Aides sociales et avantages fiscaux des familles : un rapport propose 4,2 milliards d’euros d’économies sur ces dispositifs
Dans un rapport commandé par le gouvernement et dévoilé fin juillet, l’inspection générale des finances et l’inspection générale des affaires sociales proposent d’améliorer la « cohérence » des politiques familiales.
Par Bastien Scordia
Publié le 12 août 2026 à 18h30, modifié le 12 août 2026 à 23h51 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/08/12/aides-sociales-et-avantages-fiscaux-des-familles-un-rapport-propose-4-2-milliards-d-euros-d-economies-sur-ces-dispositifs_6745086_823448.html
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Des pistes d’économies à n’en plus finir et, avec elles, autant de sujets potentiellement inflammables. Dans la salve de rapports d’inspections publiés fin juillet, figure une « revue de dépenses relative à l’efficacité des politiques familiales » dont les propositions pourraient s’avérer politiquement sensibles si le gouvernement se décidait à les retenir, notamment dans le cadre du budget 2027.
Prestations familiales ou sociales, mécanismes fiscaux ou offres de services… Les politiques familiales reposent aujourd’hui sur une multitude de dispositifs aux objectifs et modalités très différents, 36 au total. L’ensemble est néanmoins jugé peu lisible et peu cohérent par l’inspection générale des finances (IGF) et l’inspection générale des affaires sociales (IGAS). Ces dispositifs poursuivent des objectifs « peu hiérarchisés », produisent des « effets limités » en matière de natalité ou de redistribution et parfois même des « inégalités de traitement entre familles ou situations équivalentes », écrivent-elles dans leur rapport commandé par le gouvernement.
Autre sujet d’inquiétude des inspections : le coût de ces politiques familiales. Les dépenses associées ont représenté 122,1 milliards d’euros en 2024, après une hausse de 4,5 % par an en moyenne depuis 2021. Soit un niveau supérieur à l’inflation et ce, alors même que la natalité était en baisse sur la période. « Les politiques familiales restent centrées sur la compensation générale du coût de l’enfant alors que ce sont les dépenses facilitant la conciliation entre vie professionnelle et vie personnelle qui sont les plus favorables à la natalité », développent les inspections.
« Identification d’économies »
Face à ce constat, l’IGF et l’IGAS plaident pour une refonte de certains instruments sociofiscaux des politiques familiales. Objectifs affichés : « renforcer » leur « efficience », améliorer leur « cohérence », garantir davantage d’« égalité de traitement » entre les familles et, aussi, sans surprise, réaliser un certain nombre d’économies.
C’était d’ailleurs l’une des principales attentes du gouvernement lors du lancement de cette revue des dépenses. Celle-ci « s’inscrira dans un objectif clair d’identification d’économies (…) permettant de baisser la dépense publique et d’améliorer l’efficacité de la politique menée », écrivait le premier ministre, Sébastien Lecornu, dans la lettre de mission adressée le 26 décembre 2025 aux deux inspections.
L’IGF et l’IGAS ont pris le chef du gouvernement au mot et avancent une dizaine de mesures jugées « prioritaires » qui permettraient de dégager 4,2 milliards d’euros d’économies à l’horizon de dix ans. Plus de la moitié de ce gain pourrait toutefois « être atteint à plus court terme », estime la mission. Dans son viseur, notamment : les droits familiaux de retraite et la majoration de pension de 10 % dont peuvent bénéficier les personnes ayant eu trois enfants ou plus.
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Les inspections proposent de remplacer cette majoration par une forfaitisation à hauteur de 125 euros par mois pour « supprimer le caractère anti-redistributif » du système actuel et « réduire les inégalités entre les hommes et les femmes ».Du fait de sa proportionnalité, la majoration de 10 % bénéficie davantage aujourd’hui aux premiers, dont les pensions moyennes sont plus élevées que celles des secondes. A la clé d’une telle réforme : une économie potentielle de 1,1 milliard d’euros.
Diminuer les aides perçues
Concernant les allocations familiales, les inspections proposent d’abaisser de 20 % les plafonds de ressources à partir desquels leur montant diminue. La mesure affecterait 591 000 ménages, principalement ceux aux revenus les plus importants. La baisse des dépenses associée serait de l’ordre de 530 millions d’euros, soit une perte moyenne de 75 euros mensuels pour les foyers concernés.
