Les poussières toxiques du 11-Septembre ont causé 54 000 cancers et 6 300 morts
Le maire de New York, Zohran Mamdani, doit rendre publics des milliers de documents, prouvant selon lui que les autorités municipales, en 2001, connaissaient la toxicité de l’air et l’ont tue. Selon une étude récente, 154 000 personnes ont déclaré des maladies depuis.
11 septembre 2026 à 16h32 https://www.mediapart.fr/journal/international/110926/les-poussieres-toxiques-du-11-septembre-ont-cause-54-000-cancers-et-6-300-morts?utm_source=quotidienne-20260911-180411&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260911-180411&M_BT=115359655566
Vendredi 11 septembre 2026 à New York, le maire démocrate, Zohran Mamdani, doit assister aux commémorations de l’attentat contre le World Trade Center, il y a vingt-cinq ans. Sera également présent celui qui était maire le 11 septembre 2001, le républicain Rudy Giuliani. Ce dernier a déclaré au site d’extrême droite Newsmax qu’il vivait comme une « offense » la présence de son successeur, parce qu’il est de religion musulmane.
Zohran Mamdani n’a pas répondu à cette attaque raciste, qui a tout d’une diversion. Car le maire a autrement mis en cause Rudy Giuliani, jeudi 10 septembre. Il a annoncé que son administration allait rendre publics 170 000 documents concernant la qualité de l’air dans le sud de Manhattan et l’ouest de Brooklyn après la chute des tours du World Trade Center, qui a dégagé un énorme nuage de poussière. Ces 170 000 documents ont été découverts dans un bureau de la mairie, stockés dans soixante-huit boîtes. Selon Zohran Mamdani, ils démontrent que « des gens sont tombés malades parce que les dirigeants auxquels ils faisaient confiance leur ont menti en leur affirmant qu’ils pouvaient respirer sans danger un air toxique ».

Selon le New York Times, qui a pu consulter les documents, ceux-ci contiennent des comptes rendus d’analyses des poussières dans le sud de Manhattan, dans les jours et les semaines qui ont suivi l’attaque terroriste. De nombreuses substances toxiques ont été identifiées dans ces poussières, notamment de l’amiante, à des taux supérieurs aux seuils légaux. « Ces documents renforcent la thèse selon laquelle les New-Yorkais ont été incités à revenir dans la zone Ground Zero [le site des attentats et ses alentours – ndlr] bien avant que cela soit sûr, exposant les travailleurs et les résidents à des substances toxiques », estime le journal.
La publication de ces documents répond à une demande ancienne et répétée de l’association 911 Health Watch. Elle pourrait relancer les actions en justice contre les autorités municipales de l’époque, notamment contre Rudy Giuliani.
900 substances chimiques dans les poussières
Le maire avait en effet décidé la réouverture de la Bourse de Wall Street, située à 500 mètres de Ground Zero, dès le 17 septembre 2001. Des lycéens et lycéennes, des étudiant·es ont pu rejoindre très rapidement leurs établissements situés dans les quartiers les plus exposés. Leurs habitant·es ont simplement reçu des conseils sur la manière la plus sûre de nettoyer ces poussières toxiques, avec des chiffons humides.
« L’air est sûr, autant que nous puissions en juger », avait par exemple déclaré Rudy Giuliani le 12 septembre 2001. Ou encore : « Vous sentez la poussière, vous vous dites que quelque chose ne va pas. Mais on me dit que ce n’est pas dangereux pour votre santé. » Il avait également incité les New-Yorkais·es à « retrouver une vie normale » au plus vite.
Vingt-cinq ans après la chute des tours, la dangerosité des débris est aujourd’hui établie. Le World Trade Center Health Program liste neuf cents substances chimiques présentes dans les poussières : amiante, benzène, cadmium, mercure, acide nitrique, uranium, etc.
Ce programme prend en charge les frais de santé des personnes dont la maladie est attribuée à l’exposition aux poussières. Dans les deux années qui ont suivi les attaques, 69 % des 10 000 secouristes intervenu·es sur le site des attaques et des travailleurs et travailleuses chargé·es de déblayer les gravats ont développé des maladies respiratoires et ont vu leurs symptômes s’aggraver, a révélé une étude publiée en 2006. Mais les atteintes à la santé surviennent aussi à bien plus long terme.
Sur les 400 000 personnes exposées aux poussières, 154 000 ont déclaré des maladies, selon le WTC Health Program. Son dernier rapport, daté du 1er août 2026, établit à 54 000 le nombre de cancers : 18 000 cancers de la peau, 13 000 cancers de la prostate, 4 800 cancers du sein, 3 600 mélanomes, 2 500 lymphomes, 2 400 cancers de la thyroïde, 2 000 cancers du rein, 2 000 cancers du poumon, etc. Les autres maladies déclarées sont des rhinosinusites chroniques (42 000 cas), des reflux gastro-œsophagiens (39 000), de l’asthme (23 000), des syndromes de stress post-traumatique (18 000), des maladies respiratoires chroniques (10 000), etc.
À ce jour, 6 287 personnes sont mortes des suites de maladies développées en raison de leur exposition à ces poussières, toujours selon le WTC Health Program. C’est deux fois plus que le nombre de victimes immédiates des attaques du 11-Septembre, 2 977. Ce décompte n’est pas terminé. Les cancers dus à l’amiante, par exemple, peuvent se déclarer quarante ans après l’exposition.