La fin de la lune de miel » : la réforme de la justice de Giorgia Meloni rejetée par référendum, premier gros désaveu
En Italie, Giorgia Meloni a essuyé lundi sa première défaite majeure depuis son élection en 2022. Lors du référendum pour la réforme de la justice, le « Non » l’a emporté avec 54% des voix. La leader nationaliste reste première ministre, mais son image d’invincibilité est atteinte.
Par Bruno Duvic • Publié le mardi 24 mars 2026 à 06:58 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/la-fin-de-la-lune-de-miel-la-reforme-de-la-justice-de-giorgia-meloni-rejetee-par-referendum-premier-gros-desaveu-5874007?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-03-24&at_position=6
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, au Parlement italien, le 11 mars 2026. ©AFP – Andreas Solaro
C’était un des points importants du programme de Giorgia Meloni et une bataille de la droite depuis Silvio Berlusconi, mais il s’agit finalement de la première défaite de la Première ministre italienne. Son référendum sur la justice, qui concerne les juges et les procureurs, a été rejeté à 54% des voix lundi et le taux de participation a été record. Un vote qui s’est transformé en plébiscite sur Giorgia Meloni, et l’opposition y a immédiatement vu un désaveu majeur.
Ce n’est pas tous les jours que l’opposition peut célébrer une victoire dans l’Italie de Giorgia Meloni. « Les gens ont aussi voté contre l’arrogance de ce gouvernement », estime Elly Schlein, leader du parti social-démocrate, qui manifestait dans le centre de Rome lundi soir. Pour la première ministre, la défaite est d’autant plus nette que la participation, de 59%, a été beaucoup plus élevée que lors des précédents référendums. Des régions qui avaient élu la droite aux législatives de 2022 ont dit « Non », les jeunes ont aussi massivement voté contre la réforme, et même une partie non négligeable de l’électorat de droite a rejeté le texte.
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Italie : le bilan de Giorgia Meloni après trois ans au pouvoir
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Il s’agit de la fin d’un chapitre dans le quinquennat Meloni, selon Claudio Cerasa est éditorialiste au quotidien Il Foglio. « Elle s’est toujours targuée de recueillir un large consensus et pour la première fois, le consensus est mis en cause, observe l’éditorialiste. C’est la fin de la lune de miel qui a été très longue, le gouvernement est forcément fragilisé, c’est à elle d’affronter calmement cette situation. »
Il reste un an à Giorgia Meloni avant les élections, il pas question de démissionner. D’ailleurs, la gauche ne le demande pas, rassembler contre une réforme, elle sait faire, se rassembler autour d’un programme, pas encore, loin de là.
En Italie, le référendum perdu de Giorgia Meloni ouvre un nouveau chapitre de sa législature
Le projet de réforme de la magistrature soumis aux électeurs par la présidente du conseil a été rejeté par 53,7 % des voix, au terme d’une campagne tendue et à la faveur d’une participation élevée.

Giorgia Meloni se trouvait face à un défi politique capital. Les Italiens lui ont infligé un revers cuisant. Lundi 23 mars, les opposants à la réforme de la magistrature voulue par le gouvernement de cette dirigeante de droite radicale venue de la famille néofasciste ont remporté une nette victoire à l’issue d’un référendum constitutionnel décisif pour la suite de la législature, marquée jusqu’ici par son exceptionnelle stabilité. Le non a rassemblé 53,7 % des voix dans le contexte d’une participation élevée de près de 60 %, supérieure de neuf points à celle qui a prévalu lors du dernier scrutin similaire, organisé en 2020.
La stratégie de stigmatisation à outrance des magistrats, suivie par la majorité pour promouvoir la réforme, présentée notamment comme devant mettre fin à l’emprise des « juges rouges » sur la vie démocratique, n’a pas permis de remporter la victoire. En face, le camp du non a voulu prendre la défense d’une culture républicaine jugée menacée par la pratique illibérale du pouvoir de Giorgia Meloni.
