François Ruffin veut profiter des divisions de la gauche non insoumise pour s’imposer comme un candidat crédible à l’élection présidentielle.

À Lyon, François Ruffin défend un projet « travailliste » pour convaincre au-delà de la gauche

26 avril 2026 | Par Ilyes Ramdani

Le député de la Somme veut profiter des divisions de la gauche non insoumise pour s’imposer comme un candidat crédible à l’élection présidentielle. En meeting samedi, il a témoigné de l’ambition de briser le plafond de verre minoritaire de son camp. En évitant les sujets qui fâchent. 

Lyon (Rhône).– Dans un discours de candidat à l’élection présidentielle, les mots qui ne sont pas prononcés comptent parfois autant que les slogans. En meeting samedi 25 avril devant l’hôtel de ville de Lyon, François Ruffin a dessiné par ses ellipses une stratégie : enjamber les débats internes à la gauche pour se frayer une voie vers le premier tour.

De gauche, il n’a pas été question samedi, ou si peu. Dans un événement construit comme un entretien d’embauche, face à quatre personnes qui l’interrogeaient à tour de rôle, François Ruffin a parlé travail, salaires, pratique du pouvoir, accaparement des richesses par les élites. Rien, en revanche, sur la stratégie de son camp ou sur le chemin de l’union.

Sur le fond aussi, l’ancien journaliste marche sur une ligne de crête. D’un côté, il promet de « combattre le racisme », de « fermer CNews » et esquisse une France où « nous sommes toutes et tous égaux ». De l’autre, il évite de parler de violences policières ou d’islamophobie et il plaisante en évoquant « les copains et copines antiracistes, les féministes, les écologistes et tous les “istes” sympas de la planète ».

Meeting de François Ruffin à Lyon le 25 avril 2026. © Photo Nicolas Liponne / PhotoPQR / Le Progrès / MaxPPP

Dans Libération, fin janvier, François Ruffin théorisait en creux sa volonté de dépasser les frontières de la gauche pour espérer l’emporter en 2027. « Le socle de la gauche tient et c’est déjà un miracle : 30 % restent accrochés, jugeait-il. Mais le plafond s’est abaissé : pour bien des gens, la gauche est devenue un épouvantail. » 

Pas question, donc, de les effrayer. « “Écologie” n’est pas un mot aimé dans le pays », a estimé samedi l’ancien insoumis, dans une ville dirigée par Les Écologistesdepuis six ans. S’il a dit souhaiter « réconcilier écologie et populaire par le travail », François Ruffin n’a pas dit grand-chose de sa vision en matière de politique énergétique, de transports ou de changement des modes de vie.

L’anti-« éléphants » socialistes

Pas de quoi déplaire à Corentin et Géraldine, un couple de jeunes chercheurs lyonnais venu écouter le candidat Ruffin. « Il met d’accord la partie de notre famille qui est plutôt de l’autre côté », se marre la seconde, quand le premier assure que « les gens de droite le respectent ». Gérald Darmanin, l’actuel ministre de la justice, ne disait-il pas en 2023 : « On ne peut pas ne pas écouter François Ruffin » ?

De primaire, il n’a pas plus été question que de gauche sur la place Louis-Pradel. Le député de la Somme n’a pas eu un mot pour l’élection censée se tenir le 11 octobre, à laquelle il s’est déclaré candidat mais dont l’organisation relève chaque jour un peu plus de l’incertain. Mieux, il a raillé les « négociations de salon », les « manœuvres d’appareil » et les « congrès arrangés », alors que se tenait dans le même temps à Liffré (Ille-et-Vilaine) une réunion autour de François Hollande et Raphaël Glucksmann.

