«Ça commence à m’angoisser pas mal» : le Nobel d’économie Daron Acemoğlu de plus en plus inquiet face à la menace de l’IA sur l’emploi
Publié le 31/08/2026 à 10h26, mis à jour le 31/08/2026 https://www.lefigaro.fr/vie-professionnelle/ca-commence-a-m-angoisser-pas-mal-le-nobel-d-economie-daron-acemoglu-de-plus-en-plus-inquiet-face-a-la-menace-de-l-ia-sur-l-emploi-20260831?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20260831_NL_ACTUALITES&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=NcWyRiOKvxjU4Er2Fb40VbAcXmAzXCC9W9uRPiy83fqekxjN6_R2OHbosJ3HhfpogMIox46GQz%2B0SQqIufOzrmwYcyP27OYzNk
Jusque-là, ce spécialiste des conséquences de l’intelligence artificielle sur l’économie se montrait plutôt optimiste, estimant que seuls 5% des postes dans le monde seraient ébranlés par cette révolution.
«Depuis mon poste d’observation, je dois vous dire que ça commence à m’angoisser pas mal. Il m’arrive de ne pas dormir la nuit en pensant aux conséquences énormes que tout ça va avoir.»
En ce lundi de rentrée, le prix Nobel d’économie Daron Acemoğlu a adopté un ton inédit pour lui, en clamant haut et fort sur France Inter son inquiétude quant à l’impact «gigantesque» de l’intelligence artificielle sur le marché de l’emploi. Il craint en effet que l’économie manque de préparation.
Il s’agit d’un virage pour cet économiste du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui s’était montré optimiste jusque-là, adoptant une position à contre-courant du catastrophisme. En 2024, il avait ainsi publié une étude estimant uniquement à 5%, la part des postes menacés par l’IA d’ici 2035. Dans le même temps, l’OCDE misait sur un quart, et le FMI l’évaluait à 40% Le spécialiste avait même affirmé : «5%, ce n’est pas ce que j’appelle une révolution économique.»PASSER LA PUBLICITÉ
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Pouvoir entre les mains des entreprises
Si auparavant, il contestait les prédictions annonçant la disparition d’innombrables emplois, il s’est récemment ravisé. En juillet, il a signé un appel collectif déclarant que l’arrivée des agents IA change la donne, car ces systèmes peuvent réaliser une série d’actions d’eux-mêmes, sans intervention humaine aux différentes étapes. Désormais, s’il n’a pas refait de calculs exacts, il pense que la jauge est passée de 5% à 8 ou 9% d’emplois touchés. Une hausse qui reste malgré tout loin des scénarios les plus alarmistes mais qui témoigne du virage de celui qui incarnait jusque-là le scepticisme face aux présages d’une technologie unanimement destructrice d’emplois.
Son inquiétude ne porte pas seulement sur le nombre de postes susceptibles de disparaître, mais aussi sur la nature de la transformation car dans ces conditions, les sociétés pourraient être tentées de vouloir remplacer les travailleurs plutôt qu’augmenter leurs capacités. Dans sa tribune intitulée Why we must stop talking about artificial general intelligence — and instead build ‘pro-worker’ AI (littéralement, «Pourquoi nous devons cesser de parler d’intelligence artificielle générale — et construire plutôt une IA « favorable aux travailleurs») et publiée dans Nature le 21 août, il assure que le pouvoir demeure entre les mains des groupes et des pouvoirs publics qui peuvent orienter l’avenir du travail en choisissant la place à donner à cette technologie.