Le contexte international, lourd de menaces, était aussi défavorable à la cheffe du gouvernement, remettant en question le positionnement d’une présidente du conseil qui avait, contre une opinion hostile jusque dans son propre parti, fait le choix de l’alignement sur l’administration Trump. Enfin, à quelques jours du scrutin, les révélations de presse sur les connexions mafieuses, personnelles comme commerciales, entretenues avec des représentants de la Mafia calabraise par le sous-secrétaire d’Etat à la justice, Andrea Delmastro Delle Vedove, n’ont pas joué en faveur du camp du oui.
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« Les Italiens ont décidé. Et nous respectons cette décision. Nous avancerons, comme nous l’avons toujours fait, avec responsabilité, détermination et respect », a déclaré Giorgia Meloni une fois sa défaite avérée, s’exprimant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le mode de communication favori d’une responsable politique qui ne fait pas mystère de son aversion pour le travail des journalistes.
Le choix de la polarisation
De son côté, Elly Schlein, secrétaire du Parti démocratique (PD, centre gauche), la principale formation de l’opposition, s’est félicitée d’un résultat reflétant, selon elle, l’existence d’une « majorité alternative au gouvernement ». Elle a annoncé vouloir œuvrer à la consolider avec les forces « progressistes ». Elle s’est dite prête à participer à une primaire de l’opposition, voulue par Giuseppe Conte, le chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S).
Une victoire du oui aurait permis à Giorgia Meloni de mener à bien au moins l’une des trois grandes réformes sur lesquelles sa coalition a gagné les élections en 2022, un texte sur l’autonomie des régions et un autre sur le renforcement des pouvoirs de l’exécutif ayant déjà échoué à se matérialiser.
Reste que la vie politique italienne est sortie abîmée de cette campagne référendaire. Elle fait les frais du choix clairement manifesté, à la fin de l’été, par Giorgia Meloni, de la polarisation et de la violence rhétorique. Son discours hostile à la magistrature, lié à la défense du projet de réforme, alimentait par ailleurs un positionnement illibéral toujours plus marqué. Ainsi, parce qu’ils mettaient en évidence les zones d’ombre juridiques d’un projet moribond, mais toujours dispendieux de camps de détention pour étrangers en situation irrégulière en Albanie, les juges étaient accusés par la première ministre d’empêcher le gouvernement de gouverner.
Dans un contexte de remise en question des contre-pouvoirs, les magistrats étaient également soupçonnés d’être complaisants vis-à-vis de l’immigration clandestine et accusés par le ministre de la justice d’appartenir à une organisation « paramafieuse » : le Conseil supérieur de la magistrature. Dans le même temps, l’exécutif menait une politique sécuritaire censée protéger de ces mêmes « juges rouges » des forces de l’ordre. Plusieurs agents ont été plus tardinquiétés dans des cas de violences – dont l’un arrêté pour un règlement de comptes mortel dans une affaire de deal – et de vols, révélés début 2025.
Opposition hors des partis
Si la cheffe de cabinet du ministre de la justice a assimilé les magistrats à un « peloton d’exécution » dont il conviendrait de se débarrasser, Giorgia Meloni est allée jusqu’à dire que la victoire du non mettrait des pédocriminels et des personnes violentes en liberté. Du texte de la réforme, donc, il a peu été question. Ses dispositions, techniques et difficiles à défendre avec passion, impliquaient la séparation des carrières entre procureurs et juges. Elle prévoyait également une refonte de la gouvernance d’une magistrature organisée en courants politiques.
