La persistante fragilité du PS et de LR

« Comme LR, le PS rêve de revenir à la France d’avant, celle dans laquelle l’alternance se jouait classiquement entre la gauche et la droite »

Chronique

Le Parti socialiste et Les Républicains peuvent s’enorgueillir de vrais succès lors du second tour des élections municipales du 22 mars. Ils n’en restent pas moins profondément fragilisés par l’absence d’une ligne claire et la fragmentation du paysage politique, relève Françoise Fressoz, éditorialiste au « Monde », dans sa chronique.

Publié hier à 12h00, modifié à 17h23  https://www.lemonde.fr/idees/article/2026/03/24/comme-lr-le-ps-reve-de-revenir-a-la-france-d-avant-celle-dans-laquelle-l-alternance-se-jouait-classiquement-entre-la-gauche-et-la-droite_6674054_3232.html

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L’arrivée à vélo du socialiste Emmanuel Grégoire à l’Hôtel de ville de Paris, où il venait de se faire élire avec une confortable majorité (50,52 % des suffrages exprimés dans le cadre d’une triangulaire), restera comme l’une des images fortes du second tour des élections municipales, dimanche 22 mars.

Dans une configuration qui était loin de lui être favorable, l’ancien premier adjoint de la maire sortante, Anne Hidalgo, est parvenu à maintenir la capitale à gauche pour un cinquième mandat d’affilée en se passant d’une alliance avec La France insoumise et en jouant sur une subtile prise de distance avec celle qui l’avait précédé et avec laquelle il était en rupture de ban. Tout en assumant pleinement le changement écologique mené dans la capitale, Emmanuel Grégoire a implicitement promis plus d’attention et de proximité à ses administrés.

A Paris, mais aussi à Marseille, où la victoire de Benoît Payan (candidat du Printemps marseillais, proche des socialistes) a été éclatante, à Lille, à Montpellier, à Rennes… le PS peut s’enorgueillir d’avoir préservé ses bastions, d’avoir conservé Nancy, gagné en 2020, et enregistré quelques conquêtes, dont la plus symbolique est celle de Pau, face à l’ancien premier ministre (MoDem) François Bayrou. Il s’est néanmoins retrouvé plongé, dimanche soir, dans l’une de ces crises dont il a le secret. En cause : les accords passés avec les « insoumis » par plusieurs maires socialistes sortants en difficulté, notamment à Brest (Finistère), Clermont-Ferrand et Nantes. Un seul, celui conclu dans la préfecture de la Loire-Atlantique, s’est révélé payant. Les autres ont viré au désastre, mettant la direction du Parti socialiste (PS) sous le feu des critiques.

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Certes, Olivier Faure, qui avait exclu tout accord national avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, ne les avait pas officiellement encouragés, mais il ne les avait pas non plus désavoués, si bien que, au fil de la soirée, ses opposants internes ont haussé le ton, le mettant en très fâcheuse posture. « Jean-Luc Mélenchon est devenu le boulet de la gauche », a dû convenir, lundi 23 mars, sur BFM-TV, un premier secrétaire du PS très affaibli, tandis que Boris Vallaud, patron des députés socialistes, dénonçait son « manque de clarté » et que l’ancien président de la République François Hollande soulignait « l’impasse » dans laquelle se retrouve son parti.

Olivier Faure, lors d’un déplacement à Limoges, le 12 mars 2026, pour soutenir Thierry Miguel, le candidat du Parti socialiste, de Place Publique et du Parti communiste aux élections municipales.
Olivier Faure, lors d’un déplacement à Limoges, le 12 mars 2026, pour soutenir Thierry Miguel, le candidat du Parti socialiste, de Place Publique et du Parti communiste aux élections municipales.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Mieux aurait valu pour Olivier Faure de trancher dans le vif, alors que les sondages d’opinion montrent depuis des mois à quel point Jean-Luc Mélenchon, par sa brutalité, ses excès et son antisémitisme latent, est devenu un repoussoir pour l’électorat centriste et un carburant pour l’extrême droite.

