Cisjordanie : 12 pays, dont la France et le Royaume-Uni, veulent sanctionner le commerce avec les colonies israéliennes
Les chefs d’État de la France, du Royaume-Uni et du Canada entendent, par de nouvelles sanctions, « empêcher que la situation se détériore davantage ». Les dirigeants israéliens, comme leurs homologues états-uniens, dénoncent cette décision.
Douze pays, dont la France, le Royaume-Uni et le Canada, ont annoncé mardi leur intention de sanctionner le commerce avec les colonies israéliennes, durcissant encore un peu plus le ton face à Israël, qui a menacé de représailles.
La tension monte depuis des semaines entre Israël et de nombreux pays, notamment en Europe, indignés par l’intensification des violences commises par les colons et par un vaste projet d’extension de la colonisation dans le territoire occupé depuis 1967.
Dans une déclaration conjointe, ces douze pays (France, Royaume-Uni, Canada, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Islande, Norvège, Pologne, Portugal et Suède) « confirment leur intention d’imposer des restrictions nationales au commerce de biens avec des colonies illégales au regard du droit international et/ou de soutenir des restrictions européennes en ce sens, ou qu’elles envisagent sérieusement d’adopter de telles restrictions ou d’autres mesures conformément à leurs procédures nationales ».
Dans le texte, ils expliquent que « le président de la République française Emmanuel Macron, le premier ministre du Royaume-Uni Andy Burnham et le premier ministre du Canada Mark Carney sont convenus de la nécessité de prendre des mesures pour empêcher que la situation se détériore davantage ».
Ils affirment encore que les violences de colons « ont atteint des niveaux sans précédent »et jugent que « les actions menées par le gouvernement israélien en Cisjordanie compromettent la possibilité d’une solution à deux États ».
Sur X, le ministre des affaires étrangères français Jean-Noël Barrot a confirmé que la France allait « mettre fin au commerce avec les colonies israéliennes situées dans les territoires palestiniens occupés ».
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Au même moment, le ministre des affaires étrangères britannique, Ed Miliband, a annoncé devant le Parlement « une interdiction d’importation des produits provenant des colonies illégales situées dans les territoires occupés ». Londres va aussi sanctionner « des entreprises et des individus qui fournissent des services tels que la construction, les infrastructures, le financement ou l’immobilier pour l’expansion des colonies », a-t-il ajouté.
« Un nettoyage ethnique est en cours en Cisjordanie, perpétré par des colons terroristes. Et bien trop souvent, le gouvernement israélien a fermé les yeux sur cette situation », a déclaré le ministre, descendant de réfugiés juifs au Royaume-Uni.
« Discrimination »
Avant même la publication de cette déclaration, le président israélien Isaac Herzog avait mis en garde, estimant que des sanctions représenteraient « une grave erreur de calcul » et qu’une telle décision « tombera[it] du mauvais côté de l’histoire ».
Le ministre des finances israélien Bezalel Smotrich, du Parti sioniste religieux (extrême droite), a lui appelé lundi sur X à « chasser l’ambassadeur britannique » d’Israël.
Cette annonce de nouvelles sanctions intervient en pleine campagne électorale en Israël en vue des législatives d’octobre, marquée par un durcissement de la rhétorique de certains dirigeants israéliens de la coalition de droite et d’extrême droite dirigée par Benyamin Nétanyahou.
Pour le Royaume-Uni, avec des échanges évalués à 38 millions de livres par an (44,2 millions d’euros) avec les territoires occupés, une interdiction d’importation serait surtout symbolique.
Au-delà d’Israël, elle a déjà suscité des critiques états-uniennes.
L’ambassadeur états-unien en Israël, Mike Huckabee, a estimé qu’imposer des sanctions serait « une décision irrationnelle ».
« C’est une discrimination contre le gouvernement israélien, une discrimination contre les juifs », a-t-il dit sur la BBC mardi.
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Plusieurs pays occidentaux ont déjà pris des sanctions face à l’intensification des violences commises par les colons, en parallèle de la guerre à Gaza menée par Israël en représailles à l’attaque sans précédent du Hamas le 7 octobre 2023.
En juin, la France, l’Australie et le Canada avaient visé des entités et individus israéliens impliqués dans les violences et l’expansion des colonies, des mesures alors qualifiées de « honteuses » par Israël.
L’Irlande et l’Espagne ont également déjà pris des mesures contre les échanges avec les colonies israéliennes, et la France pousse pour une décision similaire à l’échelle de l’Union européenne (UE).
Les ministres d’extrême droite Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich sont aussi interdits de territoire en France et au Royaume-Uni.
Hors Jérusalem-Est, occupée et annexée par Israël, quelque 3 millions de Palestinien·nes vivent en Cisjordanie, aux côtés de plus de 500 000 Israélien·nes installé·es dans ces colonies.
Sanctions contre Israël : le Canada, la France et le Royaume-Uni vont enfin interdire les importations depuis les colonies
Dans une déclaration commune, douze gouvernements, dont huit membres de l’Union européenne, ont annoncé leur intention de restreindre le commerce en provenance des colonies israéliennes. Le gouvernement britannique se distingue avec des mots forts contre le « nettoyage ethnique » en Cisjordanie.
9 septembre 2026 à 07h30 https://www.mediapart.fr/journal/international/090926/sanctions-contre-israel-le-canada-la-france-et-le-royaume-uni-vont-enfin-interdire-les-importations?utm_source=quotidienne-20260909-182253&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20260909-182253&M_BT=115359655566
BruxellesBruxelles (Belgique).– C’est une colère sans retenue que Gideon Sa’ar, le ministre des affaires étrangères israélien, d’extrême droite, a déversée mardi 8 septembre à l’endroit des autorités britanniques. Les accusations d’« ingérence flagrante », de « démarche moralement perverse » et de « mensonges éhontés » ont parsemé une logorrhée qui a pour l’instant épargné la France et le Canada, mais peut-être provisoirement.
Ces deux États se sont en effet associés au Royaume-Uni et à neuf autres pays, parmi lesquels on trouve l’Espagne, la Pologne, le Portugal, la Suède, le Danemark ou l’Irlande, pour annoncer, par le biais d’une déclaration commune, leur intention de restreindre le commerce de biens en provenance des colonies israéliennes en Cisjordanie.
Si la plupart des signataires envisagent l’adoption de mesures nationales ou disent soutenir des restrictions au niveau européen, la France, le Canada et le Royaume-Uni sont les seuls à annoncer concrètement la prochaine mise en œuvre d’une interdiction nationale des importations depuis les implantations illégales en territoire palestinien.

L’Irlande, les Pays-Bas, la Belgique et l’Espagne ont déjà adopté, ou sont en passe de le faire, de telles restrictions. « Mais le fait que la France et le Royaume-Uni, deux membres du Conseil de sécurité des Nations unies, prennent le même chemin revêt une importance significative. Cela accroît la pression politique et économique sur Israël », commente Hussein Baoumi, expert du Moyen-Orient et conseiller en « risque politique ».
Changement de ton britannique
C’est le Royaume-Uni qui est la tête de proue de cette coalition, et contre qui l’ire des dirigeants israéliens s’est donc dirigée. Le changement de premier ministre travailliste, avec le remplacement de Keir Starmer par Andy Burnham, a été crucial. Ce dernier, qui s’était engagé à se démarquer de la complaisance longtemps affichée envers l’État hébreu, a annoncé une réinitialisation complète de ses relations avec le gouvernement israëlien.
