Mieux communiquer sur la santé mentale.

Sciences

« Communiquer en santé mentale », les écueils à éviter pour mieux prendre en charge ce domaine

Grande cause nationale en 2025 et en 2026, la santé mentale reste pourtant incomprise, note, dans son dernier ouvrage, le chercheur Mickaël Worms-Ehrminger. 

Par Sandrine Cabut

Aujourd’hui à 12h30

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Communiquer en santé mentale, de Mickaël Worms-Ehrminger (Presses de l’EHESP, 294 p., 24 €).
Communiquer en santé mentale, de Mickaël Worms-Ehrminger (Presses de l’EHESP, 294 p., 24 €).

Dans les médias, des articles trop souvent alarmistes sur la santé mentale, des jeunes notamment. Sur les réseaux sociaux, une explosion de témoignages aux effets parfois ambigus, et beaucoup de désinformation. Et, du côté des autorités sanitaires, des campagnes sur ces thèmes avec des défauts de conception gênants…

Grande cause nationale en 2025 et en 2026, la santé mentale est sur toutes les lèvres, mais « reste encore trop souvent mal comprise, mal dite, mal transmise », constate Mickaël Worms-Ehrminger, dans son dernier ouvrage, Communiquer en santé mentale.

Moult exemples, mais aussi références universitaires et entretiens avec des professionnels de terrain à l’appui, ce docteur en santé publique dissèque les erreurs de communication à tous les niveaux et propose des repères concrets pour faire mieux.

D’abord, il met les pieds dans le plat sur la « grande confusion » autour du terme même de santé mentale. Pour les institutions, il renvoie à la définition de l’Organisation mondiale de la santé, impliquant essentiellement le bien-être. « Pour d’autres, il évoque un champ strictement médical et psychiatrique ; ailleurs encore, il devient synonyme d’épanouissement personnel ou de stress banal du quotidien », note l’auteur. Une absence de repères partagés, qui peut avoir des conséquences concrètes : « Banalisation de pathologies graves, disqualification de vécus complexes, automédication, attentes irréalistes ». Quant aux récits de célébrités qui médiatisent leurs troubles psychiques, ils peuvent être un levier considérable du fait de leur visibilité, mais il y a un double écueil : la superficialité et la spectacularisation.

« Déport de responsabilité »

De leur côté, les campagnes institutionnelles ne sont pas toujours bien pensées. Comme celle menée par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé en 2025 pour le bon usage des psychotropes. Selon l’auteur, elle illustre « un déport de responsabilité des troubles psychiques vers les personnes qui en souffrent ». Le mésusage des anxiolytiques et somnifères est attribué à l’individu, invité à consulter son médecin, alors que la majorité de ces médicaments sont délivrés sur prescription. Et les pratiques mises en avant, comme l’activité physique, « voir ses potes », ne sont « ni adaptées, ni accessibles, ni acceptables par de nombreuses personnes ».

Même pavée des meilleures intentions, une communication inadéquate peut avoir de nombreux effets contre-productifs, à commencer par « la santé mentale lassitude », rançon de la saturation du public face à des sujets omniprésents, à l’image de « l’écofatigue ». Les campagnes qui visent à déstigmatiser peuvent au contraire renforcer les stéréotypes qu’elles cherchent à combattre. Ainsi, une représentation souvent homogène des personnes concernées (jeunes adultes, blancs, urbains…) peut créer un sentiment d’exclusion implicite chez ceux qui ne se reconnaissent pas.

Citoyens, journalistes, professionnels des soins psychiques, décideurs… Nous pourrions tous mieux communiquer sur la santé mentale pour avoir plus d’impact. Lire cet ouvrage peut nous y aider.

Communiquer en santé mentale, de Mickaël Worms-Ehrminger (Presses de l’EHESP, 294 p., 24 €).

Sandrine Cabut

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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