Bien que cette politisation de la magistrature fasse historiquement débat en Italie, notamment lorsque des élus se retrouvent au cœur d’enquêtes judiciaires, les Italiens sont préoccupés au quotidien par la lenteur des procédures, un problème de fond que la réforme ne prenait pas en compte. Mais la victoire du non n’est pas celle des partis politiques, selon la politiste Daniela Chironi, enseignante à l’Ecole normale supérieure de Florence. « Le non, explique-t-elle, l’a remporté par la mobilisation d’un mouvement venu d’en bas, avec des comités impliquant des citoyens, des magistrats, des enseignants, des artistes qui ont porté le débat dans des écoles, des universités, des théâtres et cela, en dehors de l’autorité des partis. »
De fait, une forme d’opposition hors partis s’est peu à peu fait jour en Italie. D’abord, discrètement, contre un projet de pont jugé pharaonique sur le détroit de Messine, puis, surtout, avec l’émergence d’un mouvement de solidarité avec les Palestiniens, qui a entraîné des centaines de milliers de personnes dans des manifestations organisées sur tout le territoire à la fin de l’été, rassemblant la gauche et le monde catholique progressiste.
Protestations contre la politique sécuritaire
Des lieux culturels et militants liés à l’histoire de la gauche italienne ont également été pris pour cible par le gouvernement, déclenchant des mouvements de protestation contre la politique sécuritaire de l’exécutif. De mois en mois, de rassemblement en rassemblement, une certaine Italie, constamment prise pour cible par Giorgia Meloni alors qu’elle était presque invisible, a redécouvert les manifestations, en même temps qu’une vieille culture républicaine sortait de son sommeil.
Rien n’assure, à ce stade, que cette partie de l’opinion puisse être captée de manière ordonnée par les partis d’une opposition dont les courants les plus centristes, faisant primer la lettre du texte juridique sur la nature du contexte politique, s’étaient déclarés en faveur du oui. De son côté, Giorgia Meloni a des marges de manœuvre serrées, entre les effets attendus de l’incertitude géopolitique et un bilan économique étique, au-delà de la discipline budgétaire et d’une image de dirigeante forte qui a su convaincre les marchés, mais se trouve aujourd’hui entamée. « Comme à la veille de son arrivée au pouvoir en 2022, l’avenir de Giorgia Meloni dépend d’abord des divisions de ses adversaires. Il faut voir si l’opposition pourra capitaliser sur ce résultat », explique Lorenzo Castellani, politiste et enseignant à l’université Luiss-Guido-Carli, à Rome.
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Pour le chercheur, la présidente du conseil doit en priorité faire voter une réforme électorale propre à exploiter la carte électorale, défavorable au Sud, au profit de son camp. Mais elle devra aussi tenir la bride courte à des alliés de coalition qui risquent de vouloir faire entendre leur propre partition à l’approche des élections législatives de 2027. Quelle que soit la suite, le premier et long chapitre de la législature qui a porté Giorgia Meloni au pouvoir en 2022 est désormais clos.

Pour approfondir (1 article)
Après sa défaite référendaire, Giorgia Meloni sous le choc
La contestation de la réforme de la justice de Giorgia Meloni s’est construite sur une mobilisation de la jeunesse, du sud et des zones urbaines. La présidente du Conseil est nettement fragilisée, mais l’opposition peine à profiter du moment.
24 mars 2026 à 19h01
24 mars 2026 à 19h01
ÀÀpeine connu le résultat du référendum sur la réforme de la justice – et la nette défaite du camp de Giorgia Meloni par 53,23 % des voix –, des milliers d’Italiens se sont regroupés sur les places des grandes villes du pays pour fêter leur victoire et réclamer la démission de la cheffe du gouvernement.
Le mardi 23 mars représente pour eux « le début d’un nouveau printemps », comme l’a proclamé à Rome le secrétaire général du syndicat CGIL, Maurizio Landini, qui a mené tambour battant la campagne pour le « non ». Ce référendum fait penser à celui qui, en 1974, a défendu le droit au divorce : une limite posée au camp de la réaction.