L’IGF et l’IGAS souhaitent, par ailleurs, « améliorer le caractère redistributif » des aides personnalisées au logement versées aux étudiants rattachés au foyer fiscal de leurs parents, « en prenant en compte les ressources parentales ». Cela conduirait à diminuer les aides perçues par 310 000 foyers, et 200 000 d’entre eux en perdraient même le bénéfice. Economies espérées : 550 millions d’euros.
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Sur le volet fiscal, les inspections recommandent de supprimer la réduction d’impôt pour frais de scolarité dans le secondaire ou le supérieur : 450 millions d’euros d’économies sont attendus. Lors de l’examen du budget 2026, le gouvernement Lecornu avait déjà porté une telle mesure, sans succès.
D’autres évolutions fiscales sont préconisées par la mission, comme la suppression de la demi-part fiscale accordée aux contribuables ayant été « parent isolé » ou encore l’alignement du régime fiscal des parents veufs sur celui des familles monoparentales. Ces deux mesures rapporteraient respectivement 690 millions et 50 millions d’euros. Pour être mises en œuvre, la plupart de ces pistes nécessiteraient néanmoins un passage par la loi. Un chemin loin d’être évident dans le contexte politique actuel.
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Budget 2026 : Lecornu la joue comme Bayrou en 2025
Les mesures récentes annoncées par l’exécutif pour éviter la censure laissent penser que le budget 2026 sera très proche de celui voté en 2025. Il sera toujours dominé par une logique comptable et sans ambition pour relancer l’économie du pays.
19 janvier 2026 à 20h13 https://www.mediapart.fr/journal/politique/190126/budget-2026-lecornu-la-joue-comme-bayrou-en-2025
ToutTout ça pour ça ! Voilà comment l’on pourrait résumer la séquence budgétaire qui est sur le point de trouver son épilogue, après l’annonce le 19 janvier du premier ministre Sébastien Lecornu du recours à l’article 49-3 pour faire adopter la loi de finances 2026. Plus de trois mois de négociations de couloir intenses pour in fine retomber sur une copie similaire à celle adoptée l’année précédente…
En effet, les nouvelles mesures avancées trois jours plus tôt par le premier ministre, ainsi que les compléments apportés le 18 janvier par la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, laissent penser que la copie finale du budget 2026 sera quasi similaire à celle adoptée – également via l’article 49-3 – en février 2025, lorsque François Bayrou était aux affaires.

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Déjà, en termes de grandes masses, la baisse du déficit public devrait être la même que l’année précédente : Sébastien Lecornu vise désormais un déficit public à 5 % du PIB en 2026, après 5,4 % en 2025 et 5,8 % en 2024. Pour rappel, lorsqu’il avait présenté son projet de budget à la mi-octobre, le déficit prévu par l’exécutif était de 4,7 % du PIB pour 2026.
De même, sur les moyens employés pour arriver à un tel niveau de déficit, tout porte à croire que l’exécutif va atterrir sur un texte similaire à celui de 2025. Ainsi, le 16 janvier sur le perron de Matignon, Sébastien Lecornu a annoncé revenir sur certaines coupes nouvelles de son projet de budget pour brosser dans le sens du poil le Parti socialiste (PS), ainsi que ses soutiens macronistes, du MoDem, d’Horizons et du parti Les Républicains (LR).
Coupes moins franches
Concrètement, le premier ministre a d’abord abandonné quelques coupes dérangeantes pour le PS, telles celles visant l’allocation aux adultes handicapés (AAH), les aides au logement (APL), les bourses étudiantes, le Fonds vert ou MaPrimeRénov’.
Il a ensuite accédé à la demande des député·es macronistes de ne pas réduire les allègements de cotisations sur les entreprises, pourtant épinglés par le rapport sénatorial de juillet 2025 dénonçant les 211 milliards d’euros par an d’aides publiques aux entreprises sans contreparties. Pour rappel, dans son projet de budget, Sébastien Lecornu prévoyait pourtant une baisse des allègements de cotisations sociales pour un montant de 5,6 milliards d’euros, selon un avis du Haut Conseil des finances publiques.
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Aux député·es LR, le premier ministre a par ailleurs promis de réindexer le barème de l’impôt sur le revenu sur l’inflation afin qu’« aucun ménage » ne voie ses impôts augmenter en 2026 par rapport à 2025. Il est aussi prévu de réduire l’effort demandé aux collectivités locales de plus de 4 milliards à 2 milliards d’euros, soit au bout du compte un effort similaire à ce qui était prévu dans le budget Bayrou.
Enfin, dans la même veine, on peut également rappeler que les coupes massives initialement prévues dans le budget de la Sécurité sociale ont été allégées par les parlementaires en décembre, et que son déficit sera proche de celui de l’année précédente.
Calmer les ardeurs du patronat
À cela, Maud Bregeon a ajouté sur France Info le 18 janvier que le gouvernement ne proposerait finalement pas de réduire les impôts sur les bénéfices des grandes entreprises, comme cela était pourtant prévu dans le projet de budget de Sébastien Lecornu.
Pour s’éviter la censure du PS, l’exécutif va ainsi se résoudre à reconduire la surtaxe dite exceptionnelle sur les bénéfices des très grandes entreprises exerçant en France – environ 300 seraient concernées. Le rendement de cette surtaxe serait ainsi, comme pour 2025, d’« environ 8 milliards d’euros », a précisé Maud Bregeon.
Pour calmer les ardeurs du patronat – qui honnit l’idée de participer davantage à l’effort de solidarité nationale –, le premier ministre a adressé une lettre aux chef·fes d’entreprise, révélée dans Les Échos, expliquant que l’argent récolté par cet impôt « contribuera directement au financement de l’accélération de notre trajectoire de défense ». « C’est une expression concrète de leur patriotisme économique, et nous les en remercions », a-t-il aussi écrit.
Rien dans ce budget qui puisse être constitutif d’une relance économique, dont la France a pourtant cruellement besoin.
Aussi, toujours en matière d’impôts, le gouvernement devrait reporter, comme en 2025, la baisse de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE), un impôt de production dont les lobbys économiques demandent la suppression.
Certes, il y a des nuances entre les budgets 2025 et 2026. Citons la hausse des moyens dédiés à la défense, le décalage de la réforme des retraites et, surtout, des coupes plus nettes en 2026 dans les missions budgétaires non régaliennes de l’État. « Pour la première fois, les dépenses des ministères, en euros courants, seront inférieures à celles de l’année dernière », a assuré Sébastien Lecornu le 16 janvier.
Mais globalement, force est de constater que les similitudes sont nombreuses. C’est assez logique, du reste, car les forces en présence qui ont négocié ce budget sont les mêmes que celles qui ont négocié – déjà âprement – le budget 2025.
L’exécutif macroniste, minoritaire au Parlement, a en fait répété la même stratégie pour s’éviter l’opprobre : faire durer les discussions pour obtenir sans censure et sans remise en cause profonde de sa politique de l’offre une baisse de 0,4 point de pourcentage du déficit public.
Baisse qui se répartit entre coupes budgétaires dans les services publics non régaliens, dans la Sécurité sociale et dans le budget des collectivités locales, et participation dite « exceptionnelle » des grands groupes. Telle est la voie trouvée par l’exécutif pour poursuivre sa politique néolibérale et rester au pouvoir.
Croissance molle
Et rien, du reste, qui puisse faire de ce budget 2026 un budget « de gauche » comme certains commentateurs ont osé le dire. Ou même qui puisse être constitutif d’une relance économique, dont la France a pourtant cruellement besoin. La croissance est en effet d’une faiblesse rarement vue hors période de crise : elle se situera sans doute à 0,9 % en 2025.
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Or, l’économie française ne semble plus capable de créer de la valeur. Comme nous l’expliquions ici, elle tient debout grâce au modèle social qui soutient la consommation quand une grande partie de l’industrie voit son activité se dégrader.
Bref, à force d’adopter des budgets de rigueur par voie de 49-3, le gouvernement s’entête à faire fonctionner l’économie française à bas régime, l’enfonçant lentement mais sûrement dans un état léthargique dont il sera difficile de sortir.
Ce qui, par ailleurs s’avère contre-productif du point de vue des finances publiques. Car qui dit rigueur budgétaire, dit maintien d’une croissance faible, et dit impossibilité de réduire significativement le déficit public. Dès lors que la croissance est molle, les recettes fiscales et sociales qui en découlent (TVA, impôt sur le revenu, impôt sur les sociétés, cotisations…) viennent à manquer. Et un cercle vicieux budgétaire s’enclenche.
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