« Derrière son affichage, le RN ne défend aucune femme » : le vrai visage du pseudo-féminisme de Marine Le Pen
Marine Le Pen a participé à féminiser l’électorat du RN. Mais derrière son féminisme de façade, le parti ne défend pas les droits des femmes, défend Violaine De Filippis-Abate dans son livre “Puisque le RN vous dit qu’il protège les femmes !”.
15 septembre 2026 à 17h00modifié à 19h47 https://basta.media/le-rn-ne-defend-aucune-femme-la-realite-derriere-le-pseudo-feminisme-marine-le-pen
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Basta! : À qui s’adresse ce livre ?

Violaine De Filippis-Abate : Je l’ai écrit dans l’idée qu’il puisse à la fois être utilisé par des militantes et militants, comme une sorte de recueil qui leur permette de retrouver facilement des arguments avec des données vérifiables ; et aussi dans l’espoir qu’il soit lu par des personnes qui ne sont pas convaincues et qui sont ouvertes à la discussion. J’ai bien conscience que ce n’est pas un livre qui sera lu par des électeurs et électrices historiques du Rassemblement national (RN), en revanche, j’ai l’espoir que les personnes qui sont tentées par le vote RN et qui sont sensibles aux questions des droits des femmes s’y intéresseront.
Une des raisons pour lesquelles j’ai eu envie d’écrire ce livre, c’est que je connais, parmi mes proches, une femme qui a voté RN aux élections européennes de 2024. En discutant avec elle, je me suis rendu compte qu’elle avait beaucoup d’idées reçues sur ce parti et pas forcément le temps de tout vérifier. Certaines avancent notamment que Marine Le Pen étant une femme, elle ne peut pas vraiment être contre les droits des femmes.
Ces dernières années, Marine Le Pen a réussi à réduire, voire anéantir le « gender gap » électoral du RN, c’est-à-dire l’écart de vote entre les hommes et les femmes pour ce parti. Selon vous, pourquoi de plus en plus de femmes votent-elles pour le RN ?
Ce vote des femmes pour le RN est, je crois, multifactoriel. Le fait que Marine Le Pen soit une femme participe en tout cas grandement à dédiaboliser le parti. Quand elle a succédé à son père en 2011, elle est immédiatement partie à la conquête de l’électorat féminin en se présentant comme une femme active, moderne, divorcée, qui va même maintenant jusqu’à se dire féministe – mais surtout pas « néoféministe ». Elle utilise cette carte pour dire qu’elle garantira le respect des droits des femmes, alors qu’il s’agit en réalité de servir un agenda nationaliste. Ce mécanisme a été conceptualisé par la sociologue Sara R. Farris, qui a appelé ça le « fémonationalisme » – par la suite également analysé dans le livre Les Vigilantes, de Léane Alestra.
Et ça marche, puisqu’aux élections européennes de 2024, le RN comptait pour la première fois plus d’électrices que d’électeurs. Pour autant, derrière cet affichage, ce parti ne défend aucune femme : selon le média Bon pote, qui a analysé 189 amendements et propositions de loi relatives aux droits des femmes votées à l’Assemblée nationale entre 2022 et 2025, seules 42 % ont été soutenues par le RN.
Quel est le type de « féminisme », ou plutôt le « fémonationalisme », prôné par Marine Le Pen et son parti ?
Le fémonationalisme mêle le nationalisme et la xénophobie à une soi-disant défense des droits des femmes. Concernant le RN, cela va consister dans le fait d’agiter le prétexte des droits des femmes dès lors qu’il servira leurs réelles ambitions politiques. Par exemple, en matière de violences sexistes et sexuelles (VSS), ils vont quasiment systématiquement en parler quand l’agresseur correspond à un certain profil – en l’occurrence celui d’une personne en situation irrégulière ou issue de l’immigration. Ils vont aussi s’en servir pour défendre leur conception remodelée de la laïcité, c’est-à-dire pour cibler toujours les mêmes : les personnes de confession musulmane.

Quelles sont les positions et les propositions de l’extrême droite quand les auteurs de violences sexuelles se nomment Joël Le Scouarnec ou Dominique Pelicot ?
Dans leurs prises de parole publiques, on les entend beaucoup moins sur ces sujets-là. Cela les met mal à l’aise pour la simple et bonne raison que le RN refuse de parler de patriarcat – entendu comme une forme d’organisation sociale où les hommes dominent les femmes, en ce qu’ils exercent le pouvoir en ce sens, que ce soit dans la sphère politique, économique, familiale, etc., et ce, peu importe l’origine des hommes et leur confession religieuse. Néanmoins, et toujours probablement dans une stratégie de dédiabolisation, les relais du RN, comme Némésis, ont désormais tendance à aborder les violences faites aux femmes quand elles sont perpétrées par des hommes français de manière un peu plus récurrente qu’avant, mais il n’empêche que ça reste très minoritaire et fait à dessein.
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Ensuite, sur les violences sexistes et sexuelles de manière générale, le RN n’a en réalité aucune politique prévue pour lutter contre des violences systémiques. Cela se voit à travers plusieurs choses. Dans leur contre-budget 2026, ils n’ont aucune ligne dédiée à la lutte contre les violences faites aux femmes. Ils prévoient même au contraire de réduire de 3,2 milliards d’euros les subventions aux associations et de 5 milliards les dotations dédiées à certains acteurs locaux. Dans leur programme, que ce soit pour les européennes de 2024 ou la présidentielle de 2022, le RN n’avait par ailleurs aucun fascicule programmatique dédié aux VSS. Et s’il devait y en avoir un pour 2027, ce ne serait que pour poursuivre l’entreprise de dédiabolisation du parti, en y intégrant très probablement une large part de leur agenda identitaire, à commencer par la lutte contre l’immigration.