Cette fois, l’enjeu était la défense de la Constitution, ou plutôt de son esprit, c’est-à-dire son ancrage dans le rejet du fascisme. Face à une Giorgia Meloni qui ne cachait plus ces derniers temps son soutien à Viktor Orbán et son intention de verrouiller son emprise sur le pouvoir, la majorité des Italiens a réagi pour stopper cette dérive.

Pour reprendre les termes du politologue Roberto D’Alimonte dans La Repubblica, le référendum représente « la première vraie défaite pour Meloni ». Une premier sursaut qui survient dès le premier vote national depuis la victoire de la droite et de l’extrême droite en septembre 2022.
Une participation forte, surtout chez les jeunes
Comment cette défaite s’est-elle construite ? D’abord sur une double surprise. Les sondages prévoyaient une abstention forte et avaient décrété que plus la participation serait élevée, plus les chances du « oui » seraient importantes.
Il s’est produit exactement l’inverse. L’ampleur de la participation a surpris tout le monde : 58,93 % des électeurs inscrits se sont rendus aux urnes. C’est le deuxième plus fort taux de participation pour un référendum constitutionnel, après celui de 2016 qui avait conduit à la démission de Matteo Renzi.
Dans un contexte où la participation pour les élections régionales et municipales est désormais très faible en Italie – et où celle pour les élections législatives est en chute libre –, cette participation n’était pas vraiment attendue.
La mobilisation a été particulièrement forte dans le Nord et le Centre, c’est-à-dire dans les bastions théoriques de la majorité et de l’opposition. Dans les régions « bleues » comme la Lombardie et la Vénétie, le taux de participation dépasse les 63 %. Dans les régions « rouges » comme la Toscane ou l’Émilie-Romagne, il dépasse 66 %. Preuve que le référendum a été perçu comme un scrutin éminemment politique et impliquant l’avenir du gouvernement.
Mais les sondages n’ont pas vu venir le fait qu’un surcroît de participation pourrait principalement profiter au « non ». Cela s’explique en grande partie par la très forte mobilisation des jeunes, qui a surpris plus d’un analyste politique italien. Si aucune estimation de la participation par tranche d’âge n’était encore disponible mardi 24 mars, de premières analyses de sortie des urnes permettent de souligner la forte division générationnelle du vote référendaire. Selon les différents instituts, entre 57 et 61 % des 18-34 ans ont voté « non ».
Et plus on est âgé, plus on a voté « oui ». Le vote « non » est encore majoritaire chez les 35-50 ans (entre 50 et 60 %), mais il devient minoritaire chez les plus de 50 ans (entre 53 et 55 % pour le « oui »). Chez les plus de 65 ans, le « oui » passe à plus de 55 %. « Les jeunes ont fait la différence », résume Elly Schlein, présidente du Parti démocrate (PD), principale force d’opposition.
Pour comprendre cette mobilisation de la jeunesse, il faut l’inscrire dans un double mouvement. D’abord celui d’un pouvoir qui mène une politique sécuritaire liberticide, ciblant principalement les jeunes perçus comme des menaces. Les récents décrets « sécurité »approuvés en février visent ainsi les manifestations et les rassemblements de jeunes. Or, et c’est le deuxième point, la jeunesse italienne s’est très fortement mobilisée pour Gaza, entraînant à sa suite les syndicats, avec l’organisation d’une grève générale très suivie en septembre dans la péninsule. Le vote « non » des jeunes est donc l’illustration d’un profond rejet d’une politique d’extrême droite.
Le Nord riche vote « oui »…
Si des électeurs jeunes peu habitués à voter ont fait pencher la balance, le « oui » n’a pas convaincu non plus en dehors des régions profondément acquises au gouvernement. Seules trois régions du Nord-Est ont voté majoritairement en faveur de la réforme : la Lombardie, la Vénétie et le Frioul-Vénétie Julienne. Mais une étude plus fine permet de comprendre la faiblesse de la dynamique du « oui ».
