Aires protégées : la stratégie nationale produit des résultats plus quantitatifs que qualitatifs
Un premier bilan de la stratégie nationale lancée en 2021 montre que l’objectif de protéger 30 % du territoire national en 2030 est d’ores-et-déjà dépassé. Mais l’objectif de protection forte est, quant à lui, loin d’être atteint.
Biodiversité | 21.04.2026 | https://www.actu-environnement.com/ae/news/aires-protegees-strategie-nationale-snap-bilan-resultats-quantitatifs-qualitatifs-47891.php4

© PPjCalanque de Sormiou (Parc national des calanques)
La stratégie nationale pour les aires protégées (Snap), lancée en 2021, fixait un double objectif : protéger au moins 30 % du territoire d’ici à 2030 et mettre sous protection forte au moins un tiers des aires protégées. Cinq ans après, où en est-on ? Selon un rapport (1) publié le 19 février dernier par Patrinat, centre d’expertise de données sur la nature, le premier objectif est d’ores et déjà atteint, tandis que le second est loin de l’être et qu’il existe une grande hétérogénéité de protection selon les zones du territoire national considérées.
« À l’issue de la période 2021-2025, la France dépasse l’objectif de 30 % de couverture en aires protégées, atteignant 33,5 % du territoire terrestre et marin », établit le rapport. Cette progression est essentiellement due à l’extension de vastes espaces marins en outre-mer, notamment dans les Terres australes et antarctiques françaises.“ Cette ambition repose principalement sur le territoire de Polynésie française qui représente à lui seul près de la moitié du domaine maritime français ”Patrinat
« En revanche, la protection forte reste limitée à 4,9 %, loin de la cible de 10 % fixée pour 2030 », indique le rapport, même si une série de zones marines ont été classées sous ce statut en décembre dernier. Là-aussi, les progrès constatés résultent principalement de « la labellisation de vastes espaces marins situés en Outre-mer », indique Patrinat. Lors de la Conférence des Nations unies sur l’océan, qui s’est tenue en juin dernier à Nice, le président de la République avait annoncé l’objectif de mettre 14 % des zones marines sous protection forte d’ici à fin 2026. « Toutefois, cette ambition repose principalement, si ce n’est exclusivement, sur le territoire de Polynésie française qui représente à lui seul près de la moitié du domaine maritime français », relève le rapport.
De gros efforts à mener sur les surfaces terrestres et en métropole
Ce qui signifie que de gros efforts pour mettre des zones sous protection forte restent à mener, en particulier sur les surfaces terrestres et en métropole. La France métropolitaine terrestre affiche en effet un taux de protection forte de 1,6 % seulement. « Les projections réalisées montrent qu’un relèvement ciblé de ce taux à hauteur de 6 % constitue un levier déterminant pour rapprocher les indicateurs nationaux de l’objectif de 10 % », rapporte l’évaluation Patrinat. Le ministère de la Transition écologique se fixe, pour l’heure, un objectif minimal de 3 % en protection forte d’ici à 2030 sur les surfaces terrestres en métropole. Ce chiffre apparaît dans le bilan (2) , mis en ligne le 8 avril, des deux premières années de la stratégie nationale biodiversité (SNB 2030), dont la Snap constitue un pilier.
Couverture en protcction forte en France en janvier 2025© Patrinat
En tout état de cause, « les disparités observées entre domaines terrestres et marins, entre France métropolitaine et Outre-mer, ainsi qu’entre régions biogéographiques, révèlent des déséquilibres structurels qui subsisteraient même en atteignant tous les objectifs quantitatifs fixés par la stratégie », estime Patrinat. En effet, bien qu’indispensable, l’atteinte des cibles nationales « ne garantit pas, à elle seule, la cohérence ni la représentativité écorégionale du réseau en termes de surfaces ». Au-delà de l’effort quantitatif, les auteurs du rapport soulignent donc la nécessité d’une stratégie qualitative, visant à « renforcer la cohérence écologique, la représentativité des milieux et la gouvernance opérationnelle des sites ».
Pour cela, ils préconisent de poursuivre certains chantiers amorcés lors du premier plan d’action de la stratégie nationale, qui devait initialement couvrir la période 2021-2023 mais qui s’est finalement achevée en 2025 : déploiement de listes départementales des sites d’intérêt géologique ; cartographie des espaces naturels sensibles (ENS) ; mise en œuvre d’analyses au cas par cas en vue de la labellisationen zones sous protection forte. En complément, les auteurs recommandent une série d’actions supplémentaires : élaboration d’un plan en faveur des arrêtés préfectoraux de protection de biotopes, de géotopes ou d’habitats naturels ; reconnaissance des ENS en aires protégées ; classification des aires protégées terrestres en Nouvelle-Calédonie et en Polynésie française ; application des critères de l’Union internationale pour la conservation de la nature (3) (UICN) aux aires protégées françaises.
