451 faits de corruption ont été recensés en 2025 en France.

Les autorités n’ont jamais enregistré autant de faits de corruption en France

Les dernières statistiques des services de police et de gendarmerie situent les atteintes à la probité à un niveau record. 451 faits de corruption ont été recensés en 2025 en France. Soit près de trois fois plus qu’il y a dix ans.

Antton Rouget

13 mai 2026 à 18h17 https://www.mediapart.fr/journal/france/130526/les-autorites-n-ont-jamais-enregistre-autant-de-faits-de-corruption-en-france

En plein procès en appel de l’affaire Sarkozy-Kadhafi, considérée par l’accusation et les parties civiles comme une affaire de corruption d’une magnitude exceptionnelle, les dernières statistiques officielles du ministère de l’intérieur confirment la progression inédite des atteintes à la probité en France. Les services de police et de gendarmerie n’ont jamais constaté autant d’infractions relevant de cette catégorie que sur l’année 2025, d’après les données publiées par l’Agence française anticorruption (AFA) et le service statistique de la Place Beauvau (SSMSI).

En 2025, pas moins de 1 125 manquements au devoir de probité – dans le Code pénal : corruption, trafic d’influence, concussion, prise illégale d’intérêts, détournement de fonds publics et favoritisme – ont été identifiés par les autorités. Un niveau jamais atteint depuis que les données sont centralisées et communiquées annuellement, à la suite des lois de moralisation de 2016.

Entre 2016 et 2025, le nombre d’atteintes à la probité a bondi de 81 %. Cette hausse est notamment liée aux infractions de corruption, qui ont été multipliées par 2,7

Graphique: MediapartSource: Agence française anticorruption, Service statistique ministériel de la sécurité intérieureCréé avecDatawrapper

© Infographie Mediapart

Lors du précédent recensement, portant sur l’année 2024, les services de police et de gendarmerie avaient fait remonter 968 procédures en cours (principalement en fin d’enquête, selon les précisions méthodologiques apportées par le ministère de l’intérieur). L’année 2025 a donc été marquée par une augmentation générale de 16 % de faits recensés sur un an.

Plusieurs catégories d’infractions ont connu des hausses mais le saut le plus spectaculaire concerne les faits de corruption, qui ont bondi de 35 % (de 334 en 2024 à 451 en 2025). Depuis 2016, l’évolution est encore plus impressionnante : sur les neuf dernières années, la corruption a progressé de 268 % (de 168 faits recensés à 451). Sans que cela émeuve aucun·e responsable gouvernemental·e.

L’actuel ministre de la justice, Gérald Darmanin, semble peu réceptif aux questions de probité : en octobre 2025, il accordait ainsi un régime de faveur à Nicolas Sarkozy lors de sa courte incarcération. En 2021, alors ministre de l’intérieur (chef de la police anticorruption, donc), le même Gérald Darmanin avait tenu à apporter son soutien public à l’ancien président de la République, dont il fut le porte-parole, le jour de sa première condamnation pour corruption.

Les hommes représentent plus de trois-quarts des mis en cause

Les deux autres catégories de délits les plus recensés sont le « détournement de fonds publics » (171 faits en 2025, stable par rapport aux années précédentes) et la « prise illégale d’intérêts » (195 faits, en légère baisse). Parmi les auteurs, les hommes sont « surreprésentés » (77 % des mis en cause). Ils sont aussi plus âgés que la moyenne nationale : « 53 % des mis en cause d’atteintes à la probité sont âgés de 45 ans et plus », alors que cette catégorie pèse 46 % de la population générale.

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© Illustration Sébastien Calvet / Mediapart

Depuis 2016, le taux d’augmentation annuel moyen des atteintes à la probité est de 6 %, relèvent l’AFA et du SSMSI dans leur analyse, en relevant que cette hausse « ne résulte pas de dynamiques régionales particulières », quand bien même des territoires comme la Corse ou les outre-mer comptabilisent des nombres d’infractions par habitant·e plus élevés que la moyenne.

Le service statistique accorde aussi un éclairage particulier sur les infractions en lien avec le trafic de stupéfiants – une préoccupation majeure du gouvernement dans sa bataille contre le narcobanditisme : sur la décennie, seize infractions ont été comptabilisées chaque année en moyenne en lien avec des infractions à la législation sur les stupéfiants. Mais ce chiffre pourrait être sous-évalué, précisent l’AFA et le SSMSI, les enquêteurs, enquêtrices et magistrat·es expliquant que la corruption est « rarement retenue » dans ces dossiers, car souvent « difficile à caractériser ».

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Les données des services de police et de gendarmerie sont accompagnées d’une enquête « Vécu et ressenti en matière de sécurité » (VRS), selon laquelle 188 000 personnes âgées de 18 ans et plus (soit 0,4 % de l’ensemble de la population) « déclarent avoir été confrontées à une situation de corruption dans le milieu professionnel en 2023 ».

Dans 15 % des cas, poursuit l’étude, l’objectif « était d’obtenir un service (une place en crèche par exemple) ou d’en accélérer l’obtention ». Or, relèvent les analystes, dans les procédures closes entre 2016 et 2023, « ce sont à peine 1 700 personnes physiques victimes d’infractions d’atteinte à la probité qui sont enregistrées ». D’après l’enquête VRS, « moins de 1 % des victimes de corruption dans un cadre professionnel portent plainte »

Antton Rouget

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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