Giorgia Meloni n’est plus invincible.

La fin de la lune de miel » : la réforme de la justice de Giorgia Meloni rejetée par référendum, premier gros désaveu

En Italie, Giorgia Meloni a essuyé lundi sa première défaite majeure depuis son élection en 2022. Lors du référendum pour la réforme de la justice, le « Non » l’a emporté avec 54% des voix. La leader nationaliste reste première ministre, mais son image d’invincibilité est atteinte.  

Par Bruno Duvic   • Publié le mardi 24 mars 2026 à 06:58 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/la-fin-de-la-lune-de-miel-la-reforme-de-la-justice-de-giorgia-meloni-rejetee-par-referendum-premier-gros-desaveu-5874007?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-03-24&at_position=6

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, au Parlement italien, le 11 mars 2026.

La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, au Parlement italien, le 11 mars 2026. ©AFP – Andreas Solaro

C’était un des points importants du programme de Giorgia Meloni  et une bataille de la droite depuis Silvio Berlusconi, mais il s’agit finalement de la première défaite de la Première ministre italienne. Son référendum sur la justice, qui concerne les juges et les procureurs, a été rejeté à 54% des voix lundi et le taux de participation a été record. Un vote qui s’est transformé en plébiscite sur Giorgia Meloni, et l’opposition y a immédiatement vu un désaveu majeur.

Ce n’est pas tous les jours que l’opposition peut célébrer une victoire dans l’Italie de Giorgia Meloni. « Les gens ont aussi voté contre l’arrogance de ce gouvernement », estime Elly Schlein, leader du parti social-démocrate, qui manifestait dans le centre de Rome lundi soir. Pour la première ministre, la défaite est d’autant plus nette que la participation, de 59%, a été beaucoup plus élevée que lors des précédents référendums. Des régions qui avaient élu la droite aux législatives de 2022 ont dit « Non », les jeunes ont aussi massivement voté contre la réforme, et même une partie non négligeable de l’électorat de droite a rejeté le texte.

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Il s’agit de la fin d’un chapitre dans le quinquennat Meloni, selon Claudio Cerasa est éditorialiste au quotidien Il Foglio« Elle s’est toujours targuée de recueillir un large consensus et pour la première fois, le consensus est mis en cause, observe l’éditorialiste. C’est la fin de la lune de miel qui a été très longue, le gouvernement est forcément fragilisé, c’est à elle d’affronter calmement cette situation. »

Il reste un an à Giorgia Meloni avant les élections, il pas question de démissionner. D’ailleurs, la gauche ne le demande pas, rassembler contre une réforme, elle sait faire, se rassembler autour d’un programme, pas encore, loin de là.

En Italie, le référendum perdu de Giorgia Meloni ouvre un nouveau chapitre de sa législature

Le projet de réforme de la magistrature soumis aux électeurs par la présidente du conseil a été rejeté par 53,7 % des voix, au terme d’une campagne tendue et à la faveur d’une participation élevée. 

Par  (Rome, correspondant)Publié aujourd’hui à 05h15, modifié à 10h04 https://www.lemonde.fr/international/article/2026/03/24/en-italie-le-referendum-perdu-de-giorgia-meloni-ouvre-un-nouveau-chapitre-de-sa-legislature_6674002_3210.html

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La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, vient de voter lors du référendum sur la réforme judiciaire, à Rome, le 23 mars 2026.
La présidente du conseil italien, Giorgia Meloni, vient de voter lors du référendum sur la réforme judiciaire, à Rome, le 23 mars 2026.  VALENTINA STEFANELLI/AP

Giorgia Meloni se trouvait face à un défi politique capital. Les Italiens lui ont infligé un revers cuisant. Lundi 23 mars, les opposants à la réforme de la magistrature voulue par le gouvernement de cette dirigeante de droite radicale venue de la famille néofasciste ont remporté une nette victoire à l’issue d’un référendum constitutionnel décisif pour la suite de la législature, marquée jusqu’ici par son exceptionnelle stabilité. Le non a rassemblé 53,7 % des voix dans le contexte d’une participation élevée de près de 60 %, supérieure de neuf points à celle qui a prévalu lors du dernier scrutin similaire, organisé en 2020.

La stratégie de stigmatisation à outrance des magistrats, suivie par la majorité pour promouvoir la réforme, présentée notamment comme devant mettre fin à l’emprise des « juges rouges » sur la vie démocratique, n’a pas permis de remporter la victoire. En face, le camp du non a voulu prendre la défense d’une culture républicaine jugée menacée par la pratique illibérale du pouvoir de Giorgia Meloni.

Le contexte international, lourd de menaces, était aussi défavorable à la cheffe du gouvernement, remettant en question le positionnement d’une présidente du conseil qui avait, contre une opinion hostile jusque dans son propre parti, fait le choix de l’alignement sur l’administration Trump. Enfin, à quelques jours du scrutin, les révélations de presse sur les connexions mafieuses, personnelles comme commerciales, entretenues avec des représentants de la Mafia calabraise par le sous-secrétaire d’Etat à la justice, Andrea Delmastro Delle Vedove, n’ont pas joué en faveur du camp du oui.

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« Les Italiens ont décidé. Et nous respectons cette décision. Nous avancerons, comme nous l’avons toujours fait, avec responsabilité, détermination et respect », a déclaré Giorgia Meloni une fois sa défaite avérée, s’exprimant dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, le mode de communication favori d’une responsable politique qui ne fait pas mystère de son aversion pour le travail des journalistes.