Dans une tribune publiée mardi dans le quotidien britannique The Guardian, Andy Burnham écrit : « Nous appelons depuis des années à une solution à deux États au Moyen-Orient, mais nous devons reconnaître que ces mots n’ont aucun sens si nous ne les accompagnons pas d’actions concrètes. Pendant trop longtemps, nous avons hésité à agir, craignant d’être accusés d’être anti-Israël. Aujourd’hui, nous annonçons des mesures mûrement réfléchies et ciblées qui ne visent pas le peuple israélien, mais les politiques inacceptables [de son] gouvernement. »
Peu avant, lors d’un discours à la chambre des communes, le ministre des affaires étrangères Ed Miliband a dénoncé avec force l’accroissement sans précédent des territoires colonisés en Cisjordanie, la violence terroriste des colons et le « nettoyage ethnique » en cours.
Devant les député·es, il a dévoilé une panoplie d’actions concrètes : de nouvelles sanctions contre les colons ; le refus de toute licence d’exportation d’armes ou de matériel contribuant à l’occupation ; l’interdiction au Royaume-Uni de publicités, notamment immobilières, favorisant la colonisation ; et enfin des sanctions contre des entreprises qui fournissent des services facilitant l’expansion des colonies, dans les domaines de la construction, des infrastructures ou des finances.
Les mesures annoncées ne sont qu’un petit pas [mais] un pas tout à fait notable.
Claudio Francavilla, de l’ONG Human Rights Watch
La France, ainsi que d’autres pays membres de cette coalition, est plus timorée dans l’expression de ses griefs. Jean-Noël Barrot assure par exemple que cette mesure « n’est pas un boycott d’Israël » mais une mise en application du droit international.
Dans leur déclaration commune, les douze gouvernements n’en dénoncent pas moins les déplacements forcés de Palestinien·nes et l’accaparement de terres. C’est en particulier la concrétisation du projet de colonisation en zone « E1 », à l’est de Jérusalem, qui constitue une ligne rouge pour ces gouvernements, car celui-ci couperait en deux la Cisjordanie, ce qui annihilerait tout espoir de voir émerger un jour un État palestinien.
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Le fait de répliquer par un arrêt des importations de biens depuis les territoires occupés relève du « strict minimum », estime Claudio Francavilla, directeur associé du bureau européen de l’ONG Human Rights Watch. « C’est même une obligation légale, insiste-t-il. Comme l’a rappelé la Cour internationale de justice en 2024, les États doivent mettre un terme aux relations commerciales qui contribuent à la situation illégale créée par Israël. »
« Depuis toujours, poursuit Claudio Francavilla, j’entends des discours dénonçant l’occupation, et pourtant les territoires palestiniens sont annexés. Les déclarations n’ont pas empêché les déplacements forcés, l’apartheid et les nettoyages ethniques. Il est donc temps d’agir. Même si les mesures annoncées ne sont qu’un petit pas à l’échelle des abus subis par les Palestiniens, il s’agit d’un pas tout à fait notable. »
L’Union européenne sur le banc de touche
C’est au sein d’une coalition ad hoc que ces douze gouvernements ont dévoilé leur position. Tout en appartenant à l’Union européenne (UE), certains ont contourné ce cadre faute de parvenir à y faire adopter des sanctions significatives. Les actions en ce sens sont tuées dans l’œuf au conseil des ministres, où les refus catégoriques de l’Allemagne et de l’Italie bloquent toute initiative.
L’interdiction des importations de biens depuis les colonies est discutée depuis des mois, sans progrès tangibles. « La frustration est grande chez certains États membres, rappelle un diplomate, il fallait donc faire quelque chose, même en dehors du cadre européen. »
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Pour Martin Konečný, directeur de l’ONG European Middle East Project, la déclaration du jour aura des conséquences au niveau communautaire. « Cette prise de position publique d’alliés majeurs de l’UE et de la France, un État membre d’un grand poids, va accentuer la pression sur la Commission européenne, estime-t-il. Sa présidente, Ursula von der Leyen, a tout fait pour enliser les initiatives en ce domaine, pensant à tort faire disparaître le sujet des radars. »
Le discours annuel de la présidente de la Commission sur l’état de l’Union est prévu pour le 16 septembre. Il sera difficile pour elle d’esquiver le sujet, alors même que la politique commerciale est de compétence communautaire. D’un pur point de vue technique, la multiplication d’interdictions nationales d’importations et leur coexistence avec des régimes moins regardants va d’ailleurs fragmenter le marché intérieur, ce qui pourrait pousser la Commission à sortir de sa léthargie.