« Ils font mine de soutenir l’union mais ils font tout pour qu’elle n’ait pas lieu, cingle la députée écologiste Sophie Taillé-Polian, porte-parole de la campagne de François Ruffin. Soit on se rassemble, soit on veut en réalité faire alliance avec le macronisme. Et dans ce cas-là, il faut le dire. » La construction d’une alliance politique « de Ruffin à Glucksmann », comme le martèle le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Olivier Faure, paraît mal embarquée.

Oui, mon obsession [est] le travail.

François Ruffin

Tandis que la route de la primaire se rétrécit à vue d’œil, François Ruffin accélère son calendrier. Alors que les socialistes s’enlisent dans leurs débats internes et que Jean-Luc Mélenchon va déclarer sa candidature, le fondateur de Debout ! enchaîne les meetings en forme d’entretiens d’embauche, invoque le « peuple » et le « nous », réactive le souverainisme mélenchoniste de 2017, tente de réinventer des mobilisations populaires à mi-chemin entre Nuit Debout, dix ans après, et des expériences démocratiques tentées à l’étranger.À lire aussiAu Parti socialiste, 600 propositions mais toujours pas de projet clair

Face à la concurrence à gauche, François Ruffin veut aussi cultiver sa singularité. Il y a son style, son image de « député au Smic » et bientôt, promet-il, de « président au Smic » ; il y a aussi ses formules, ses rimes, ses nombreuses rimes. Les quotas d’importation, par exemple ? Cela se fera sur « l’armement, les médicaments, les aliments, l’acier évidemment et tous les produits pour l’environnement ». La France de François Ruffin ? « Une France qui dérange, pas une France qui se range. »

Et puis, il y a le travail. Il en fut question une cinquantaine de fois samedi dans les différentes interventions. « Nous sommes travaillistes, a résumé François Ruffin. Nous considérons que tout est travail. » Quelques minutes plus tard, l’élu picard assume : « Oui, mon obsession [est] le travail. » Dans son esprit, tout passe par la défense des travailleurs et travailleuses : l’union entre les classes populaires urbaines et rurales, la conversion du peuple à l’écologie, la possibilité pour la gauche de recueillir une adhésion majoritaire…

Le peuple, mais quel peuple ?

Le livret programmatique distribué samedi ne parle d’ailleurs pas d’autre chose : une page sur les salaires (indexation sur l’inflation, augmentation du Smic à 1 600 euros…), une autre sur les conditions de travail (avec, entre autres, la fin des temps partiels subis), une troisième sur la soutenabilité du travail (retraite anticipée pour les emplois les plus pénibles) et une dernière sur les contrats et les logements (priorisation de l’attribution pour les travailleurs essentiels, encadrement de l’intérim…).

Il reste à François Ruffin de trouver quel peuple, quelle gauche peut se rallier à son entreprise. L’affluence n’est pas un critère toujours parlant mais son entourage, qui avait promis « des milliers de personnes venues de toute la France », a dû être déçu en voyant que la place Louis-Pradel n’était pas complètement remplie, rendant improbable le nombre de 2 254 annoncé sur scène par François Ruffin.À lire aussiFrançois Ruffin, un député en lévitation politique

Au-delà du nombre, il y a le « qui ? ». François, un psychothérapeute à la retraite, est venu de Saint-Marcellin (Isère) pour applaudir le candidat. Parmi les douze ruffinistes de son secteur, « la plupart n’ont jamais milité, assure-t-il. On a de tout, des éboueurs, des neurochirurgiens, des assistants de vie scolaire… C’est vraiment le projet d’un groupe, pas d’une personne. C’est ce qui me plaît chez lui. »

En se baladant au milieu de la foule lyonnaise, on constate cependant aisément que la diversité des soutiens de François Ruffin n’est pas allée jusqu’aux quartiers populaires de Lyon et de sa banlieue, ni aux populations racisées en leur sein.

Sur scène, le député du groupe écologiste raconte « vivre avec un compte à rebours », celui du premier tour de l’élection présidentielle. Il lui reste un an pour faire de son intuition « travailliste » un chemin vers l’Élysée.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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