Les difficultés de l’UE à réindustrialiser et reconquérir sa souveraineté énergétique (Le photovoltaïque) .

Photovoltaïque : l’Europe encore trop frileuse sur la réindustrialisation

L’échec du projet de giga-usine Carbon illustre les difficultés de l’UE à réindustrialiser et reconquérir sa souveraineté énergétique. Les mesures privilégiant le « Made in Europe » tardent à se concrétiser et sont trop timides, déplore la filière.

Energie  |  26.05.2026  |  https://www.actu-environnement.com/ae/news/industrie-photovoltaique-europe-france-fabrication-nzia-iaa-production-locale-48044.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8NDAxNg%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

S. Fabrégat

Photovoltaïque : l'Europe encore trop frileuse sur la réindustrialisation

© PrathankarnpapLe projet Carbon prévoyait de relocaliser, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), la production de lingots de silicium, de wafers ainsi que la fabrication de cellules et l’assemblage de modules.

Ce devait être l’un des fleurons de la réindustrialisation française. Il ne verra finalement pas le jour. L’équipe de Carbon a annoncé par communiqué de presse, le 19 mai, l’abandon du projet, faute d’avoir les conditions réunies pour sécuriser les financements indispensables à la concrétisation du projet de giga-usine du photovoltaïque. L’ambition ? Relocaliser, à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône), la production de lingots de silicium, de wafers ainsi que la fabrication de cellules et l’assemblage de modules.

« Un projet d’une telle ampleur exige, sur quelques années, l’existence d’un marché spécifiquement dédié aux acteurs européens et soutenu par les États membres, afin d’accompagner la montée en puissance industrielle et de compenser les surcoûts inhérents à cette phase d’apprentissage », indique le communiqué. Et, malgré les ambitions affichées, l’Union européenne n’a pas encore créé les conditions nécessaires à l’émergence d’un marché pour le « Made in Europe » face à la concurrence chinoise.

Le Net zero industry act (NZIA) en 2024, puis l’Industry acceleration act (IAA) en 2026 devaient poser les jalons de cette préférence européenne. Mais le premier « s’est limité à diversifier les chaînes d’approvisionnement sans créer de préférence pour une production européenne » et le deuxième a élargi « le périmètre du « Made in Europe » à l’ensemble des pays disposant d’un accord de libre-échange avec l’UE – incluant potentiellement la Turquie, le Vietnam ou encore l’Inde – et repoussé l’introduction d’une préférence européenne à 2030 », déplore l’équipe de Carbon. Ce manque d’ambition et les incertitudes ont donc conduit à l’échec du projet.

En France, d’autres acteurs tentent de se faire une place, malgré les difficultés et les incertitudes. Tous regrettent la frilosité de l’Union européenne, alors qu’en face, les politiques protectionnistes se sont musclées ces dernières années.

Des mesures pas assez strictes et contournées par la Chine

L’UE fonctionne encore en partie avec un « logiciel des années quatre-vingt-dix, où l’on pense que l’économie se développe en supprimant les barrières au marché », estime Vincent Delporte, responsable des affaires publiques chez Holosolis, l’autre projet de giga-usine française, prévu en Moselle. Le projet, qui finalise sa première campagne de financement, prévoit de produire, à partir de fin 2028, des cellules et panneaux solaires, pour une capacité finale de 5 GW.

S’il estime que les mesures européennes vont dans le bon sens, elles restent selon lui « trop faibles et trop lointaines ». La mise en œuvre du critère de résilience NZIA commence cette année, notamment dans l’appel d’offres pour des centrales au sol ; celles de l’IAA pourraient prendre plusieurs années avant de se concrétiser. Sur ce dernier point, les propositions aujourd’hui sur la table sont dénoncées par de nombreux acteurs. Elles se limitent aux cellules et aux onduleurs pour la filière solaire. Et les critères pour être considéré comme
« Made in Europe » sont très larges et théoriquement ouverts à tous les pays ayant des accords commerciaux avec l’UE, soit près d’une centaine. De nombreux acteurs demandent au contraire une liste réduite aux pays de l’Union européenne et à ses partenaires les plus proches (Suisse, Royaume-Uni, Norvège). « La Commission pourrait in fine retirer de la liste les pays n’appliquant pas la réciprocité, comme l’Inde par exemple qui s’est fermée aux productions extérieures. En revanche, le Vietnam figurerait sur la liste », explique Vincent Delporte. Or, face aux mesures de protectionnisme américaines, plusieurs fabricants chinois ont installé des usines au Vietnam ou en Thaïlande pour contourner les barrières américaines et, par ricochet, les restrictions européennes.

Dans le cadre du NZIA, par exemple, un malus s’applique aux cellules venant de Chine, mais pas à celles venant d’une usine chinoise implantée dans un autre pays, comme le Vietnam. Et ce contournement n’en est qu’un parmi d’autres.“ Il y a même des panneaux chinois qui ont réussi à respecter le bilan carbone ”Jérôme Mouterde, Dualsun

« Nous avons alerté les pouvoirs publics : il y a même des panneaux chinois qui ont réussi à respecter le bilan carbone » exigé pour obtenir la TVA à 5,5 % sur le petit résidentiel, indique Jérôme Mouterde, dirigeant de Dualsun qui s’associe avec un fabricant autrichien pour lancer une nouvelle gamme de panneaux « Made in Europe ». Cette mesure franco-française visait à soutenir les productions locales en exigeant un bilan carbone très strict, censé écarter les productions asiatiques. « Le fait que des panneaux chinois parviennent à passer ce critère vient changer la donne : l’écart de prix reste colossal entre les panneaux chinois et européens ». Une situation liée à la disproportion des mesures prises par les différents acteurs, estime le représentant d’Holosolis : « Le marché chinois est fermé et extrêmement subventionné. Les coûts de main d’œuvre n’expliquent pas les écarts de prix avec l’Asie. C’est surtout que l’on ne joue pas avec les mêmes règles du jeu », regrette Vincent Delporte.

Des mesures qui portent leurs fruits

Pourtant, cette mesure, mise en place le 1er octobre 2025 pour les petites installations photovoltaïques, portait ses fruits jusque-là : « Près de 60 % de notre capacité de production est aujourd’hui occupée par ce décret. Cela nous a permis d’augmenter notre production et de créer 40 postes »se félicite Lucas Weiss, directeur de Voltec Solar, dont l’usine est installée en Alsace. La TVA réduite a permis, en quelques mois, de multiplier par quatre les ventes pour le segment résidentiel. Selon le dirigeant, cette mesure est, dans tous les cas, très positive parce qu’elle « nécessite un effort environnemental considérable. Le meilleur moyen d’y accéder est d’utiliser du silicium produit en Europe ou en France. La TVA à 5,5 % soutient forcément des filières souveraines. Elle introduit un travail de traçabilité et des notions sur le travail forcé (qui concerne un tiers des zones où est produit le silicium). Ce n’est pas de l’ordre du détail ».

L’impact du critère de résilience dans les prochains appels d’offres est, quant à lui, encore difficilement mesurable. « Les appels d’offres cumuleront les contraintes NZIA, l’empreinte carbone… Cela va forcément bouleverser les chaînes d’approvisionnement. Les cellules et modules ne pourront pas provenir d’un pays tiers [à l’UE dominant], alors que dans les sessions précédentes, 100 % des panneaux provenaient de pays tiers », analyse Lucas Weiss, dont les panneaux n’ont pas été lauréats depuis 2022.

Beaucoup de questions restent en suspens…

Sophie Fabrégat, journaliste
Cheffe de rubrique énergie / agroécologi

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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