« La Commission doit faire cette proposition d’interdiction des importations aux ministres compétents, pense Claudio Francavilla de Human Rights Watch. Les gouvernements devront se prononcer et ne plus se cacher derrière leur petit doigt. »
Pour Hussein Baoumi, la prise de position des douze gouvernements pourrait même avoir des répercussions inattendues sur les primaires du parti démocrate aux États-Unis : « Si des pays alliés, comme le Canada, le Royaume-Uni, la France, adoptent de telles interdictions, les candidats pourraient à leur tour s’emparer d’une telle proposition. »
Pour l’instant, dans les États-Unis de Donald Trump, les réactions sont tout autres. Mike Huckabee, l’ambassadeur des États-Unis en Israël, a menacé de « représailles »les tenants d’une telle mesure « irrationnelle ». Marco Rubio, le secrétaire d’État états-unien, s’est gardé de tout commentaire, tout en assurant que les États-Unis ne suivraient pas la voie britannique.
En Israël, Gideon Sa’ar a d’ores et déjà annoncé la fermeture du consulat britannique à Jérusalem Est et l’exclusion du Royaume-Uni du mécanisme de coordination de l’aide humanitaire pour Gaza.
Sanctions britanniques : Israël peut dormir tranquille

https://www.monde-diplomatique.fr/carnet/2026-09-11-Sanctions-britanniques-Israel
Au titre d’une initiative conjointe engageant douze pays dont la France, le ministre des affaires étrangères britannique a annoncé le 8 septembre, devant la Chambre des communes, de nouvelles sanctions visant les colonies israéliennes en Cisjordanie. M. Edward (« Ed ») Miliband a dénoncé notamment le « nettoyage ethnique »qui y sévit. Les mesures qu’il a détaillées cibleront « des entreprises et des individus qui fournissent des services, tels que la construction, les infrastructures, le financement et l’immobilier, destinés à l’expansion » de la colonisation.
Ces dispositions relèvent en partie du jeu politique interne. Le nouveau gouvernement de M. Andrew (« Andy ») Burnham semble enfin prendre acte de l’impasse dans laquelle le Parti travailliste s’est mis en refusant de faire droit à l’émotion et aux mobilisations suscitées par l’aggravation de la tragédie que vit le peuple palestinien au cours de la période récente. Déjà, le 11 novembre 2023, plus de 800 000 personnes avaient défilé à Londres en solidarité avec Gaza. Ces derniers mois, les Verts, beaucoup plus offensifs sur le sujet que les travaillistes, progressent dans les sondages et aux élections partielles ou locales.
Les sanctions contre les colonies illégales sont aussi tardives. En effet, depuis le 7 octobre 2023, les forces de Tel-Aviv ou des colons ont tué plus de 1 100 Palestiniens, dont plus de 240 enfants, en Cisjordanie. L’armée israélienne inflige également des détentions ou des incarcérations arbitraires, des humiliations de toutes sortes, des contrôles incessants qui rendent les déplacements cauchemardesques sur ce territoire.
Les dispositions annoncées par M. Miliband sont enfin dérisoires. D’une part, l’État visé par ces sanctions en raison de la seule colonisation de la Cisjordanie commet un génocide, des crimes de guerre et s’en prend illégalement au Liban, à la Syrie ou à l’Iran. D’autre part, les importations des colonies ne représentent qu’une proportion minime des 6 milliards de livres (près de 7 milliards d’euros) d’échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et Israël. D’après Bloomberg, cité par L’Opinion (8 septembre 2026), « des diplomates britanniques ont eux-mêmes assuré Washington que les sanctions (contre les colonies israéliennes) étaient avant tout symboliques et qu’elles n’avaient pas vocation à miner la relation diplomatique et commerciale entre les deux États ».