Quelle est la représentation réelle des étrangers parmi les auteurs de VSS ?
Il ne s’agit pas de nier qu’il y a, dans les statistiques pénales générales, une surreprésentation des personnes en situation irrégulière. C’est explicable par des critères qui tiennent aux conditions sociales, et pas aux origines comme voudrait le faire croire le RN. La pirouette de ce parti est finalement de transformer ces conditions sociales en essence culturelle et la violence masculine en soi-disant problème racial. Or, selon le service statistique ministériel de la sécurité intérieure, 87 % des mis en cause enregistrés pour violences sexuelles commises hors cadre conjugal ou familial ont la nationalité française.
Pourquoi est-il faux de parler de « culture du viol importée » comme le fait le RN pour dénoncer l’immigration ?
C’est tristement ironique. Souvent, les partisans du RN se disent amoureux de l’histoire de France, mais ils la réécrivent complètement, en essayant de nous faire croire que la culture du viol n’existait pas avant les vagues d’immigration qu’ils dénoncent. Quand on connait l’histoire de France, et par exemple celle de notre Code civil et de notre Code pénal, on sait que les lois privaient les femmes de droits et autorisaient même, dans une certaine mesure, les VSS.
Le fait pour une femme de refuser d’avoir des rapports sexuels avec son mari a encore pu être retenu pas plus tard qu’en 2019 comme une faute civile par des juges français dans le cadre de son divorce. Ce qui a amené les députés à voter pour une loi qui permet de préciser dans ce même Code civil que l’obligation d’une « communauté de vie » n’implique pas les rapports sexuels…
Dans votre livre, vous vous intéressez notamment aux votes des élus RN à l’Assemblée nationale et au Parlement européen. Que disent-ils des positions de ce parti en matière de droits des femmes ?
Tout d’abord, en matière d’égalité professionnelle, le RN n’a jamais soutenu l’instauration de quotas pour obliger les entreprises à recruter des cadres dirigeantes. Derrière, il y a cette philosophie qu’une femme qui veut un poste peut, selon eux, l’obtenir, puisqu’ils estiment que le patriarcat systémique n’existe pas. En ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles, ils n’ont généralement pas voté pour des mesures qui allaient dans le sens de la protection des femmes.
Dans le cadre de la loi de finances 2024, ils ont ainsi voté contre un amendement, présenté par la député communiste Elsa Faucillon, visant à demander au gouvernement un rapport pour évaluer les moyens budgétaires nécessaires à la formation de l’ensemble des professionnels de la justice qui peuvent être amenés à être en contact avec des femmes victimes de VSS. En janvier 2025, tous les députés RN se sont aussi abstenus lors du vote en première lecture à l’Assemblée nationale de la proposition de loi visant à renforcer la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants. En mars 2023, ils votaient également contre l’extension de l’inéligibilité aux auteurs de violences intrafamiliales…
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Cette position dans l’hémicycle des députés RN rend d’autant plus insoutenable l’hypocrisie dont ils font preuve quand ils dénoncent les dysfonctionnements de la justice au moment où éclate l’affaire Lyhanna. En réalité, le RN n’a jamais rien fait, ni en termes de proposition budgétaire ni en termes de proposition législative, pour qu’il y ait des délais raisonnables d’enquête dans ce type de cas.
Quant au Parlement européen, les élus RN ont notamment refusé de voter pour la ratification de la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, dite « Convention d’Istanbul », qui est pourtant le premier instrument international juridiquement contraignant consacré à la prévention des violences faites aux femmes.
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En cas d’accession du RN au pouvoir en France, peut-on craindre une régression des droits des femmes, et notamment de l’accès à l’avortement ?
Le cas de l’accès à l’avortement est très intéressant. Dans les municipalités où le RN est au pouvoir, celui-ci est parfois compliqué. Par exemple, au début de l’été 2026, le maire RN de Carpentras a décidé de couper les subventions au Planning familial. Il avait aussi pris position contre l’allongement du délai légal de l’IVG en 2022, quand il était député du Vaucluse, en comparant cette mesure « aux génocides arméniens et rwandais, à la Shoah, aux crimes de Daesh ».
Par ailleurs, plusieurs représentants du RN se sont déjà prononcés contre les séances d’Evars (éducation à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). Or, à partir de la classe de 4e est prévue une information sur la contraception et l’avortement en cas de grossesse non désirée.
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Donc, en cas d’arrivée du RN au pouvoir, on peut a minima s’attendre à ce qu’ils ne fassent absolument rien pour améliorer l’accès à l’IVG, alors qu’aujourd’hui environ 20 % des femmes doivent changer de département pour avorter. Ce constat peut être élargi : on peut raisonnablement penser que, sans pour autant mener d’emblée une politique qui porterait des mesures législatives pour retirer des droits existants, le RN ne ferait rien pour favoriser l’application des droits des femmes. Et sans, mesures de financement pour les mettre en œuvre, ces droits restent lettre morte.