Par province (équivalent italien du département), on constate ainsi que le « oui » triomphe dans les zones les plus riches et industrialisées, celles qui se situent au nord du Pô. C’est là qu’on trouve les meilleurs scores pour la réforme, notamment dans la province de Vérone, où le « oui » obtient 62,06 % des suffrages exprimés.
Le sud de l’Italie rejette massivement la réforme judiciaire de Giorgia Meloni, au contraire des régions riches et industralisées du nord
Vote pour le « non » au référendum des 22 et 23 mars 2026, par province.37 %50 %71 %

Carte: MediapartSource: Ministero dell’InternoDonnées cartographiques: © ISTAT Créé avec Datawrapper© Infographie Mediapart
Mais cette règle souffre deux exceptions. D’abord, au sud du Pô, l’on trouve quelques îlots de « oui » majoritaire dans un océan de « non », essentiellement dans les provinces riches qui débordent vers le sud (Imperia près de la frontière française, Plaisance et Ferrare) et dans les régions traditionnellement très conservatrices (le Latium en dehors de Rome, le sud des Marches).
Ensuite, au nord, les villes ont très majoritairement voté « non », même au cœur du pays du « oui ». Ainsi, la commune de Turin rejette la réforme à 64,76 %, celle de Milan à 58,33 %, celle de Venise à 55,13 %, celle de Bergame à 54,22 %.
Globalement, le vote « non » est un vote urbain. Dans la ville métropolitaine de Rome, il obtient 60,31 %, dans la ville de Naples 75,49 %, dans celle de Florence 66,57 %, dans celle de Gènes 64,02 %.
Autrement dit, le vote « oui » est le vote d’un monde dominé par les PME industrielles italiennes tournées vers le marché mondial et obsédées par la compétitivité. C’est le parti de la répression sociale et de la baisse des impôts, auquel s’ajoutent des poches de conservatisme traditionnel favorable à une évolution autoritaire du régime. Un monde rural, plutôt riche et franchement vieux.
… et le Sud rejette massivement la réforme
Mais ce qui a aussi fait basculer le vote, c’est la défection du Sud. Si le Mezzogiorno est marqué par le conservatisme, le vote y a été massivement en faveur du « non ». C’est dans la province de Naples qu’il enregistre son meilleur score, avec 71,47 %. Certes, la Campanie est désormais un bastion du Mouvement Cinq Étoiles (M5S), mais l’ensemble de la Calabre (« non » vainqueur à 57,26 %), de la Sicile (« non » vainqueur à 60,98 %) ou de la Sardaigne (« non » vainqueur à 59,44 %), régions fermement tenues par la droite, a aussi nettement rejeté le projet.
Dans ces régions, l’esprit de la réforme – la remise en cause de l’indépendance de la justice – est directement venu se fracasser sur des années de lutte de l’institution judiciaire contre la corruption et le crime organisé. Les critiques du gouvernement contre le « pouvoir des juges » ne peuvent avoir d’échos dans un tel environnement.
D’autant que le gouvernement Meloni n’a guère agi pour le Sud pauvre. La suppression du revenu de citoyenneté et les milliards dépensés pour le pont sur le détroit de Messine, malgré les critiques locales, ont aussi joué. Enfin, la faible participation dans ces régions (par exemple 46,13 % seulement en Sicile) a dans ce cas pu jouer en faveur du « non ». La droite n’a pas su mobiliser ses troupes sur ce sujet précis dans ces régions.
Globalement, la défection du Sud est une source d’inquiétude majeure pour Giorgia Meloni. Elle signifie que les électeurs de ces régions ne sont pas prêts à soutenir un durcissement du régime. Un refus qui est aussi partagé par une partie des électeurs de droite.
