Une épidémie inédite aux US, de rougeole sur fond de vaccino-scepticisme de l’administration Trump et d’une partie des Américains.

EN GRAPHIQUES

Le pays fait face à une épidémie inédite de rougeole sur fond de vaccino-scepticisme de l’administration Trump et d’une partie des Américains, alors que la maladie était éliminée depuis 2000.

La rougeole continue de progresser aux Etats-Unis, sur fond de baisse de la couverture vaccinale, alors que la rentrée des classes qui se profile risque encore de favoriser la propagation de la maladie. Avec 2 813 cas recensés au 21 août, le pays enregistre en effet un niveau inédit des infections par le virus Morbillivirus hominis depuis les années 1990, avec déjà plus de cas qu’au cours de toute l’année 2025 (2 286), et près de dix fois plus que sur toute l’année 2024 (282 cas).

Ce virus, le plus contagieux du monde, est un cauchemar pour les agences de santé publique : « Un individu peut infecter entre 15 et 20 personnes, si elles ne sont pas vaccinées », explique l’épidémiologiste Antoine Flahault, contre une à deux pour la grippe. « Le pendant de cette très forte contagiosité, c’est qu’elle nécessite une couverture vaccinale très élevée, supérieure à 95 % de la population », ajoute le professeur de santé publique à l’université Paris Cité.

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Ainsi, le passage de cette couverture vaccinale sous ce seuil des 95 % peut avoir des conséquences rapides sur les contaminations. C’est ce qui arrive outre-Atlantique, où la moindre arrivée d’un cas venu de l’extérieur d’un Etat ou d’un comté se répand extrêmement vite parmi la population non vaccinée.

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Au niveau national, le taux de couverture vaccinale du pays, qui était de 95,2 % en 2019 est tombé à 92,5 % en 2024. La carte ci-dessous présente à la fois le niveau de couverture vaccinale par comté et le nombre de cas enregistrés en 2026. Sur les 2 813 cas recensés au 21 août, plusieurs foyers importants apparaissent :

  • 610 cas dans le comté de Spartanburg, en Caroline du Sud, avec une couverture vaccinale de 90 %.
  • 180 cas dans le comté de Lancaster, en Pennsylvanie (couverture de 88,5 %).
  • 136 cas dans le comté de Hudspeth (Texas) dont le taux de couverture vaccinale est pourtant plutôt élevé (93,8 %) : ils se sont déclarés dans un centre de détention.

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Aux sources de l’épidémie

L’épidémie que connaît actuellement le pays a démarré en janvier 2025, dans l’ouest du Texas, au sein d’une communauté de chrétiens mennonites hostiles à la vaccination, où la couverture vaccinale est de seulement 77 %. Bien que la vaccination soit obligatoire dans les écoles américaines, les « exemptions non médicales » du fait de la religion ou de croyance dans des solutions médicales alternatives, comme le traitement de la rougeole par l’huile de foie de morue, les antibiotiques ou les corticoïdes, se sont multipliées ces dernières années, encouragées par l’exécutif. Depuis les années 2010, le Texas a perdu 4 points de couverture vaccinale, passant de plus de 97 % à 93 %.

Si 70 % des infections sont enregistrées chez les enfants, les 30 % d’adultes infectés montrent que la situation actuelle n’est pas seulement due à la baisse du taux de vaccination, mais aussi à une défiance de plus long terme, comme la persistance d’un mythe infondé qui remonte à la fin du XXe siècle. A l’en croire, le vaccin contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR) causerait l’autisme. De fausses affirmations répétées par Donald Trump, et également reprises par son secrétaire à la santé, Robert F. Kennedy Jr.

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Politique antivax de Donald Trump

Donald Trump a rallongé, le 10 août, la liste de ses actions vaccinosceptiques avec la signature d’un décret présidentiel porteur de nouvelles recommandations en matière de vaccins infantiles.

En janvier, le président américain avait déjà retiré six vaccins de la liste des recommandations chez les enfants dont ceux contre la grippe, les hépatites A et B, les méningocoques (à l’origine de méningites), et ceux contre les virus gastro-intestinaux. Reste que le gouvernement fédéral n’a pas le pouvoir de prendre ces décisions, qui reviennent normalement aux Etats. On sait déjà que la plupart des Etats républicains se basent sur les recommandations fédérales pour établir leur politique vaccinale infantile, là où au moins 30 autres s’appuient en plus sur la littérature scientifique et « des institutions médicales reconnues »selon le décompte publié par le site d’information Newsweek.

Et en France ?

Le ministère de la santé français a rendu la vaccination rougeole, oreillons et rubéole (ROR) obligatoire à partir de 2018. Elle a gagné 4,6 points de couverture vaccinale pour atteindre 95,2 % en 2024 (avec une dose) ; 87,8 % à deux doses en 2023, selon les données rendues publiques en avril 2026.

Fin juillet, la France comptait pour sa part 112 cas de rougeole, après en avoir enregistré 1 176 en 2025. Ce chiffre, le plus élevé depuis 2011, montre que la France n’échappe pas à la recrudescence mondiale de la rougeole depuis 2022. 

Pourtant, le vaccin ROR est reconnu comme sûr par la communauté scientifique, « avec moins d’un événement indésirable par million de vaccinations », ajoute Antoine Flahault. Un risque à mettre en regard de celui de la rougeole :une infection se solde dans 1 cas sur 1 000 par des complications comme une encéphalite aiguë, voire la mort. Et comme ce virus n’a pas de réservoir animal ou environnemental, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère que son éradication est tout à fait possible, grâce à l’efficacité du vaccin.

Pionniers dans la politique vaccinale contre la rougeole dès les années 1980, les Etats-Unis « ont été les premiers à éradiquer la rougeole dans les années 2000 », rappelle l’épidémiologiste. Le maintien de ce statut fait l’objet d’une réévaluation annuelle par l’Organisation panaméricaine de la santé, le bureau continental de l’OMS. En 2025, les Etats-Unis faisaient déjà l’objet de « préoccupations majeures » du fait du nombre de cas en hausse. Ils pourraient désormais, à leur tour, perdre ce statut, comme le Canada en 2025, qui nécessite trois années sans propagation de cas localement selon la typologie de l’OMS. Au-delà de sa portée symbolique, une telle perte constitue aussi, selon les experts, un indicateur de la capacité d’un pays à se préparer à répondre à une pandémie.

Pierre Breteau

Rougeole aux Etats-Unis : deux nouveaux morts en Pennsylvanie

Ces morts, qui s’ajoutent aux trois autres décomptées en 2025, sont survenues chez des personnes qui n’étaient pas vaccinées, un quart de siècle après que la maladie avait été déclarée éliminée du pays grâce à la vaccination. 

Le Monde avec AFPPublié hier à 00h40, modifié hier à 14h13 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/26/rougeole-aux-etats-unis-deux-nouveaux-deces-en-pennsylvanie_6756663_3210.html

Un panneau décrivant les symptomes de la rougeole est affiché à l’entrée du Cohen Children’s Medical Center à New Hyde Park (New York), le 14 mars 2025.
Un panneau décrivant les symptomes de la rougeole est affiché à l’entrée du Cohen Children’s Medical Center à New Hyde Park (New York), le 14 mars 2025.  SHANNON STAPLETON/REUTERS

Deux décès liés à la rougeole, maladie grave et contagieuse opérant un retour en force aux Etats-Unis, ont récemment été enregistrés en Pennsylvanie, ont annoncé mardi 25 août les autorités sanitaires locales.

Ces morts, les premières rapportées depuis le début de l’année, s’ajoutent à trois autres décès, dont deux enfants, décomptés en 2025, date à laquelle a commencé l’actuelle épidémie, la pire recensée aux Etats-Unis en trente-cinq ans.

Les deux décès sont survenus en Pennsylvanie chez des personnes qui « n’étaient pas vaccinées » et qui résidaient dans le comté de Lancaster, a déclaré le ministère de la santé local, sans fournir davantage de détails. Ce comté de l’est des Etats-Unis est notamment connu pour abriter une large population amish, dont les taux de vaccination sont inférieurs au reste de la population.

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« Plusieurs décennies après l’éradication de la rougeole aux Etats-Unis, il est déchirant d’assister à des décès dus à une maladie évitable grâce à un vaccin largement utilisé depuis les années 1970 », a regretté dans un communiqué Andrew Racine, président de l’Académie américaine de pédiatrie (AAP).

Défiance envers la vaccination

La rougeole avait été déclarée éliminée du pays en 2000 grâce à la vaccination, mais opère depuis plusieurs années un retour en force, sur fond de baisse des taux de vaccination et de défiance croissante à l’égard des autorités sanitaires. Une crise à laquelle le ministre de la santé de Donald Trump, le vaccinosceptique Robert Kennedy Jr, est accusé de contribuer en alimentant les craintes à l’égard du vaccin.

Plus de 2 770 cas confirmés de rougeole ont été décomptés en 2026 aux Etats-Unis, soit plus qu’en 2025, année qui avait pourtant déjà explosé les records avec 2 289 cas. La rougeole provoque de la fièvre, des symptômes respiratoires et des éruptions cutanées, et dans certains cas des complications plus graves, comme une pneumonie et une inflammation du cerveau pouvant occasionner de graves séquelles, voire la mort.

Lire aussi |  Rougeole : les cas augmentent dans les pays d’Amérique du Nord, où cette maladie mortelle avait quasiment disparu

Avant la mise au point du vaccin, au début des années 1960, la rougeole tuait des centaines d’enfants chaque année aux Etats-Unis. Elle continue de faire des dizaines de milliers de morts à travers le monde.

Bien que le vaccin soit obligatoire aux Etats-Unis, les Américains peuvent dans une grande partie du pays contourner la règle en invoquant des raisons religieuses ou même parfois philosophiques. Ces dérogations non médicales ont bondi depuis la pandémie due au Covid-19 et l’explosion de la désinformation vaccinale et de la défiance à l’égard des autorités sanitaires.

Le Monde avec AFP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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