Le choix de la polarisation

De son côté, Elly Schlein, secrétaire du Parti démocratique (PD, centre gauche), la principale formation de l’opposition, s’est félicitée d’un résultat reflétant, selon elle, l’existence d’une « majorité alternative au gouvernement ». Elle a annoncé vouloir œuvrer à la consolider avec les forces « progressistes ». Elle s’est dite prête à participer à une primaire de l’opposition, voulue par Giuseppe Conte, le chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S).

Une victoire du oui aurait permis à Giorgia Meloni de mener à bien au moins l’une des trois grandes réformes sur lesquelles sa coalition a gagné les élections en 2022, un texte sur l’autonomie des régions et un autre sur le renforcement des pouvoirs de l’exécutif ayant déjà échoué à se matérialiser.

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Reste que la vie politique italienne est sortie abîmée de cette campagne référendaire. Elle fait les frais du choix clairement manifesté, à la fin de l’été, par Giorgia Meloni, de la polarisation et de la violence rhétorique. Son discours hostile à la magistrature, lié à la défense du projet de réforme, alimentait par ailleurs un positionnement illibéral toujours plus marqué. Ainsi, parce qu’ils mettaient en évidence les zones d’ombre juridiques d’un projet moribond, mais toujours dispendieux de camps de détention pour étrangers en situation irrégulière en Albanie, les juges étaient accusés par la première ministre d’empêcher le gouvernement de gouverner.

Dans un contexte de remise en question des contre-pouvoirs, les magistrats étaient également soupçonnés d’être complaisants vis-à-vis de l’immigration clandestine et accusés par le ministre de la justice d’appartenir à une organisation « paramafieuse » : le Conseil supérieur de la magistrature. Dans le même temps, l’exécutif menait une politique sécuritaire censée protéger de ces mêmes « juges rouges » des forces de l’ordre. Plusieurs agents ont été plus tardinquiétés dans des cas de violences – dont l’un arrêté pour un règlement de comptes mortel dans une affaire de deal – et de vols, révélés début 2025.

Opposition hors des partis

Si la cheffe de cabinet du ministre de la justice a assimilé les magistrats à un « peloton d’exécution » dont il conviendrait de se débarrasser, Giorgia Meloni est allée jusqu’à dire que la victoire du non mettrait des pédocriminels et des personnes violentes en liberté. Du texte de la réforme, donc, il a peu été question. Ses dispositions, techniques et difficiles à défendre avec passion, impliquaient la séparation des carrières entre procureurs et juges. Elle prévoyait également une refonte de la gouvernance d’une magistrature organisée en courants politiques.

Bien que cette politisation de la magistrature fasse historiquement débat en Italie, notamment lorsque des élus se retrouvent au cœur d’enquêtes judiciaires, les Italiens sont préoccupés au quotidien par la lenteur des procédures, un problème de fond que la réforme ne prenait pas en compte. Mais la victoire du non n’est pas celle des partis politiques, selon la politiste Daniela Chironi, enseignante à l’Ecole normale supérieure de Florence. « Le non, explique-t-elle, l’a remporté par la mobilisation d’un mouvement venu d’en bas, avec des comités impliquant des citoyens, des magistrats, des enseignants, des artistes qui ont porté le débat dans des écoles, des universités, des théâtres et cela, en dehors de l’autorité des partis. »

De fait, une forme d’opposition hors partis s’est peu à peu fait jour en Italie. D’abord, discrètement, contre un projet de pont jugé pharaonique sur le détroit de Messine, puis, surtout, avec l’émergence d’un mouvement de solidarité avec les Palestiniens, qui a entraîné des centaines de milliers de personnes dans des manifestations organisées sur tout le territoire à la fin de l’été, rassemblant la gauche et le monde catholique progressiste.

Protestations contre la politique sécuritaire

Des lieux culturels et militants liés à l’histoire de la gauche italienne ont également été pris pour cible par le gouvernement, déclenchant des mouvements de protestation contre la politique sécuritaire de l’exécutif. De mois en mois, de rassemblement en rassemblement, une certaine Italie, constamment prise pour cible par Giorgia Meloni alors qu’elle était presque invisible, a redécouvert les manifestations, en même temps qu’une vieille culture républicaine sortait de son sommeil.

Rien n’assure, à ce stade, que cette partie de l’opinion puisse être captée de manière ordonnée par les partis d’une opposition dont les courants les plus centristes, faisant primer la lettre du texte juridique sur la nature du contexte politique, s’étaient déclarés en faveur du oui. De son côté, Giorgia Meloni a des marges de manœuvre serrées, entre les effets attendus de l’incertitude géopolitique et un bilan économique étique, au-delà de la discipline budgétaire et d’une image de dirigeante forte qui a su convaincre les marchés, mais se trouve aujourd’hui entamée. « Comme à la veille de son arrivée au pouvoir en 2022, l’avenir de Giorgia Meloni dépend d’abord des divisions de ses adversaires. Il faut voir si l’opposition pourra capitaliser sur ce résultat », explique Lorenzo Castellani, politiste et enseignant à l’université Luiss-Guido-Carli, à Rome.

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Pour le chercheur, la présidente du conseil doit en priorité faire voter une réforme électorale propre à exploiter la carte électorale, défavorable au Sud, au profit de son camp. Mais elle devra aussi tenir la bride courte à des alliés de coalition qui risquent de vouloir faire entendre leur propre partition à l’approche des élections législatives de 2027. Quelle que soit la suite, le premier et long chapitre de la législature qui a porté Giorgia Meloni au pouvoir en 2022 est désormais clos.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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