Ainsi, selon les sondages de sortie des urnes, plus de 18 % des électeurs du parti berlusconiste Forza Italia ont rejeté la réforme, alors même que le chef actuel de cette formation, le ministre des affaires étrangères Antonio Tajani, l’avait présentée comme « le rêve de Silvio Berlusconi ». Détail piquant : dans la commune d’Arcore, près de Monza en Lombardie, où Il Cavaliere avait sa villa et où réside encore sa famille, le « non » l’a emporté par 50,25 % des voix. Un signe de plus qu’une partie de l’Italie libérale n’accepte pas le tournant autoritaire initié.
La structure du vote « oui » permet de dessiner la base sociale de l’autoritarisme contemporain. C’est d’une part un capitalisme aux abois et convaincu, pour conserver sa capacité d’accumulation, de l’intérêt d’un durcissement autoritaire ; et, d’autre part, une population âgée aux tentations réactionnaires.
En revanche, la structure du vote « non » montre les limites de cette stratégie. Parce qu’elle est massivement rejetée par la jeunesse et les classes populaires, mais aussi par une partie des libéraux.
Dans cette « Italie coupée en deux », le deuxième camp s’est révélé plus fort et plus mobilisé.
Quelle stratégie pour Giorgia Meloni ?
Impossible, désormais, de ne pas s’interroger sur les conséquences politiques de cet échec. La stratégie de Giorgia Meloni est clairement celle d’une forme d’indifférence. Dès lundi, elle prenait acte de son échec et appelait à « aller de l’avant ». Mais cette logique du « Circulez, il n’y a rien à voir ! » ne peut pas tenir. Le référendum sur la réforme judiciaire était, plus largement, un référendum sur la méthode Meloni et sur sa stratégie d’« orbanisation » du pays.
Officiellement, le projet de nouvelle loi électorale est toujours sur la table. Mais, dans les faits, on voit mal comment il pourrait encore voir le jour. Si la majorité passait en force, elle se retrouverait face à une opposition large, pas seulement au Parlement mais aussi dans le pays. La majorité des 15 millions d’électeurs qui ont rejeté la réforme judiciaire a évidemment aussi rejeté la réforme électorale. Et, plus fondamentalement, elle a rejeté la volonté du gouvernement Meloni de contourner les difficultés démocratiques.
L’ennui, c’est que l’exécutif italien n’a pas grand-chose à proposer aux Italiens d’ici aux élections de septembre 2027. Le projet d’une « alternative » qui a pu lui permettre de s’imposer voici trois ans et demi n’a désormais plus de sens. Et la stagnation économique laisse peu de marge de manœuvre au gouvernement.
Giorgia Meloni aimait à se présenter comme la bâtisseuse d’une Italie dont la voix compte désormais sur la scène internationale. Mais ce qui a été sanctionné dans les urnes, c’est précisément cette stratégie de rapprochement avec Washington et Budapest pour compter en Europe. Nul doute que ceux qui ont voté « non » avaient en tête les scènes venues des États-Unis, avec les arrestations de l’ICE, la police de l’immigration.
Stratégiquement, sa politique a été sanctionnée et elle va devoir, en théorie, gouverner avec ce handicap pendant encore dix-huit mois, sans avoir la possibilité de mener à bien une réforme électorale pouvant lui assurer une majorité stable entre 2027 et 2032.
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Dans ce climat, ses alliés vont commencer à jouer leur propre partition. Si les principaux dirigeants de Forza Italia et de la Lega montraient une solidarité de façade, les couteaux sont tirés.
Le parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia, accuse ses alliés de ne pas avoir assez fait campagne pour la réforme. Quant à ceux-ci, ils vont être tentés de mettre en avant leur singularité pour limiter les pertes. C’est notamment le cas de Forza Italia, jusqu’ici très fidèle à la coalition, mais qui va devoir intégrer dans sa stratégie la défection de près d’un cinquième de ses électeurs lors du référendum. Pour la Lega, ce pourrait être un schéma inverse, compte tenu de la victoire du « oui » dans ses bastions. Matteo Salvini pourrait encore durcir le ton et renforcer son caractère autoritaire, face à une Giorgia Meloni qui pourrait être présentée comme « impuissante ».
La réforme électorale semble ainsi morte et enterrée : elle réduit l’autonomie des alliés de Fratelli d’Italia, alors même que ces derniers vont chercher à la mettre en avant pour diminuer leur part dans la défaite du 23 mars. Dès lors, la coalition sera de moins en moins aisée à diriger à l’abord du scrutin législatif.
Une hypothèse fait alors son chemin dans la presse et chez les analystes transalpins : provoquer des élections anticipées pour prendre de vitesse l’opposition et susciter une mobilisation des électeurs de droite et d’extrême droite autour de Giorgia Meloni. Une forme de « quitte ou double » permettant, en cas de succès, de disposer d’un mandat renouvelé. Mais un pari hautement risqué après une défaite aussi nette.
Une opposition dans l’incertitude
En attendant, l’opposition, elle, n’a clairement pas intérêt à cette accélération du calendrier électoral. Il lui faut profiter de cette victoire pour construire une vraie alternative politique reposant sur une organisation cohérente. Car si, comme l’a dit Maurizio Landini de la CGIL, le vote « non » confirme que « le gouvernement ne représente pas la majorité du pays », rien ne dit que l’opposition puisse représenter cette majorité. Le hiatus entre le vote des régionales de 2025 et celui du référendum permet, semble-t-il, d’en douter.
Pour autant, l’opposition a l’occasion de s’unir autour de ce qui a fait la majorité du 23 mars : la défense de la Constitution. Mais si cet axe est nécessaire, il n’est pas suffisant. Il faut aussi offrir un front uni, une « grande entente » comme on dit en Italie, qui puisse disposer d’un candidat à la présidence du Conseil et d’une cohérence programmatique minimale.
C’est à ce prix que le « non » de 2025 peut se transformer en un « avis d’expulsion du palais Chigi » pour Giorgia Meloni, comme l’a proclamé Giuseppe Conti, chef du M5S. En 2022, la division de l’opposition avait permis la victoire de la coalition de droite et d’extrême droite, alors même que cette dernière n’était pas majoritaire.DOSSIER Extrêmes droites : le laboratoire italien40 articles
C’est de ce constat qu’est née l’idée d’une primaire. L’ancien président du Conseil Matteo Renzi, aujourd’hui à la tête d’un petit parti centriste, a proposé une primaire de « tout le centre-gauche »avec un programme minimal : « trois propositions crédibles sur la santé, le travail et la sécurité ».
Longtemps hostile à cette idée, Giuseppe Conte s’est dit prêt, après la victoire du « non », à participer à une telle primaire de l’opposition, à condition que cette dernière soit ouverte à tous les électeurs et s’inscrive dans un mouvement citoyen inspiré par le succès du référendum. Le Parti démocrate est lui aussi favorable à une primaire. Mais il entend pareillement trouver un mécanisme pour intégrer la société civile, qui constitue le cœur de l’électorat du « non » dans la construction de l’alternative.
Mais le chef du parti de la gauche des Verts (AVS), Nicola Fratoianni, a lui jugé que la discussion sur les primaires était « la moins intelligente à mettre sur le tapis en ce moment ». Pour lui, le point de départ est de construire un programme capable de faire l’unité du camp du « non ». S’il se dit prêt à élargir l’alliance à Renzi et aux centristes, le choix du leader doit à ses yeux venir ensuite.
À vrai dire, derrière les cris de joie et de surprise, l’opposition ne semble pas réellement en mesure de traduire cette victoire en dynamique politique. C’est pourquoi, dans les colonnes de La Repubblica, Elly Schlein a confirmé ne pas réclamer la démission de Giorgia Meloni. Comme si ce surgissement du peuple italien contre l’autoritarisme avait pris de court l’ensemble du monde politique.