Une épidémie de rougeole « hors de contrôle » aux Etats-Unis, sur fond de vaccino-scepticisme d’une partie des habitants et de l’administration Trump
Le pays fait face à une accélération du nombre de cas de cette maladie aux conséquences sanitaires potentiellement graves. La baisse de la couverture vaccinale est la principale cause de cette crise.
Par Nicolas Chapuis (New York, correspondant)Publié le 23 juillet 2026 à 08h53, modifié le 23 juillet 2026 à 11h40 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/07/23/la-rougeole-hors-de-controle-aux-etats-unis-sur-fond-de-vaccino-scepticisme_6730520_3244.html?srsltid=AfmBOorjCUwQQHQvTchCBYcME7e8a27r2UG8Pnl3rbBmwfgyLNw68-Vw
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Les Etats-Unis font face à une épidémie de rougeole qui ne cesse de prendre de l’ampleur, passant entre les mailles d’un filet vaccinal de plus en plus distendu. Au 17 juillet, 2 260 cas ont été répertoriés par les centres de contrôle des maladies depuis le début de l’année, soit autant que sur toute l’année 2025 (2 288 cas) et dix fois plus que sur l’année 2024. Une accélération qui devrait coûter à la première puissance mondiale, lors de la prochaine évaluation en novembre, son statut de pays ayant éliminé la rougeole, qu’elle détenait depuis 2000. Le 10 novembre 2025, le Canada avait déjà perdu ce statut ; suivi par six pays européens, dont le Royaume-Uni et l’Espagne, le 26 janvier.
« C’est la plus grosse épidémie depuis celle de 1989-1991, la situation est hors de contrôle », explique Patsy Stinchfield, directrice du Measles Collaborative (le « collectif rougeole »). Cette initiative lancée par la Fondation nationale des maladies infectieuses réunit les experts de cette maladie, afin de proposer des solutions pour traiter cette crise.
La réponse s’organise peu à peu, mais les Etats-Unis ont mis du temps à réagir depuis le début de cette flambée, en janvier 2025 au Texas. Beaucoup de médecins et de patients n’avaient jamais eu affaire à la rougeole, dont les premiers symptômes (fièvre, écoulement nasal, toux, yeux rougis) peuvent faire penser à un gros rhume, avant l’apparition de l’éruption cutanée reconnaissable, qui donne son nom à la maladie. Pendant toute cette phase, soit neuf jours en moyenne, le patient a de grandes chances de transmettre la maladie par voie aérienne.

La rougeole est le virus le plus contagieux au monde : en l’absence de vaccination, un individu peut infecter entre douze et dix-huit personnes. Pour cette raison, elle est parfois perçue comme le meilleur indicateur de la couverture vaccinale. La moindre baisse du taux de personnes ayant reçu une injection du vaccin ROR (rougeole-oreillons-rubéole) se ressent dans les statistiques de contamination. Aux Etats-Unis, ce taux est passé de 95,2 % en 2019, avant la pandémie de Covid-19, à 92,5 % en 2024, avec de grandes disparités régionales.
Le cocktail américain est en effet propice au développement de la maladie, avec des poches de population vaccino-sceptique. « J’aime utiliser la métaphore du feu de forêt : vous avez des braises qui volent, et si elles atterrissent dans une communauté où la sous-vaccination est ancrée depuis longtemps, vous obtenez des épidémies massives qui touchent toutes les tranches d’âge. Si elles retombent dans une communauté où la couverture vaccinale est très élevée, le virus ne se propage pas du tout », explique William Moss, professeur à la Bloomberg School of Public Health de l’université Johns-Hopkins, à Baltimore (Maryland) et directeur du Centre international d’accès à la vaccination.
Société défiante
L’épidémie actuelle a démarré en janvier 2025 dans l’ouest du Texas, au sein d’une communauté de chrétiens mennonites réfractaires à la vaccination. L’arrivée d’un cas extérieur a provoqué une vague de contamination dans tout le comté, dont le taux de vaccination est seulement de 77 %, selon les statistiques de l’université Johns-Hopkins. Les répercussions sont désormais nationales, avec des cas répertoriés dans 45 Etats sur 50. Près de 93 % des personnes infectées n’ont pas été vaccinées ou ont un statut vaccinal inconnu. Les communautés religieuses, nombreuses dans le pays, sont particulièrement touchées, comme dans l’Utah, avec sa population mormone.
Les enfants représentent 70 % des infections. Alors que la vaccination est normalement obligatoire dans les écoles publiques américaines, avec globalement davantage de doses requises que dans le système scolaire français, les « exemptions non médicales » se multiplient ces dernières années, en raison de la religion ou de croyances dans des solutions médicales alternatives.
Les 30 % d’adultes infectés démontrent que la flambée actuelle n’est pas seulement liée à la baisse récente de la couverture vaccinale, mais à une défiance de long terme au sein de la population américaine. « La peur est un puissant moteur qu’il est difficile d’arrêter, et le vieux mythe infondé selon lequel le vaccin ROR cause l’autisme a la vie dure depuis la fin des années 1990 », regrette Patsy Stinchfield.
La première réaction de l’administration actuelle n’a pas aidé non plus. Robert F. Kennedy Jr, le ministre de la santé, lui-même vaccino-sceptique, a fait la promotion de traitements non fondés scientifiquement. « Mettre en avant l’huile de foie de morue, les antibiotiques ou les corticoïdes comme des moyens de faire face à l’épidémie était une véritable erreur de trajectoire : je pense que nous avons été confrontés, au départ, à de la désinformation venant du gouvernement fédéral, même si c’est moins le cas aujourd’hui », explique William Moss.
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La gravité de la maladie a également été minimisée, quand la rougeole n’a rien d’un virus infantile bénin. En 2025, 10 % des personnes infectées ont terminé à l’hôpital, et trois décès ont été comptabilisés aux Etats-Unis. Chez une personne sur 20 environ, le virus évolue vers une pneumonie. Dans un cas sur 1 000, cela dégénère en encéphalite aiguë, qui peut être mortelle. Chez les très jeunes enfants, un nourrisson contaminé sur 600 va développer une panencéphalite subaiguë sclérosante, une maladie au nom barbare et dont les effets ne le sont pas moins : une petite dizaine d’années après la guérison de la rougeole, le virus se réveille et provoque une dégénérescence du système nerveux, conduisant à une mort lente, sans espoir de guérison.
« Maladie terrible »
Au-delà de ces cas extrêmes, la rougeole a d’autres effets sur lesquels la recherche scientifique est encore en cours. En 2019, une étude de la Harvard Medical School, publiée dans Science, a mis en évidence le fait que le virus a un effet d’« amnésie immunitaire » sur toutes les personnes contaminées. Il efface entre 11 % et 70 % de la mémoire immunitaire d’un individu, le rendant de nouveau vulnérable à des maladies pourtant déjà contractées.
« C’est une maladie terrible et beaucoup de personnes pensent que c’est juste une éruption cutanée », résume Patsy Stinchfield. La rougeole est-elle le canari dans la mine, annonçant le retour d’autres affections aux Etats-Unis ? La communauté médicale s’inquiète actuellement de voir remonter le nombre de cas de coqueluche et surveille l’hépatite B et l’Haemophilus influenzae de type b.
Elle a également un œil sur les finances. La lutte contre l’épidémie de rougeole pèse sur un système de santé publique déjà surchargé et a de nombreuses répercussions indirectes, comme la mise en quarantaine pendant vingt et un jours des cas contacts. Une étude de chercheurs de la Yale Medical School, publiée dans la revue PNAS, estime le coût pour l’année 2025 à 244 millions de dollars (213 millions d’euros), quand la vaccination des personnes contaminées n’aurait coûté qu’une fraction de ce montant. Si la raison sanitaire n’est plus suffisante pour convaincre le gouvernement aux Etats-Unis, les experts de la santé espèrent que l’argument économique fera mouche.
Nicolas Chapuis (New York, correspondant)
États-Unis : Donald Trump poursuit son offensive contre les vaccins
Publié le 11/08/2026 à 07h43, mis à jour le 11/08/2026 à 08h25 https://www.lefigaro.fr/international/etats-unis-donald-trump-poursuit-son-offensive-contre-les-vaccins-20260811?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20260811_NL_ALERTESINFOS&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=gOxLf9vZlKXO8zBUy7u_lL5gfcEBOFB9S3054%2BSs5ePCmmCou8IG3uHzvIgKwD26eEEfzQAucGF6xnjIp6cTMQrzgoxWfHy6gg
La recherche médicale n’a jamais établi de liens entre autisme et vaccination, mais le président américain comme son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr continuent de suggérer qu’il pourrait y en avoir un.
Donald Trump a signé lundi un décret contenant de nouvelles recommandations en matière de vaccins, appelant à espacer leur administration aux enfants, et a fait à plusieurs reprises un lien avec l’autisme lors de la présentation du texte. La recherche médicale n’a jamais établi de liens entre autisme et vaccination, mais le président américain comme son ministre de la Santé Robert F. Kennedy Jr continuent de suggérer qu’il pourrait y en avoir un.
«Nous ne savons pas»«Il y a des décennies, les enfants ne recevaient qu’une petite fraction des vaccins demandés aujourd’hui. À l’époque les gens étaient en bien meilleure santé et, bien sûr, le taux élevé d’autisme que nous voyons aujourd’hui n’existait pas», a par exemple dit Donald Trump dans le Bureau ovale, où il a mentionné ce trouble neuro-développemental à plusieurs reprises. «Nous ne savons pas» ce qui cause l’autisme, a-t-il toutefois reconnu.
Le président américain a parlé d’injections «de la taille d’une bouteille de soda» qui seraient administrées aux enfants aux Etats-Unis, sans apporter de précisions sur cette comparaison incroyable. Le texte recommande par ailleurs de dissocier en particulier les vaccins contre la rougeole, la rubéole et les oreillons, au lieu de les administrer en une injection, a fait savoir Donald Trump. Le ministère mettra ainsi en place un groupe de travail chargé de proposer ces vaccins sous forme individuelle «en collaborant avec le secteur privé et d’autres pays, le cas échéant».
Lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes, Andrew Racine, président de l’Académie américaine de pédiatrie (AAP), a estimé qu’il faudrait plus d’une décennie pour mettre au point des vaccins séparés homologués aux Etats-Unis. «Nous recommandons de continuer à administrer aux enfants un vaccin dont la sécurité est étayée par des décennies de données», a ajouté Aaron M. Milstone de l’AAP.
«Ce décret est une erreur»
Dans un appel distinct, des hauts responsables de la Maison Blanche ont été interrogés sur les raisons pour lesquelles le président souhaitait dissocier ces vaccins. Ils n’ont fourni aucune explication claire. Le sénateur républicain Bill Cassidy lui-même médecin, a affirmé sur X que ce décret ne ferait qu’«accroître la méfiance et compromettre la sécurité des enfants».
«Ce décret est une erreur. Le président ne dispose pas de l’expertise nécessaire pour mettre en œuvre ces changements. Les vaccins sont extrêmement sûrs. Les vaccins sont efficaces. Les vaccins NE PROVOQUENT PAS l’autisme», a-t-il ajouté. Le gouvernement fédéral, n’ayant pas l’autorité pour prendre directement des décisions en matière de vaccins, se contente de conseiller aux États américains de revoir les vaccins obligatoires pour fréquenter des établissements scolaires.
Des positions antivaccins
Ce décret signé lundi arrive au moment où des millions d’enfants feront leur retour sur les bancs des écoles du pays, qui connaît sa pire épidémie de rougeole depuis 35 ans. Connu pour ses positions antivaccins, Robert Kennedy Jr a initié depuis sa nomination comme ministre de la Santé un large réexamen des vaccins, dont certains utilisés depuis des décennies, remanié le calendrier des vaccinations pédiatriques et coupé des financements au développement de nouveaux vaccins, autant de mesures vivement condamnées par la communauté médicale et scientifique.
La justice américaine avait suspendu plus tôt dans l’année la refonte de la politique vaccinale américaine qu’il avait initiée. Plusieurs associations de soignants affirmaient alors que ces nouvelles mesures étaient illégales.
«Les modifications proposées par l’administration Trump au calendrier vaccinal des enfants illustrent les risques liés au fait de laisser les recommandations du gouvernement occuper une place privilégiée dans la prise de décision médicale», a déclaré Jeffrey Singer de l’institut Cato dans un communiqué.
Une commission du Sénat américain recommande des poursuites contre Anthony Fauci, l’ex-conseiller Covid-19 de la Maison Blanche
Ce vote constitue un pas supplémentaire dans la tentative du Sénat de poursuivre l’immunologue de 85 ans accusé de mensonges par le président de la commission, le républicain Rand Paul.
Le MondePublié le 06 août 2026 à 16h53, modifié le 06 août 2026 à 17h30 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/08/06/une-commission-du-senat-americain-recommande-des-poursuites-contre-anthony-fauci-l-ex-conseiller-covid-19-de-la-maison-blanche_6739958_3210.html

Une commission du Sénat à majorité républicaine a déclaré, jeudi 6 août, le médecin Anthony Fauci, qui avait orchestré la réponse de la Maison Blanche à la pandémie de Covid-19, coupable d’entrave aux prérogatives d’enquête du Congrès.
Sur recommandation de ses avocats, M. Fauci avait continuellement invoqué le cinquième amendement de la Constitution américaine pour garder le silence face aux questions pressantes des sénateurs républicains qui l’interrogeaient au sujet d’allégations infondées selon lesquelles les origines de la pandémie auraient été dissimulées.
Ce vote de la commission constitue un pas supplémentaire dans la tentative du Sénat de poursuivre l’immunologue de 85 ans.
Avant l’audition, qui s’est tenue la semaine dernière, Anthony Fauci avait dénoncé « l’obsession manifeste » du conservateur Rand Paul, qui préside cette commission, à le poursuivre en justice. Ce dernier a d’ailleurs annoncé son intention d’envoyer directement la décision de la commission au ministère de la justice pour engager des poursuites, alors que de telles résolutions doivent généralement être adoptées par le Sénat dans son intégralité, dans un premier temps.
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Honni par une partie de la droite américaine
Les démocrates membres de la commission ont dénoncé ce vote, le sénateur Gary Peters accusant son collègue Rand Paul d’avoir mené une « enquête précipitée ».
L’élu républicain accuse depuis des années M. Fauci de mensonges à propos de la pandémie de Covid-19 et a récemment publié des extraits de son journal privé.
Si ces derniers ne fournissent pas de preuves sur l’origine du Covid, ils donnent à voir l’inquiétude du médecin, qui conseillait alors Donald Trump – il a gardé cette fonction sous le mandat de Joe Biden –, vis-à-vis de la pandémie, mais aussi sa fascination pour sa notoriété grandissante et son agacement à l’encontre du républicain.
Longtemps directeur de l’Institut national américain des maladies infectieuses (Niaid), Anthony Fauci était devenu lors de la pandémie l’expert le plus visible des Etats-Unis sur le sujet et contredisait souvent Donald Trump.
Lire aussi l’entretien (2023) | Anthony Fauci, ex « M. Covid » de la Maison Blanche : « Je n’ai pas agi contre Donald Trump, mais pour le peuple américain »
Avant l’audition, le président républicain s’était fendu d’un nouveau message accusatoire sur sa plateforme Truth Social, lui reprochant d’avoir « cherché à protéger la Chine » et d’avoir pris « trop de mauvaises décisions ».
Anthony Fauci a nié à plusieurs reprises que les Etats-Unis aient financé des recherches en virologie dites de « gain de fonction » dans le laboratoire chinois de Wuhan, ce que dénonce Rand Paul, qui y voit un « débat sémantique »malhonnête. Plus de six ans après le début de la pandémie, la question de savoir si le virus s’est échappé de ce site ou s’il s’est propagé d’un animal à l’être humain reste largement débattue.
Grâces préventives
Anthony Fauci a fait partie des élus et anciens fonctionnaires à avoir été graciés préventivement par Joe Biden, juste avant qu’il ne quitte la Maison Blanche, pour ses actions au sein de l’administration publique entre 2014 et le 19 janvier 2025. D’après les élus républicains, ce pardon l’aurait protégé pour les propos qu’il aurait pu tenir lors de son audition.
Mais son utilisation répétée du cinquième amendement l’exposerait désormais à de potentielles poursuites par le ministère de la justice, après la recommandation de la commission du Sénat.
Les juristes sont divisés sur le fait qu’Anthony Fauci était dans son droit d’utiliser le cinquième amendement alors qu’il était protégé par la grâce présidentielle.
Deux anciens conseillers de Donald Trump, Steve Bannon et Peter Navarro, ont été par le passé reconnus coupables d’entrave aux prérogatives d’enquête du Congrès, et condamnés à des peines de prison.
Rougeole aux Etats-Unis : Robert F. Kennedy Jr laisse chacun libre de son choix entre vaccin ou huile de foie de morue
Le nouveau ministre américain de la santé, connu pour ses prises de position antivax, fait face à son premier défi : juguler l’épidémie de rougeole, essentiellement au Texas, favorisée par une trop faible couverture vaccinale.
Par Corine Lesnes (San Francisco, correspondante)Publié le 05 mars 2025 à 15h52, modifié le 06 mars 2025 à 13h12 https://www.lemonde.fr/planete/article/2025/03/05/epidemie-de-rougeole-aux-etats-unis-vaccin-ou-l-huile-de-foie-de-morue-robert-f-kennedy-jr-laisse-chacun-libre-de-son-choix_6576574_3244.html
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Premier test pour Robert F. Kennedy Jr : l’épidémie de rougeole qui sévit au Texas. Après l’avoir qualifiée de « pas inhabituelle », ce qui lui a valu un torrent de critiques. Le ministre de la santé de Donald Trump, connu pour son hostilité à la vaccination obligatoire, a semblé modérer sa position, alors que l’épidémie a fait un mort aux Etats-Unis, le premier depuis 2005.
Lors de la première réunion du cabinet de Donald Trump, le 26 février, le nouveau ministre de la santé avait été amené à répondre à une question sur l’épidémie qui venait d’emporter un enfant de 6 ans, parmi quelque 146 personnes – dont 116 âgées de moins de 18 ans – touchées par le virus au Texas et tout particulièrement dans la communauté évangélique des mennonites du comté de Gaines, dans l’ouest de l’Etat. « Nous avons des épidémies de rougeole chaque année », avait-il minimisé.
Deux jours plus tard, le 28 février, dans un post sur le réseau social X, Robert F. Kennedy Jr, avocat spécialiste de l’environnement sans formation médicale, a corrigé le tir. « Je reconnais l’impact sérieux de cette épidémie sur les familles, les enfants et les professionnels de santé », a-t-il écrit. Puis : « C’est un appel à l’action pour nous tous afin de réaffirmer notre engagement envers la santé publique. »
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Ces propos n’ont pas empêché la démission du principal porte-parole du département de la santé, Tom Corry. Ce dernier est pourtant un vétéran de la première administration Trump, sous laquelle il avait occupé le poste de conseiller et de directeur de la communication des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (Centers for Disease Control and Prevention, CDC), la principale agence de santé publique des Etats-Unis, et de Medicaid, le programme public d’Assurance-maladie.
Vante l’usage de la vitamine A
Dimanche 2 mars, le neveu du président John F. Kennedy, qui était encore persuadé en 2019 de l’existence d’un lien entre le vaccin ROR (rougeole oreillons rubéole) et l’autisme, est revenu sur le sujet dans une tribune publiée sur le site de Fox News. Qualifiant la lutte contre l’épidémie de « priorité absolue », il y souligne l’importance des vaccins pour la santé publique. « Non seulement ceux-ci protègent individuellement les enfants contre la rougeole, mais ils contribuent également à l’immunité collective et protègent ceux qui ne peuvent pas être vaccinés pour des raisons médicales », assure-t-il.
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Mais l’ancien avocat ne se déjuge pas tout à fait . Il maintient sa position habituelle, décriée par la communauté scientifique parce qu’elle compromet le concept d’immunité de groupe : « La décision de se faire vacciner est une décision personnelle », proclame-t-il, avant de recommander aux parents d’en discuter avec leur médecin.
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Robert F. Kennedy Jr vante en même temps l’usage de la vitamine A pour combattre le virus de la rougeole et se félicite que les CDC viennent de l’ajouter dans leurs recommandations de traitement. « Il est de notre responsabilité de fournir des directives à jour sur les thérapies disponibles, explique le secrétaire à la santé. Des études ont montré que la vitamine A peut réduire considérablement la mortalité due à la rougeole. »
Une position contestée par nombre d’experts. Si elle est utilisée dans les pays où la malnutrition est chronique, la vitamine A n’est pas jugée nécessaire dans les pays développés. « Quand Robert F. Kennedy Jr parle de vitamine A, les gens comprennent que c’est une manière codée de dire voilà ce qu’il faut utiliser plutôt que le vaccin », a affirmé, sur le site de NBC, le docteur Amesh Adalja, spécialiste des maladies infectieuses et chercheur principal au Johns Hopkins Center for Health Security. Dans une autre interview à Fox News, diffusée mardi 4 mars, RFK Jr préconise également le recours à l’huile de foie de morue.
Au nom de la liberté de conscience
L’épidémie a déjà touché plus de 164 enfants dans 9 Etats américains, dont le Texas, le Nouveau-Mexique voisin, la Californie, la Géorgie et l’Etat de Washington. Extrêmement contagieuse, la rougeole avait été déclarée éradiquée en 2000 aux Etats-Unis. Depuis 2019, une recrudescence des cas a été observée, une tendance plus importante encore après la pandémie de Covid-19, qui a amplifié les réticences à l’égard des vaccins et transformé une question de santé publique en objet de polémique dans la bagarre politique entre républicains et démocrates.
Le Texas a les taux de vaccination les plus bas et les taux d’exemption scolaire les plus élevés pour la vaccination contre la rougeole. Dans le comté de Gaines, où l’épidémie de rougeole a commencé, seuls 82 % des enfants de maternelle sont vaccinés contre le virus. Pour la plupart, ils sont scolarisés dans des écoles privées ou à la maison. Le pasteur de l’Eglise mennonite de Seminole, le siège de ce comté de 6 500 habitants, Jake Fehr, lui-même vacciné ainsi que sa famille, a répondu à ceux qui blâment l’influence de la religion. La doctrine mennonite ne s’oppose à aucun type de vaccination, a-t-il souligné, mais les membres de la communauté sont libres de leurs choix personnels. Il a précisé qu’environ la moitié des 800 membres de son Eglise étaient vaccinés.
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Le vaccin est obligatoire au Texas pour la scolarisation dans les établissements publics. Mais dans le Lone Star State, situé au cœur de la Bible Belt, la ceinture des Etats les plus conservateurs, les parents peuvent bénéficier d’une dispense, au nom de la liberté de conscience. La Californie et l’Etat de New York, où une sévère épidémie a eu lieu en 2019 dans la communauté ultraorthodoxe loubavitch de Brooklyn, ont supprimé cette exemption.
Inquiétude des experts
Le recentrage apparent de Robert F. Kennedy Jr n’a pas convaincu le monde médical. « Nous sommes confrontés au plus grand challenge que nous ayons jamais connu sur la question des vaccins », expliquait, le 27 février, James G. Hodge, directeur du Center for Public Health Law and Policy à l’université d’Etat de l’Arizona, lors d’une conversation téléphonique avec un groupe de journalistes.
Les experts s’inquiètent particulièrement de l’impact des décisions du nouveau secrétaire à la santé sur le comité qui réglemente les vaccins, le Comité consultatif sur les pratiques de vaccination (Advisory Committee on Immunization Practices), un groupe de cliniciens et de scientifiques chargés de faire des recommandations aux CDC. Ce comité, dont les conclusions sont généralement suivies par les autorités, préconise quels vaccins doivent être rendus obligatoires ou seulement recommandés. Selon le Wall Street Journal, Robert F. Kennedy Jr, qui juge cette instance sous l’influence des lobbies pharmaceutiques, a commencé à examiner la candidature de scientifiques plus réceptifs à ses opinions.
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James G. Hodge pense cependant que le système américain de santé publique est de taille à résister aux offensives des vaccinosceptiques. « Nous avons cent cinquante ans de solides législations provaccination au niveau des Etats, des communes, des tribus et des forces armées, se félicite-t-il. A part quelques comtés du Texas et du Nouveau-Mexique, le taux de vaccination aux Etats-Unis est nettement supérieur à 90 %. »