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Que veulent les socialistes ? Où vont-ils ? Une fois de plus, le parti à la rose est confronté à des interrogations existentielles dont personne n’a la réponse. A chaque fois qu’il pense pouvoir relever la tête, ce parti qui a longtemps dominé la gauche est renvoyé à ses faiblesses qui tiennent autant à un déficit de projet que de leadership. L’ambiguïté persistante des Ecologistes à l’égard de La France insoumise ne facilite pas la tâche d’Olivier Faure, qui se faisait le chantre d’une primaire de la gauche hors Mélenchon. Le revers subi dimanche par les écologistes à Poitiers, Besançon, Strasbourg, Bordeaux ainsi que dans la métropole de Lyon compromet son projet de construire un « socialisme écologique » pour contrer les extrêmes. Boris Vallaud, qui rêve de voir la gauche non mélenchoniste se rassembler derrière le candidat désigné par le PS en 2027, n’est pas en mesure d’apporter la preuve qu’il y parviendra.

Le camp social-démocrate, qui se montre le plus virulent à l’égard de Jean-Luc Mélenchon, présente lui aussi d’évidentes faiblesses. Difficile pour François Hollande de donner des leçons quand à Tulle, son ancien fief, Bernard Combes, le candidat socialiste qu’il soutenait, a été largement battu par la droite alors qu’il avait fait le choix de s’unir avec un communiste allié à La France insoumise. Hors du PS, Raphaël Glucksmann, le leader de Place publique qui se veut le plus radical dans la rupture avec les « insoumis », ne parvient pas à dire clairement si l’avenir de la gauche passe désormais par une recomposition totale des alliances et un rapprochement avec le centre droit. Le sujet reste trop tabou parce qu’il est à ce jour électoralement perdant.

Quadripartition

Le PS rêve de revenir à la France d’avant, celle dans laquelle l’alternance se jouait classiquement entre la gauche et la droite. Le parti Les Républicains (LR) est dans la même illusion, car la photographie qu’offre le second tour des élections municipales n’apporte aucune garantie à l’un comme à l’autre. Certes, la gauche reste forte dans les métropoles tandis que la droite assoit son hégémonie dans les villes petites et moyennes. A défaut de faire tomber Paris, de conquérir Lyon et de conserver Nîmes, LR peut se consoler en remportant Clermont-Ferrand. Cependant, la progression du Rassemblement national dans des petites et moyennes communes du sud, du nord, de l’est de la France contribue à lui grignoter de l’espace. Plus symptomatique encore, la capacité de ce parti à étendre son influence dans des terres jusqu’à présent imperméables comme la Sarthe lui renvoie elle aussi l’épineuse question des alliances : vaut-il mieux, en vue de 2027, pactiser avec le centre droit ou se rapprocher de l’extrême droite ? A peine le second tour achevé, la question est redevenue lancinante, creusant la faille qui menace l’existence même de LR sans que la moindre solution soit esquissée.

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Accusés de troubler le jeu depuis neuf ans, le macronisme et ses satellites ont incontestablement souffert lors de ces élections, sans pour autant être rayés de la carte. La large défaite de Rachida Dati à Paris et de Christian Estrosi à Nice constitue un sérieux désaveu pour Emmanuel Macron, qui les avait soutenus. Le revers subi à Pau par François Bayrou, l’un des forgerons de la victoire de 2017, est un autre signal d’alarme. Mais Edouard Philippe, le patron d’Horizons, est confortablement réélu au Havre (Seine-Maritime) tandis que Renaissance, qui partait de quasiment rien, renforce son implantation locale et remporte deux villes de plus de 100 000 habitants, Annecy et Bordeaux. Au lieu du traditionnel bipartisme, c’est bien la quadripartition du paysage politique qui s’est vérifiée lors de ce scrutin municipal. Les vieux partis n’ont pas fini de souffrir.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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