Le classement de LFI comme parti d’extrême gauche n’est pas pertinent.

Nicolas Roussellier, historien : « “Gauche radicale” est une expression plus appropriée pour décrire LFI que l’étiquette connotée d’“extrême gauche” »

Tribune

L’extrême gauche, à laquelle le ministère de l’intérieur rattache désormais La France insoumise, désigne des mouvements qui privilégient une lutte subversive et révolutionnaire, hors du système. Dans une tribune au « Monde », le politiste estime que LFI s’inscrit bien, elle, dans une perspective électorale et parlementaire.

Publié le 09 février 2026 à 19h30, modifié le 10 février 2026 à 18h50  Temps de Lecture 3 min.

Le mercredi 4 février, le ministère de l’intérieur a rendu publique une circulaire qui a eu le don d’enflammer les esprits : La France insoumise (LFI) est passée de la case « gauche » à la case « extrême gauche ». Que peut-on en dire ?

Reconnaissons tout d’abord que la distribution des étiquettes électorales a toujours été un casse-tête politique. C’est particulièrement vrai pour les élections municipales, où l’étiquette la plus populaire dans de nombreuses communes est celle de… « sans étiquette ». Le travail du ministère et des préfets est donc tout sauf facile. Il n’empêche. En faisant glisser LFI dans le « bloc de clivages » intitulé « extrême gauche », la circulaire soulève une vraie interrogation. Les conséquences concrètes peuvent s’avérer très importantes.

Au soir des élections, la proclamation des résultats projetés à l’échelle nationale pourra réduire mécaniquement le score de cette « gauche » (écologistes, socialistes, communistes, Place publique et Génération.s) comme de cette « extrême gauche » (LFI mêlée à Lutte ouvrière ou au Nouveau Parti anticapitaliste). De plus, l’étiquette « extrême » crée une perception négative chez un grand nombre d’électeurs. Elle peut être vue comme une menace sur la sincérité du scrutin. Elle dresse aussi un parallèle, de pôle à pôle, avec l’extrême droite du Rassemblement national.

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Historiquement, on sait que la généalogie des courants politiques français est elle-même très complexe. Il est possible cependant de distinguer l’extrême gauche de la gauche. Dans ses premières années d’existence, entre 1920 et 1936, le Parti communiste français (PCF) a été classé à l’extrême gauche. La place de la gauche étant déjà occupée par les socialistes, le nouveau venu était classé à la gauche de la gauche. C’était une logique en quelque sorte topographique.

Même un Léon Gambetta (1838-1882) ou un Jules Ferry (1832-1893) avaient formé pour un court moment une « extrême gauche » au temps du Second Empire : ils occupaient la position à la gauche de l’opposition constitutionnelle.

Dans les années 1960, c’est au tour du PCF de se faire doubler sur sa gauche : la floraison des groupes dits « gauchistes », trotskistes notamment, vient occuper la case de l’extrême gauche. Nous avons longtemps vécu sur ce classement qui faisait consensus : l’extrême gauche désignait les groupes « vedettes » de Mai 68, toujours actifs ensuite, aujourd’hui compris, rejetant toute participation gouvernementale, récusant parfois même le jeu électoral.

Au milieu des multiples exemples historiques, un critère se dégage : l’extrême gauche désigne des mouvements, des syndicats, des ligues qui privilégient une lutte conçue comme subversive et révolutionnaire depuis l’extérieur du système constitutionnel. C’est à la fois l’antisystème, l’antipouvoir et l’espoir porté sur la « base » – le peuple , hors institutions.

La gauche, elle, est un produit de la vie électorale et parlementaire : même sous une allure radicale, même sous une rhétorique et des comportements disruptifs, elle agit depuis l’intérieur de l’arc constitutionnel.

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LFI s’est calée sur ce logiciel. Elle cherche par exemple à faire élire son chef à la présidence de la République. Elle noue des alliances avec d’autres groupes de gauche y compris modérés (Nouveau Front populaire de 2024). Elle contient dans son programme l’idée d’une VIe République, mais pas le renversement du régime ou une stratégie de révolution permanente qui honnit toute forme constitutionnelle de régime politique – cas d’Auguste Blanqui ou de Pierre-Joseph Proudhon au XIXsiècle. Elle utilise le vocabulaire de la « rupture » et de l’anticapitalisme, mais insiste sur l’idée de « planification ». Cela renvoie à une histoire beaucoup plus « républicaine » que gauchiste, nettement plus étatiste que révolutionnaire.

