Les pompiers dénoncent un manque de moyens après un été 2026 marqué par des incendies historiques

Les pompiers sont-ils les grands oubliés du budget ?

En grève depuis le 8 septembre, les pompiers dénoncent un manque de moyens après un été 2026 marqué par des incendies historiques. Sont-ils vraiment sous-financés ? Plongée dans leurs comptes.

Darius Albisson, le 16 septembre 2026

 5 min

Moment de répit pour un pompier du Vaucluse venu prêter main forte aux soldats du feu lors du gigantesque incendie de la forêt de Fontainebleau, le 13 juillet 2026.© MERYL CURTAT / HANS LUCAS VIA AFP

Au tour du gouvernement d’éteindre le feu. Après une mobilisation hors-norme pour lutter contre des incendies de forêts historiques de l’été, les pompiers sont en grève depuis le 8 septembre et réclament plus de moyens humains et financiers. Pour savoir si les soldats du feu sont vraiment délaissés par la puissance publique, jetons un œil à leur financement.

Il faut bien distinguer deux volets : d’un côté, le budget des Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) et de l’autre, le « Programme 161 », budget de la sécurité civile émanant de l’Etat.

A l’exception de Paris et de Marseille, la sécurité civile est donc assurée par les SDIS, majoritairement financés par les départements (56 % du total en 2025), suivis des intercommunalités et des communes. Au total, leurs recettes s’élevaient à 6,1 milliards d’euros en 2025, qui servent en grande majorité aux dépenses de fonctionnement (5,2 milliards), dont 83 % du montant est alloué à la rémunération des pompiers, professionnels ou volontaires.

Les départements financent plus de la moitié du budget des SDIS

Répartition du budget et des dépenses des Services départementaux d’incendie et de secours en 2025 en millions d’euros (M€)

Et l’Etat dans tout ça ? Mis à part 45 millions d’euros de subventions, ses deniers ne se retrouvent pas directement dans les comptes des SDIS, mais dans le budget du Programme 161. En 2025, il atteignait 830 millions d’euros, ce qui représente donc seulement 13,3 % des financements.

Ce montant est utilisé en grande partie pour l’achat d’équipements (notamment aériens), le fonctionnement de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC), ou encore la coordination entre les SDIS. Car lorsque des effectifs d’un SDIS opèrent dans un autre département, c’est l’Etat qui rembourse les frais.

Des budgets rattrapés par la hausse des prix et des interventions

Ces sommes sont-elles suffisantes pour faire tourner les casernes ? Côté Programme 161, Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement, a affirmé sur franceinfo que son budget avait « quasiment doublé » depuis la première élection d’Emmanuel Macron. En fait, il est passé de 508 à 830 millions d’euros entre 2017 et 2025. L’augmentation est nette, mais on est loin d’un doublement. Et si l’on tient compte de l’inflation, sa hausse réelle est de 23 %.

Côté SDIS, le financement a légèrement baissé en euros constants (corrigés de l’inflation) depuis 2012, passant de 4,3 milliards d’euros en 2012 à 4,25 milliards en 2025. Et les deux fonds cumulés, la dépense publique pour la sécurité civile a baissé en valeur de 1,3 %.

Cette stagnation des moyens n’aurait pas posé de problème si les missions des pompiers ne s’étaient pas alourdies

Cette stagnation des moyens n’aurait pas posé de problème si les missions des pompiers ne s’étaient pas alourdies. Or, du fait du vieillissement de la population, de la saturation des ambulances et d’une hausse des incendies liée au réchauffement climatique, le nombre d’interventions a considérablement augmenté, passant de 3,61 millions en 2002 à 4,89 millions en 2025, soit une augmentation de 26 %. De ce point de vue, oui, les pompiers doivent bien faire plus avec autant de moyens.

Les financements ne suivent pas la hausse des interventions

Evolution du budget de la sécurité civile* en prenant en compte l’inflation, et du nombre d’intervention par an (base 100 en 2012)

*La somme correspond au calcul suivant : budget du Programme 161 + Participations et subventions reçues – subventions de l’Etat aux SDIS (qui sont issues du Programme 161)

Source : OFGL, ministère de l’Interieur

© Alternatives Économiques

Il suffit d’observer le temps de réactivité des secours pour saisir les effets concrets du sous-financement des SDIS.

« En onze ans, le délai moyen de présentation des engins [le temps entre l’appel et l’arrivée des secours, NDLR] est passé de 12 minutes 30 à 15 minutes 09, affirme Manuel Coullet, secrétaire national du syndicat Sud. Quand on sait que, lors d’un arrêt cardiaque, une minute d’attente supplémentaire diminue de 10 % les chances de survie, c’est énorme », déplore-t-il.

Ce sont aussi les conditions de travail des agents qui se fragilisent, à commencer par les moyens matériels. A la suite des mégafeux de Gironde et des Landes de 2022, qui avaient ravagé 20 850 hectares de forêt, le gouvernement avait commandé 1 000 camions-citernes supplémentaires (seuls 500 ont à ce jour été livrés). « Cette commande est bienvenue, mais elle ne vient même pas remplacer les camions qu’on a perdus en vingt ans », regrette Manuel Coullet. Car si le nombre de véhicules disponibles est reparti à la hausse depuis 2017, il reste loin des niveaux atteints il y a deux décennies.

Le nombre de camions-citernes repart (légèrement) à la hausse

Evolution de camions-citernes en services par an 

Source : Direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise

© Alternatives Économiques

Ces difficultés, couplées à une cadence de travail soutenue, conduisent par ailleurs certains pompiers volontaires (qui représentent, avec près de 200 000 personnes, 78 % des effectifs) à se détacher peu à peu de leurs engagements. « Ces exigences […] ne s’appuient sur aucune réglementation ni législation et elles peuvent décourager des individus pourtant très motivés, dont les contraintes familiales ou professionnelles limitent la disponibilité », explique Pauline Born, chercheuse à l’université de Rouen et autrice d’un article sur le sujet publié sur le site The Conversation1.

Selon un rapport de l’Inspection générale de l’administration, il faudrait recruter 21 000 pompiers professionnels pour assurer un service de sécurité civile adapté aux besoins, ce qui équivaut à une augmentation de 50 % des effectifs.

Des mesures attendues

En 2022, le gouvernement s’est emparé du sujet en lançant le « Beauvau de la sécurité civile », une grande concertation qui a débouché sur la publication d’un rapport en septembre 2025, mettant en lumière l’impasse du système actuel de la Sécurité civile.

Si aucun projet de loi n’a été déposé depuis, certaines propositions restent soutenues par les Départements de France, comme l’élargissement de l’assiette de la taxe spéciale sur les conventions d’assurance (TSCA). Ce prélèvement sur les assurances est redistribué en partie aux départements pour le financement des SDIS, et pèse 28 % du total de leur financement.

Autre piste : déplafonner le montant alloué par les communes, qui ne peuvent actuellement pas augmenter leur contribution au-delà de l’inflation d’une année sur l’autre, option inenvisageable pour les municipalités, elles aussi soumises à de fortes pressions budgétaires.

Pour l’heure, les premières mesures présentées par le ministère de l’Intérieur à l’intersyndicale le 8 septembre n’ont pas convaincu. « On attend beaucoup du projet de loi de finances », prévient Manuel Coullet.

Article écrit par

Darius Albisson

Journalist

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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