Le recours à des outils d’IA pourrait doper l’extraction de pétrole dans le monde, augmentant encore les émissions de CO₂
Une étude publiée dans « Nature » souligne que l’intelligence artificielle va permettre de récupérer plusieurs milliards de barils dans les gisements existants, de diminuer les coûts de forage et d’exploiter des ressources autrefois jugées non rentables.
Par Marie de Vergès
Publié hier à 05h59, modifié hier à 08h21 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/08/13/le-recours-a-des-outils-d-ia-pourrait-doper-l-extraction-de-petrole-dans-le-monde-augmentant-encore-les-emissions-de-co_6745502_3234.html
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Les répercussions climatiques de l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) sont loin de se cantonner à l’empreinte carbone des centres de données, avec leurs gigantesques besoins en énergie. Elles sont aussi à rechercher au sein même de l’industrie fossile : les gains de productivité permis par l’IA risquent de provoquer un bond des émissions de dioxyde de carbone (CO2) en stimulant la production pétrolière et gazière, comme le montre une étude publiée début août par d’anciens salariés de Microsoft dans la revue scientifique Nature.
L’exploitation des hydrocarbures, rappellent-ils, fait face à une importante contrainte : sans réinvestissement continu, les gisements déclinent naturellement à un rythme soutenu. La production chute alors d’environ 8 % par an. Mais les récents progrès technologiques changent la donne en optimisant toute la chaîne de valeur, au point de repousser les perspectives d’un « pic pétrolier ».
Selon l’étude, le déploiement de nouveaux outils d’IA pourrait permettre de récupérer entre 470 milliards et plus de 1 000 milliards de barils supplémentaires de pétrole dans des gisements déjà existants. L’IA contribue aussi à diminuer les coûts de forage : une analyse de Goldman Sachs publiée en 2024 évaluait déjà cette baisse à environ 30 % en dix ans. La technologie encourage enfin les majors pétro-gazières à exploiter des ressources jugées auparavant non rentables.
Energies fossiles « renforcées »
Les entreprises pétro-gazières sont déjà nombreuses à se servir de l’IA. Tel l’américain ExxonMobil, qui y a eu largement recours pour accélérer l’analyse des gisements pétroliers au Guyana, cette nouvelle Mecque de l’or noir située en Amérique du Sud. De quoi interpréter les données sismiques en quelques jours plutôt qu’en quelques mois, rappelait en mai John Ardill, vice-président de l’exploration chez ExxonMobil, lors d’une conférence à Houston (Texas). Et pousser le groupe à réexaminer, ailleurs dans le monde, des zones considérées autrefois trop difficiles à exploiter.
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Les auteurs de l’étude de Nature, dont certains participent à une association de défense du climat, la Enabled Emissions Campaign, rappellent que les énergies renouvelables devraient aussi bénéficier de cette révolution technologique. De meilleures prévisions météorologiques pourraient améliorer le rendement des équipements comme les panneaux photovoltaïques et les éoliennes. L’IA peut aussi contribuer à un aiguillage plus fin des flux sur les réseaux, un sujet crucial dans la gestion de ces ressources produisant une électricité intermittente.
Mais si ces progrès entraînent une baisse des émissions de gaz à effet de serre, celle-ci ne suffira pas à contrebalancer les effets d’une augmentation de l’offre en combustibles fossiles, bien au contraire. Notamment parce que les gains d’efficacité induits par l’IA devraient profiter de façon disproportionnée à une industrie pétrolière et gazière plus mature et plus riche en capitaux que celle des technologies bas carbone.
Ainsi, dans un scénario d’adoption parallèle de l’IA par les deux secteurs, les émissions nettes annuelles de CO2 liées à l’énergie dans le monde augmenteraient de 0,47 à 1,8 gigatonne. « Les gains de productivité générés par l’IA entraînent davantage d’émissions qu’ils n’en évitent, ce qui renforce la position dominante des énergies fossiles au lieu de la supplanter », constatent ainsi les auteurs de l’étude.
Jusqu’à présent, le débat autour du coût environnemental de l’IA tourne surtout autour des centres de données. La consommation massive d’électricité de ces infrastructures pousse les géants de la tech à multiplier les projets de construction de centrales à gaz. Mais le sujet nécessite une évaluation plus large, exhortent les auteurs de l’étude de Nature. Selon leurs calculs, les émissions d’un secteur de l’énergie dopé à l’IA risquent d’être entre trois et treize fois supérieures à celles des centres de données.