Repères instables

Certes, dans la conjoncture actuelle, LFI se retrouve séparée du reste de la gauche, mais cela n’empêche pas les voix écologistes et communistes de se mêler à celles des « insoumis » pour voter des motions de censure. Compte tenu des contraintes électorales, on voit mal comment les différentes fractions de la gauche, LFI comprise, pourront former une majorité à l’Assemblée nationale sans nouer une forme ou une autre de coalition. « Gauche radicale » est donc une expression mieux appropriée pour décrire la position de LFI que l’étiquette historiquement connotée d’extrême gauche.

Le glissement proposé dans la circulaire du ministère de l’intérieur, de « gauche » vers « extrême gauche », dit cependant autre chose sur l’état actuel de notre vie politique. Cette valse des étiquettes est bien le symptôme de la grande confusion qui la caractérise depuis une dizaine d’années. Le terme classique de « forces politiques » devient un oxymore tant les appareils sont faibles et les repères instables. Les changements quasi permanents des noms des partis en donnent un bon exemple.

La France insoumise croit pouvoir profiter de ce flou général. C’est une stratégie. Elle a décidé de pousser sa radicalité sur plusieurs points. Le fonctionnement même du mouvement est marqué par de spectaculaires exclusions. La multiplication des occasions d’obstruction est faite pour faire disruption à l’Assemblée nationale.

La stratégie qui s’est accentuée depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 porte en elle un effet de division de la société française, comme le montre le flirt persistant avec des positions proches d’un nouvel antisémitisme. Sur le fond des choses, c’est précisément parce que LFI ne correspond pas à l’extrême gauche au sens classique (et presque rassurant) du terme, que ces formes de radicalité devraient retenir l’attention.

Nicolas Roussellier est historien et politiste, professeur à Sciences Po.

*Municipales 2026 : LFI étiqueté à « l’extrême gauche » par le ministère de l’intérieur, Jean-Luc Mélenchon dénonce une « république bananière »

Les responsables de La France insoumise ont affirmé avoir déposé un recours devant le Conseil d’Etat. Le parti était jusqu’ici classé dans la catégorie « gauche ». 

Par 

le 06 février 2026 à 05h45, modifié le 06 février 2026 à 09h38 https://www.lemonde.fr/politique/article/2026/02/06/lfi-etiquete-a-l-extreme-gauche-par-le-ministere-de-l-interieur-jean-luc-melenchon-denonce-une-republique-bananiere_6665612_823448.html

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Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting pour les élections municipales, à Roubaix (Nord), le 31 janvier 2026.
Jean-Luc Mélenchon, lors d’un meeting pour les élections municipales, à Roubaix (Nord), le 31 janvier 2026. AGNES DHERBEYS/MYOP POUR «LE MONDE»

La France insoumise (LFI) est-elle une formation d’extrême gauche ? Dans une circulaire précisant les étiquettes des partis politiques pour les élections municipales de mars, publiée le 4 février, le ministère de l’intérieur a modifié celle concernant LFI, faisant passer le mouvement populiste de la catégorie « gauche », qui englobe le Parti socialiste, Les Ecologistes et le Parti communiste, à la catégorie « extrême gauche », où se trouve, par exemple, Lutte ouvrière (LO).

Furieux, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X une « république bananière », au sein de laquelle le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, « trouble l’ordre public électoral »« à la Trump »« Depuis quand le ministre de l’intérieur décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? », a fait mine de s’interroger le leader « insoumis », plein de sous-entendus. Le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, a dénoncé une « magouille », et Ugo Bernalicis, député (LFI) du Nord, « un acte politique assumé de déstabilisation ».

Cette nouvelle classification dresse une équivalence entre LFI et le Rassemblement national (RN), donnant des arguments à ceux, comme les macronistes, qui voulaient exclure le mouvement de Jean-Luc Mélenchon du champ républicain et renvoyer dos à dos les « extrêmes ». LFI a annoncé le dépôt d’un recours devant le Conseil d’Etat, qui a un mois pour statuer dans le cadre d’un référé***. La décision de la haute juridiction s’annonce clé pour le mouvement « insoumis ». L’étiquette « extrême gauche » pourrait peser dans la perspective d’une élection présidentielle, notamment si Jean-Luc Mélenchon parvenait à accéder au second tour.

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Le mouvement a-t-il été prévenu en amont par le ministère de l’intérieur ? Interrogés, ni Manuel Bompard ni le député (LFI) du Val-d’Oise Paul Vannier, chargé des élections, n’ont répondu aux sollicitations du Monde« Le débat sur les labellisations existe depuis des années. Ces catégories ne sont pas juridiques, mais historiques, philosophiques ou politiques. Elles ont toujours été l’objet de conflit », rappelle le politiste Rémi Lefebvre. « Beauvau n’a jamais prétendu être impartial et neutre », corrobore Jean-Jacques Urvoas, professeur de droit public, et ancien garde des sceaux pendant le quinquennat de François Hollande.

En 2022, les partis de la gauche avaient obtenu du Conseil d’Etat le droit d’être répertoriés sous l’étiquette de l’alliance de la gauche, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), derrière laquelle ils s’étaient regroupés, ce que le ministère de l’intérieur leur avait dans un premier temps refusé. Le juge des référés avait d’ailleurs rendu sa décision en moins de dix jours. Le RN, lui, conteste régulièrement devant le Conseil d’Etat sa classification à l’extrême droite, dont il n’est pas parvenu à se débarrasser.

Changement de pied

Pourquoi ce changement de pied de la part du ministère de l’intérieur, alors que le programme politique de LFI évolue peu ? « Chez La France insoumise, il y a un refus de la discussion parlementaire, des appels systématiques à la censure, on refuse d’aller voir le gouvernement pour des réunions de travail, a justifié Laurent Nuñez en marge d’un déplacement à Charleville-Mézières. Comme ministre de l’intérieur, je tiens compte de la réalité des situations. »

« Dans l’espace public, l’extrême gauche, qui fut incarnée par Lutte ouvrière ou le NPA [Nouveau Parti anticapitaliste], n’existe presque plus. Il n’y a rien de plus à gauche que LFI. Le ministre de l’intérieur avalise donc une représentation de LFI à l’extrême gauche du champ politique. Topographiquement, ce n’est pas faux », admet le politiste Rémi Lefebvre.

Il fait également remarquer que le Parti ouvrier indépendant (POI), petite formation trotskiste, est devenu un satellite de LFI. Jean-Luc Mélenchon tient dans leurs locaux parisiens ses « moments politiques », grands-messes mensuelles lors desquelles il expose sa vision de l’actualité. Le seul député POI, Jérôme Legavre (Seine-Saint-Denis), est apparenté au groupe LFI à l’Assemblée nationale. Signe d’une grande proximité idéologique, l’organe militant du POI, Informations ouvrières, relaie chaque semaine la bonne parole du mouvement, et monte au créneau pour défendre ses membres et leurs actions. Il s’est également associé à L’Insoumission, la publication de propagande de LFI pour proposer des contenus communs. Enfin, des adhérents du POI militent également au sein des « groupes d’action » de LFI.

Pour Rémi Lefebvre, ce lien ne fait pas de LFI une structure d’extrême gauche pour autant. Ainsi, le mouvement continue de s’inscrire dans un cadre républicain, institutionnel et joue le jeu des élections. Quand l’extrême gauche, elle, a toujours eu « un rapport compliqué à la République et au légalisme ».

A cet endroit de l’échiquier politique, les élections ne sont qu’un simple moment de « conscientisation politique ». Ainsi, le groupuscule trotskiste Révolution permanente, né d’une scission du NPA et qui assume une stratégie extraparlementaire, va également présenter des listes aux municipales en mars. Objectif : proposer une « réponse révolutionnaire » et utiliser les élections comme une tribune politique – contrairement à LFI qui souhaite s’inscrire « dans le strict respect du cadre existant ».

Le « bruit et la fureur »

Au-delà de la doctrine officielle « insoumise », c’est peut-être une certaine façon de faire de la politique, concentrée sur la ligne du « bruit et de la fureur », que le ministère de l’intérieur a souhaité caractériser. « LFI ce n’est pas seulement un positionnement, mais aussi une manière d’être. Avant, pour gagner, il fallait rassembler, polir les angles. Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon fait l’inverse. Il veut surmobiliser un électorat en clivant, en hystérisant la confrontation », analyse Jean-Jacques Urvoas, qui pense que « l’étiquette extrême gauche ne choquera personne ».

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« Dans les joutes politiques, il n’est pas scandaleux d’établir une différence entre LFI et les autresSi le PS est “de gauche”, est-il juste de mettre LFI dedans, alors que le mouvement revendique une “rupture”, un terme qu’il ne définit jamais clairement ? », s’interroge le politologue Philippe Marlière. De fait, tout en appelant de ses vœux à la « révolution citoyenne » par les urnes, LFI revendique s’inscrire dans une « gauche de rupture », avec le capitalisme notamment. « C’est un devoir de s’insurger », affirmait ainsi Jean-Luc Mélenchon lors d’une émission sur France 2, en septembre 2025.

Mise à jour le 6 février 2026 à 9 h 38 : ajout de la déclaration du ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez.

**Qu’est-ce que le « mouvementisme », cette stratégie qu’adopte LFI ?

Analyse

Bloquons tout, les « gilets jaunes », Occupy aux Etats-Unis… L’idée que le changement social passe de manière prioritaire par les mouvements sociaux en dehors des partis politiques s’est développée dans les années 1960 à l’extrême gauche. Mais son succès se heurte à la logique électorale.

Publié le 24 septembre 2025 à 06h00, modifié le 24 septembre 2025 à 15h56  https://www.lemonde.fr/idees/article/2025/09/24/qu-est-ce-que-le-mouvementisme-cette-strategie-qu-adopte-la-france-insoumise_6642708_3232.html

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Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise, lors d’une manifestation à Marseille, le 18 septembre 2025.
Jean-Luc Mélenchon, le chef de file de La France insoumise, lors d’une manifestation à Marseille, le 18 septembre 2025.  MANON CRUZ/REUTERS

Histoire d’une notion. C’est l’une des particularités de La France insoumise (LFI) qui la différencie du reste de la gauche parlementaire : assumer un certain « mouvementisme ». Prônant la « révolution citoyenne par les urnes » et défendant la non-violence, LFI ne se prive pas, à intervalles réguliers, de soutenir des mouvements nés hors cadres syndicaux et politiques. Ce fut le cas en 2018-2019 avec le mouvement des « gilets jaunes » et, plus récemment, avec la journée Bloquons tout du 10 septembre.

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Lors de l’émission « L’Evénement » sur France 2, jeudi 11 septembre, Jean-Luc Mélenchon, le leader « insoumis », a ainsi lancé : « C’est un devoir de s’insurger. » Et, citant Mao Zedong – sans toutefois le nommer –, de conclure : « On a raison de se révolter. » Le 13 septembre, lors de la Fête de L’Humanité, il a persévéré : « Nous avons renversé deux gouvernements sans tirer un coup de fusil », grâce, selon le tribun, à une « stratégie délibérée, voulue, choisie » s’appuyant sur « l’action populaire auto-organisée » et ce, « sans que les “insoumis” n’aient le but d’en prendre la direction ». Rien de contradictoire pour LFI : ce mouvementisme est un corollaire de la stratégie populiste de gauche. Il s’agit là de construire, dans un premier temps, un rapport de force dans la rue par le biais des mouvements auto-organisés pouvant se traduire, dans un second temps, dans les urnes.

Jusqu’alors, les partis de la gauche parlementaire rechignaient à être mouvementistes. C’était plutôt l’apanage de petites structures d’extrême gauche, nées dans l’après-Mai 68. Ainsi, les trotskistes de la Ligue communiste, autour d’Alain Krivine, Henri Weber et Daniel Bensaïd, suivaient le mot d’ordre « Tout ce qui bouge est rouge ». Comprendre : toute lutte est potentiellement révolutionnaire. D’où le soutien de ce mouvement à différents combats, notamment féministes, antiracistes et LGBT+. Au moment de l’autodissolution de leur organisation, à la Toussaint 1973, les dirigeants maoïstes de la Gauche prolétarienne avaient, eux, théorisé que l’action révolutionnaire devait se fondre dans une sorte de fédération des luttes, la construction d’une multitude de contre-pouvoirs.

Déjà présent au XIXe siècle

A gauche, ni le Parti communiste (PCF) ni le Parti socialiste (PS) n’avaient semblé attirés par ce mouvementisme. Les deux partis préféraient s’appuyer sur leurs relais, de puissantes centrales syndicales (CGT pour le PCF, CFDT pour le PS) chargées de structurer la classe ouvrière et d’animer le mouvement social.

