guillaumes, commune perchée des Alpes-Maritimes et origine des RANCUREL au XVIe siècle.

Citons enfin une possible origine noble via la famille des seigneurs DE LA FLOTTE de Roquevaire et notamment Bertrand DE FLOTTE DE LA ROCHE DE CABRE, Juge mage de Provence à la fin du XIIIe siècle, et Millette DE FOS, Dame de Roquevaire, dont l’ascendance nous mènerait aux ducs de Normandie, aux Robertiens et aux vikings…

Quelques cousinages notables

Hormis un cousinage via la Louisiane, la plupart sont issus de la famille NEGREL, dans le sud de la France, sur plusieurs générations.

  • Jean DE LATTRE DE TASSIGNY (1889-1952), officier général pendant la Seconde Guerre mondiale, Maréchal de France, de la 8e à la 7e génération, via le couple François LEMELLE dit Bellegarde et Marie Louise MARIETTE, mariés en 1728 à La Nouvelle-Orléans,
  • Edmond ROSTAND (1868-1918), auteur dramatique français, de la 12e à la 11e génération, via le couple Bertrand NEGREL / Louise JEAN, mariés en 1566 à Roquevaire (13),
  • Eric CANTONA (1966), footballeur, de la 12e à la 15e génération, via le couple Bertrand NEGREL / Louise JEAN, mariés en 1566 à Roquevaire (13),
  • Jacques MEDECIN (1928-1998), maire de Nice, à la 12e génération, via le couple Jean-François DANIEL et Nicole FORNARI, mariés en 1586 à Menton (06),
  • Nadine TRINTIGNANT (1934), réalisatrice, scénariste, écrivaine, à la 13e génération via le couple Antoine NEGREL et Catherine MAURIN, mariés en 1550 à Aubagne (13),
  • Albert CAMUS (1913-1960), écrivain, philosophe, prix Nobel de Littérature 1957, de la 14e à la 16e génération, via le couple Jean NEGREL et Jeanne BOUIS, mariés en 1501 à Roquevaire (13),
  • Caroline CELLIER (1945-2020), actrice, de la 14e à la 17e génération, via le couple Jean NEGREL et Jeanne BOUIS, mariés en 1501 à Roquevaire (13),
  • Jean-Claude GAUDIN (1939-2024), maire de Marseille, de la 15e à la 16e génération, via le couple Jean NEGREL et Guillelme BLANC, mariés vers 1470 sans doute à Roquevaire (13).

La généalogie de Léon XIV

Les origines en France et aux Etats-Unis(cliquez pour zoomer)

Les origines en France et aux Etats-Unis
(cliquez pour zoomer)

Les origines globales sur 7 générations
(cliquez pour zoomer)


Nous remercions vivement lecentredegenealogie et tous ceux qui nous ont fourni des informations pour ce travail formidable.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire