Une multinationale néerlandaise s’offre, pour ses 75 ans, un géant : l’«Annie Hillina», un navire capable d’engloutir près de 400 tonnes de poissons par jour.

Un navire-usine XXL va engloutir 400 tonnes de poissons par jour

Repoterre Par Enzo Berthier 8 mai 2026 à 07h00 Mis à jour le 10 mai 2026 à 08h00

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Manifestation à l’initiative de Bloom contre le navire-industrie « Annelies Ilena », le plus grand du monde, en 2024. – © Damien Meyer / AFP

Une multinationale néerlandaise s’offre, pour ses 75 ans, un géant : l’« Annie Hillina », un navire capable d’engloutir près de 400 tonnes de poissons par jour. Associations écologistes et pêcheurs artisanaux sont catastrophés.

112 mètres de longueur, 22 mètres de largeur et 400 tonnes de poissons par jour. Le coût de sa construction serait de 80 millions d’euros. Le nouveau navire-usine de la compagnie Parlevliet & Van der Plas (P&P), appelé Annie Hillina, est inauguré le 8 mai, dans le port du village néerlandais Ijmuiden, à l’ouest d’Amsterdam. C’est son cadeau pour ses 75 ans. Le groupe de pêche et de transformation néerlandais n’en est pas à son coup d’essai : ce nouveau chalutier, à la coque rouge noire et verte, a la même capacité de pêche que le plus grand navire-industrie du monde, l’Annelies Ilena.

« On assiste à une course au gigantisme, loin d’un modèle durable », résume Laetitia Bisiaux, chargée du dossier Pêches industrielles chez Bloom interrogée par Reporterre. L’association, qui œuvre pour la conservation marine, annonce organiser un rassemblement en face du bateau, le jour du baptême. « On part de Lille ce matin vers les Pays-Bas, en direction du port, précise Laetitia Bisiaux. Un navire-usine s’apprête à ravager l’écosystème marin alors on espère que cette action pourra faire du bruit. »

Maquereaux, harengs… Plusieurs espèces menacées

L’association indique que plusieurs espèces dans le viseur du nouveau bateau-usine sont déjà en danger. À tel point que le Conseil international pour l’exploration de la mer, un organisme intergouvernemental, suggère de limiter fortement leur capture dans l’Atlantique Nord pour 2026 : -70 % pour le maquereau, -41 % pour le merlan bleu et -30 % pour le hareng.

Immatriculé aux Pays-Bas, le bateau « bénéficie de droits historiques qui lui permettent de pêcher jusqu’à 6 milles nautiques (11 km environ) du littoral français », ajoute Laetitia Bisiaux. « J’ai du mal à comprendre qu’on laisse ces navires piller l’océan, surtout quand on voit l’état des maquereaux, déjà en danger, s’inquiète Olivier Leprêtre, président du Comité régional des pêches maritimes et des élevages marins des Hauts-de-France. Les petits bateaux se retrouvent à pêcher jusqu’à 100 kg de poisson par jour alors qu’un navire comme l’“Annie” ira jusqu’à plusieurs centaines de tonnes. Les pêcheurs français sont écœurés. »

Pêcheur pendant trente-cinq ans et mobilisé contre la pêche électrique, Stéphane Pinto, maire de la ville d’Ambleteuse, dans les Hauts-de-France, dénonce lui aussi ce projet : « Un navire aussi gros pourra venir capturer des poissons à la même distance des côtes que les pêcheurs artisanaux, ce n’est pas équitable. »

« Ce n’est pas équitable »

Du point de vue de Tim Heddema, président du Pelagic Freezer Trawler Association, l’association des armateurs de chalutiers pélagiques néerlandais, « l’“Annie Hillina” respectera toutes les réglementations. Nos pêcheurs ont une philosophie claire : pour une pêche durable, tant sur le plan écologique que socio-économique, il faut se contenter de récolter les ressources nécessaires et laisser le capital en mer. »

Selon lui, les affirmations de Bloom sont infondées et le projet de l’entreprise P&P est la seule solution rentable pour pêcher industriellement : « La pêche rentable d’immenses bancs de poissons n’est généralement possible qu’avec des navires de grande taille, capables de prélever une infime partie de ces bancs. »

Des arguments « absurdes »

« L’argument du respect de l’environnement et des réductions liées au coût du carburant est absurde pour des navires-usines, dit à Reporterre Fabien Randrianarisoa, chargé du dossier Pêches industrielles chez Bloom. Nous avons calculé que ce chalutier pélagique offre dix fois moins d’emplois par tonne pêchée [60 personnes travailleront à bord]. Un bateau plus petit, comme un fileyeur de 20 à 24 m2, consomme près de 102 000 litres de carburant par an. C’est 120 fois plus pour un navire-usine comme l’Annie Hilina, qui consommera jusqu’à 12 millions de litres de carburant par an », précise-t-il.

Bloom regrette que les recommandations visant à préserver la ressource ne soient pas suivies par l’Union européenne, la Norvège, l’Islande ou le Royaume-Uni : « Les scientifiques [du CIEM, qui fait autorité] préconisent de réduire la pêche aux maquereaux à 174 000 tonnes annuelles. Actuellement, les pays européens et côtiers en pêchent dans l’Atlantique Nord jusqu’à 299 000 tonnes. Ils pillent l’océan en toute légalité. »

C’est le cas de l’Annelies Ilena, qui se faisait baptiser « le navire de l’enfer » par les pêcheurs mauritaniens. À son bord, un chalut de 600 mètres lui permettant de pêcher près de 400 tonnes de poissons en vingt-quatre heures. En activité depuis le début des années 2000, ce navire est connu pour avoir siphonné les ressources en Afrique de l’Ouest, au détriment des pêcheurs locaux.

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L’association Bloom exige « l’interdiction des navires de plus de 25 mètres dans la bande côtière »« de ne procéder à aucun échange de quotas qui pourrait bénéficier à de tels navires-usines » et « un plan de démantèlement des navires-usines »dans les eaux de l’Union européenne.

Contacté par Reporterre, le ministère de la Pêche et de la Mer n’a pas répondu sur ce projet de navire-usine et la concurrence avec les pêcheurs français.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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