La « nuit en enfer » d’une patiente en souffrance : 14h d’attente, un matelas au sol sur le parking, le calvaire d’une malade aux urgences de l’hôpital

Publié le05/09/2026 à 06h55 m
Temps de lecture : 4 min
Une patiente gravement malade et en souffrance a dû attendre plus de huit heures aux urgences du CHU Gui de Chauliac à Montpellier avant d’être prise en charge. Pour la soulager, ses proches l’ont installée sur un matelas sur le parking de l’hôpital. Sa sœur témoigne d’un « système à bout de souffle », dépassé par une situation dramatique.
Une histoire aussi douloureuse que dramatiquement banale. Passé la fatigue et la colère, Marie* la sœur d’une patiente de 46 ans atteinte d’un cancer, a finalement décidé de raconter « ces heures en enfer ». Aux urgences de l’hôpital. Elle s’y rend mardi soir, le 1er septembre 2026 pour accompagner sa sœur. Atteinte d’un cancer du cerveau à un stade très avancé, elle vient de suivre une séance de radiothérapie. Sur le chemin du retour, elle est prise de douleurs atroces qui paralysent une de ses jambes, une perte de mobilité qui est la conséquence de sa maladie. La quadragénaire appelle les secours, le Samu l’oriente vers les urgences du CHU Gui de Chauliac à Montpellier.
« Du monde partout »
Elles y arrivent vers 20h30. « Ils sont blindés. Il y a du monde partout », indique Marie. Sa sœur qui souffre le martyre ne peut pas s’extraire de la voiture. Il faudra l’aide de Marie et de sa fille pour parvenir à la sortir de la voiture. Et on finit par leur apporter un fauteuil roulant.
Le pré-entretien avec l’infirmier à l’accueil a lieu très rapidement… Avant la longue attente. « Ils nous annoncent quatre à cinq heures avant une prise en charge. On ressort. On revient, on insiste. Ma sœur est de plus en plus mal, sa jambe immobile pèse une tonne, elle souffre énormément. On demande un brancard ou un siège adapté. Là, l’infirmière me regarde, incrédule, et elle me répond : ‘Madame, là vous êtes à l’hôpital !' »
Ils nous annoncent quatre à cinq heures avant une prise en charge.Soeur d’une patiente atteinte d’un cancer
France 3 Occitanie
Inconfort, douleur. Pour soulager sa souffrance, sa fille finit par aller chercher un matelas, une couverture et un coussin chez des amis. Elles les installent sur le parking de l’hôpital pour que la patiente, à bout de forces, puisse s’allonger. Les heures passent, le nombre de patients augmente. Marie multiplie les allers-retours pour que l’on n’oublie pas sa sœur. « On a une urgence vitale d’un enfant de deux ans. On a pris en compte les critères de priorité », finit par lui répondre une infirmière.
Fermeté, absence d’empathie des soignants
Un infirmière se renseigne « – Avez-vous besoin d’un antidouleur ? » « – Non, J’ai besoin d’un lit »,rétorque la patiente à bout. L’infirmière repart. « Elle est très ferme. Globalement, tous les personnels sont très fermes. Ils s’en prennent tellement plein la gueule toute la journée qu’ils passent en mode tolérance zéro. Ce sont des murs. Il n’y a plus du tout d’empathie. Il suffirait parfois de pas grand-chose. Marie continue ses allers-retours entre le parking et l’accueil. « Chaque fois que je vais voir la secrétaire, j’ai l’impression de l’embêter. Quand je l’informe que l’on déplace ma sœur au cas où ils viendraient la chercher, derrière sa vitre, elle met un papier devant sa bouche pour parler à sa collègue. C’est très violent. »
Elle met un papier devant sa bouche pour parler à sa collègue. C’est très violent.Soeur d’une patiente atteinte d’un cancer
Sur un brancard, sans couverture, avec la climatisation à fond
La salle d’attente se vide, Marie et sa sœur attendent. Elle sera finalement hospitalisée à 4h40 du matin. « Sur un brancard, avec la clim à fond, sans couverture. Je lui en rapporte une.Elle négocie un verre d’eau alors qu’avec les traitements pour le cancer, elle a la bouche hyperpâteuse. Elle a toujours très soif. Elle n’est pas mobile, elle ne peut rien faire toute seule. » L’équipe autorise la sœur à l’aider à aller aux toilettes.
Globalement, tous les personnels sont très fermes. Ils s’en prennent tellement plein la gueule toute la journée qu’ils passent en mode tolérance zéro. Ce sont des murs. Il n’y a plus du tout d’empathie.Soeur d’une patiente atteinte d’un cancer
« On repart à zéro »
À 7 heures changement de personnels. Et ce qu’il était possible de faire à 5h30,- comme l’aider à aller aux toilettes ou être avec elle – ne l’est plus. Avec la nouvelle équipe, tout recommence à zéro. Ils refont le tour, ils reprennent la tension. « On lui avait annoncé un IRM à 7h et puis finalement là on ne lui dit plus rien. »
Le temps s’écoule, l’envie d’aller aux toilettes se fait plus en plus pressante. Personne. « On lui dit qu’on va venir et puis on ne vient pas au bout d’une demi-heure…. Puis une jeune infirmière stagiaire vient lui ouvrir la porte. « Elle me dit : ‘on vous laisse rentrer pour que vous puissiez l’amener aux toilettes et après vous ressortez.’ Je rentre pour faire le boulot de l’infirmière, c’est-à-dire l’aider à descendre de son lit, l’amener aux toilettes. Ma sœur pète un plomb ». Elle hurle dans le service.
Le ton monte, la patiente à bout de nerfs
Deux infirmiers arrivent enfin en lui demandant de se calmer : « ne nous parlez pas comme ça, on vous a dit qu’on arrivait. Ce n’est pas de notre faute. Vous m’avez déjà mal parlé tout à l’heure. Je vais mettre ça dans votre dossier, ça va vous suivre », menace l’un des soignants.
« Ma sœur est là depuis 20 heures dans un état lamentable et elle se fait pourrir car au bout de dix heures, elle pète un câble. Elle a juste besoin d’aller aux toilettes. Je l’y amène, puis je la réinstalle sur son lit. Elle veut rentrer à la maison. Je refuse. Elle veut tout sauf rester. » La patiente passera finalement une IRM à 10h, pourra déjeuner à 15h et sera transférée dans un service de neurologie à 18 heures. « C’était tout ce qu’elle demandait au départ en arrivant aux urgences, elle qui souffre de tumeurs cérébrales en pleine inflammation. Près de 24 heures en l’enfer », soupire Marie.
« Je suis moi-même fonctionnaire, je comprends la souffrance des personnels mais c’est inacceptable… C’est un système à bout de souffle », conclut Marie.
La réponse du CHU
Contacté le CHU de Montpellier assurer « rester pleinement à l’écoute de la patiente et de ses proches, qui peuvent contacter le service des relations avec les usagers à l’adresse suivante : sru@chu-montpellier.fr. La situation fait actuellement l’objet d’une analyse approfondie par les équipes concernées. »