Parallèlement à cette analyse réalisée par Patrinat, une évaluation intermédiaire de la Snap 2030 (4) , réalisée par le cabinet Planète publique et le bureau d’études Meresco pour l’Office français de la biodiversité (OFB), a été publiée en septembre 2025. Cette évaluation met également en avant la progression des résultats quantitatifs mais « une mise en œuvre plus lente des zones de protection forte ». Elle pointe « la question cruciale des moyens », qui apparaît « sous-jacente à toutes les échelles, dans l’optique de porter les ambitions fortes de la Snap ».
Construction du second plan national d’actions
Ces deux évaluations ont permis au ministère de la Transition écologique de nourrir la construction du second plan d’actions national (PAN 2) qui doit couvrir la période 2026-2030. Le Comité national de la biodiversité (CNB), instance consultative composée de neuf collèges, a adopté le 2 avril dernier son avis (5) sur le projet de plan. Il a accueilli « favorablement » les orientations générales et les axes prioritaires du plan qui lui apparaissent « globalement cohérents » avec les enseignements de l’évaluation intermédiaire de la Snap. Le CNB a également salué le recentrage du plan autour d’un nombre plus limité d’actions ainsi que la recherche de synergies avec la stratégie nationale pour la biodiversité (SNB) et le futur plan national de restauration de la nature qui doit être présenté à la Commission européenne en septembre prochain.
L’instance consultative a toutefois formulé 26 recommandations permettant de renforcer ce plan. Parmi celles-ci, on notera le renforcement des mesures opérationnelles de suppression et de réduction des pressions identifiées (artificialisation, pollutions, surexploitation, fragmentation, présence d’espèces exotiques envahissantes) ; la nécessité d’étayer le volet consacré à la mobilisation des financements publics ; le renforcement de l’inclusivité des aires protégées en « consolidant l’accompagnement, notamment financier, l’implication, l’appropriation et la responsabilisation des parties prenantes et des territoires » ; ou encore la nécessité de mandater formellement le Secrétariat général à la planification écologique (SGPE) pour qu’il veille à la cohérence des arbitrages interministériels en ce qui concerne la préservation de la biodiversité.
Sept associations de protection de la nature (6) ont appelé le Gouvernement à « prendre pleinement en compte » cet avis du CNB, estimant que les orientations « globalement positives » du projet de plan sont menacées par des choix politiques et budgétaires incohérents. Dans leur collimateur ? La loi Duplomb et la loi d’orientation agricole qui facilitent la destruction d’espèces, d’une part, la baisse de 30 % en deux ans des crédits de l’État qui financent la préservation et la restauration des milieux naturels, d’autre part. Et ce, alors qu’un rapport d’inspection estimait, en juin 2022, qu’il fallait au contraire doubler le financement des aires protégées et le tripler en 2030. Dans son bilan intermédiaire de la SNB, le ministère de la Transition écologique vante, quant à lui, des financements « publics et privés » en progression et met en avant le Fonds vert, mobilisé par exemple pour acquérir un site dans la réserve naturelle de Chérine (Indre). Les crédits affectés à ce fonds ont pourtant fondu de 66 % en deux ans.
« Le plan ne doit pas se contenter d’une « protection forte » au rabais, concentrée sur certains territoires, estiment ensuite les associations. Il doit viser l’alignement de la France sur les standards européens et internationaux et la protection de la biodiversité la plus menacée sur l’ensemble des territoires ». Enfin, les ONG demandent de renforcer « l’inclusivité des aires protégées françaises » en consolidant« l’accompagnement, notamment financier, l’implication, l’appropriation et la responsabilisation des parties prenantes et des territoires ».1. Télécharger le rapport Patrinat
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47891-patrinat-aires-protegees-2021-2025.pdf2. Télécharger le bilan de deux ans de la Stratégie nationale biodiversité 2030
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47891-strategie-nationale-biodiversite-bilan-deux-ans.pdf3. La définition française de la protection forte est moins exigeante que celle de la protection stricte adoptée par l’UICN.4. Télécharger la synthèse de l’évaluation intermédiaire de la Snap réalisée pour l’OFB
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47891-snap-synthese-evaluation-intermediaire.pdf5. Télécharger l’avis du Comité national de la biodiversité sur le projet de plan d’actions national de la Snap
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47891-avis-cnb-snap.pdf6. SNPN, FNE, Humanité & Biodiversité, Canopée, OPIE, SFEPM, Bretagne vivante
Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement