La hausse des températures de l’Atlantique Nord permet désormais aux physalies de se reproduire dans nos eaux.

Les physalies, animaux marins très urticants, de retour sur les plages du Sud-Ouest

Depuis le mois de juillet, des échouages massifs de ces organismes se multiplient sur le littoral aquitain. La fréquence et l’ampleur du phénomène interrogent les scientifiques, qui cherchent notamment à déterminer le rôle du changement climatique. 

Par Pierre BoitelPublié hier à 06h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/08/14/les-physalies-animaux-marins-tres-urticants-de-retour-sur-les-plages-du-sud-ouest_6746180_3244.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260814&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;autrestitres-title-_titre_1

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Une physalie échouée dans la laisse de mer de la plage Pereire à Arcachon (Gironde),  le 31 juillet 2026.
Une physalie échouée dans la laisse de mer de la plage Pereire à Arcachon (Gironde), le 31 juillet 2026. ELVIRE ANTAJAN/IFREMER

Sur la plage de la Petite Chambre d’amour, à Anglet (Pyrénées-Atlantiques), tout invite à la baignade ce mardi 11 août : le thermomètre frôle les 30 °C, le ciel est dégagé, l’océan est calme. Et pourtant, pas une tête ne dépasse de l’eau. Seul un drapeau rouge claque au-dessus du poste de secours, signe que la baignade est interdite. En cause : la physalie, petit animal marin venu des eaux chaudes, qui s’échoue en nombre depuis plusieurs semaines sur les plages du Sud-Ouest.

Contrairement à ce que son apparence suggère, la physalie n’est pas une méduse mais un siphonophore, une colonie d’organismes vivant en symbiose. Son flotteur gélatineux et bleuté ne mesure généralement qu’entre 10 et 30 centimètres, mais ses tentacules, invisibles depuis la surface, peuvent s’étirer jusqu’à 30 mètres. Recouverts de cellules urticantes, ils libèrent du venin au contact de la peau.

Plus violent que celui de la plupart des méduses, ce venin provoque une sensation de coup de fouet suivie d’une brûlure intense pouvant durer jusqu’à deux heures. Dans les cas les plus sévères, l’envenimation peut provoquer, en plus de la douleur, des malaises, des troubles musculaires ou des difficultés respiratoires nécessitant une prise en charge rapide.

Mais le danger principal est ailleurs. « Si les gens se baignent un peu trop loin des côtes et qu’ils se font piquer, la douleur peut être telle qu’ils ne sont pas en capacité de revenir, et donc ils peuvent se noyer », souligne Elvire Antajan, chercheuse en écologie zooplanctonique à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer).

Imprévisibilité du phénomène

Lorsque des physalies sont signalées dans l’eau, les autorités n’ont d’autre choix que de fermer temporairement la zone de baignade pour protéger les baigneurs. Une situation à laquelle de nombreux vacanciers ont été confrontés depuis le début de l’été. « On n’avait encore jamais connu des échouages d’une telle ampleur et d’une telle fréquence. Des physalies, il y en a toujours eu, mais de manière épisodique », témoigne Caroline Sarrade, directrice du littoral et milieux naturels à la communauté d’agglomération Pays basque. Les premières observations recensées en France remontent à 2008. Depuis, des physalies sont régulièrement signalées sur la côte aquitaine, mais aussi en Normandie et en Bretagne.

« La présence de physalies à cette période de l’année n’est pas inhabituelle. C’est plus la récurrence des échouages qui pose question cet été », explique Mme Antajan. Mais « observer davantage de physalies sur les plages ne signifie pas nécessairement qu’elles sont plus nombreuses dans l’océan », insiste la chercheuse. Les physalies vivent habituellement dans les eaux des régions tropicales et subtropicales, comme les Caraïbes et le golfe du Mexique.

Incapables de nager, elles flottent à la surface et se laissent porter par les vents et les courants marins, notamment le Gulf Stream. Selon les conditions météorologiques, elles peuvent ainsi dériver bien au-delà de leur aire habituelle et se retrouver piégées dans le golfe de Gascogne.

Au Pays basque, où les premiers signalements remontent à juin, 113 fermetures de plages et plus de 1 100 envenimations ont été recensées depuis le 21 juillet. « Depuis le week-end du 8 août, ça s’est calmé », note cependant Mme Sarrade. Dans les Landes, où les arrivées ont commencé le 23 juillet, les 40 zones de baignade du département ont fait l’objet de 70 fermetures depuis le début de l’été. « Toutes les plages ont été touchées au moins une fois », confirme Guillaume Blancard, du syndicat mixte de gestion des baignades landaises. De son côté, la Gironde est pour l’instant davantage épargnée : seule la plage centrale d’Arcachon a dû fermer sa zone de baignade, le 6 août.

Le rôle du changement climatique dans ces échouages massifs reste, lui, à confirmer. « Il peut avoir un impact sur les vents dominants et favoriser des vents de nord-ouest ou de sud-ouest, susceptibles de pousser davantage de physalies vers le littoral », avance Mme Antajan. Depuis deux ans, les scientifiques s’intéressent également à un phénomène inédit : la présence de très jeunes individus, jusqu’ici jamais observée sur les côtes françaises. Leur apparition pourrait signifier que la hausse des températures de l’Atlantique Nord permet désormais aux physalies de se reproduire dans nos eaux. Si cette hypothèse se confirmait, elle pourrait laisser présager des proliférations et des échouages beaucoup plus importants à l’avenir.

Ce qui frappe surtout les acteurs de terrain, c’est l’imprévisibilité du phénomène. « On peut très bien en avoir zéro un jour et assister à un échouage massif le lendemain », résume M. Blancard, qui évoque des pics allant jusqu’à 80 physalies échouées sur une seule plage. « Leur apparition sur nos plages est très variable. On ne peut pas prévoir les échouages, car ils dépendent essentiellement des conditions de vent », confirme Elvire Antajan.

« Eviter la psychose »

Face à cette incertitude, quelques moyens de surveillance sont mis en place. Dans les communes qui en disposent, des jet-skis sont par exemple envoyés au large afin de repérer d’éventuels bancs de physalies. Le centre antipoison du CHU de Bordeaux mène également des recherches avec l’Ifremer pour mieux comprendre les déplacements de l’animal et, à terme, anticiper ses arrivées sur le littoral.

En attendant de pouvoir mieux prévoir ces épisodes, leur gestion reste décentralisée. En l’absence de consigne préfectorale ou municipale généralisée, il revient à chaque chef de poste de secours de décider, au cas par cas, d’interdire ou non la baignade. « Chaque chef de poste a sa propre doctrine », résume Mme Sarrade. Tous les maîtres-nageurs sauveteurs sont en revanche formés à la reconnaissance de l’animal et aux gestes à adopter en cas de piqûre. Pour atténuer la douleur, ces derniers appliquent de la mousse à raser sur la zone touchée, puis raclent les résidus de filaments avec une carte rigide, avant de rincer le tout à l’eau de mer vinaigrée.

Sur les plages, le phénomène commence à modifier les habitudes des baigneurs, notamment à Anglet. « Les physalies font peur aux gens. Beaucoup nous demandent s’il y en a dans l’eau avant d’aller se baigner », observe Ramuntxo Sallaberry. Selon le responsable sécurité des plages de la commune, les baigneurs sont désormais moins nombreux à s’aventurer au large et restent davantage près du bord. S’il appelle à la prudence, M. Blancard invite surtout à « éviter la psychose »« Le nombre de piqûres reste très faible au regard du nombre de personnes qui se baignent », relativise-t-il.

Pierre Boitel

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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