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Reste que le mouvementisme est un concept difficile à manier. D’abord parce qu’il ne connaît pas de définition fixe. Sebastian Budgen, directeur éditorial de Verso Books, une maison d’édition britannique très à gauche, membre fondateur de l’espace de recherche critique marxiste Historical Materialism, rappelle que c’est « une notion très ambiguë, qui couvre plusieurs positionnements politiques très différents ». Il ajoute : « On a en tête que la bascule a lieu dans les années 1960, mais l’idée est déjà très présente dans le syndicalisme révolutionnaire du XIXe siècle, avec le sentiment que les partis et les politiques sont pourris et bourgeois. Et qu’il faut donc bannir toute action dans ce cadre. »

Estimant lui aussi que cette notion n’est pas du tout stabilisée, Manuel Cervera-Marzal, sociologue à l’université de Liège, en Belgique, s’aventure tout de même à lui donner une définition : « C’est l’ensemble des courants politiques, hors partis et syndicats, qui se situent dans le cadre du mouvement ouvrier et qui pensent que le changement social passe de manière prioritaire par les mouvements sociaux. »

Viser à la « dissolution » du pouvoir

Le mouvementisme peut recouvrir, selon M. Budgen, la « mise en valeur des mouvements extraparlementaires, l’activisme de terrain » (le fameux « tout ce qui bouge est rouge »), mais également une pensée plus libertaire et spontanéiste qui veut s’affranchir des médiations politiques jugées « inutiles » et qui estime que seuls les mouvements et les masses feront tout de manière autonome. Enfin, une troisième dimension peut être donnée au mouvementisme, celle de « changer le monde sans prendre le pouvoir » – du nom d’un livre du sociologue et philosophe marxiste irlandais John Holloway (Syllepse, 2008). L’idée est de viser à la « dissolution » du pouvoir en créant des contre-modèles locaux au capitalisme.

Notion polymorphe, donc, le mouvementisme se heurte, enfin, à un écueil : celui des débouchés. Car prôner uniquement le mouvement pour le mouvement ne serait-il pas une impasse ? M. Cervera-Marzal ne le pense pas. « Regardez les “gilets jaunes”. Ils ont obtenu le déblocage de 10 milliards d’euros car il n’y avait personne pour négocier en leur nom, personne pour faire des concessions. Il n’y a pas forcément besoin d’un débouché politique », estime-t-il.

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Quid des partis se réclamant du mouvementisme ? Les exemples à l’étranger ne sont pas positifs. Le mouvement Occupy(2011-2012) aux Etats-Unis n’a pas créé une alternative à gauche au Parti démocrate. En Grèce, Syriza – qui a accédé au pouvoir en 2015 en s’appuyant notamment sur le mouvement opposé aux cures d’austérité imposées par l’Union européenne – a explosé. Et en Espagne, Podemos, qui a profité du mouvement des « indignés » (au début des années 2010), est en déclin depuis plusieurs années. Il semble ainsi difficile d’allier mouvementisme et pleine participation aux institutions. Car la logique électorale emporte tout. Dans les formations parlementaires, tout est fait et décidé en fonction du calendrier électoral, la finalité étant l’accession au pouvoir par les urnes. Partant, toute organisation plaidant avoir deux jambes – l’une électorale, l’autre mouvementiste – risque de finir par être boiteuse.

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Le Conseil d’Etat confirme la classification de LFI à l’« extrême gauche » et celle de l’UDR à l’« extrême droite » pour les élections municipales

La plus haute juridiction administrative avait été saisie par les deux formations politiques, qui contestaient cette décision prise par le ministère de l’intérieur. 

Le Monde avec AFP

le 27 février 2026 à 17h46, modifié le 27 février 2026 à 19h35

Temps de Lecture 1 min.

Le Conseil d'Etat, à Paris, en octobre 2025.
Le Conseil d’Etat, à Paris, en octobre 2025.  GUILLAUME BAPTISTE/AFP

Audience politique au Conseil d’Etat. La plus haute juridiction administrative a confirmé, dans une décision rendue vendredi 27 février, la classification de La France insoumise (LFI) à l’« extrême gauche » et celle de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Eric Ciotti, à l’« extrême droite » pour les élections municipales des 15 et 22 mars.

Le Conseil d’Etat avait été saisi par les deux formations politiques, qui contestaient cette décision prise par le ministère de l’intérieur.

« Le Conseil d’Etat juge, compte tenu de la situation politique prévalant pour les élections municipales de 2026 et des alliances observées pour ces élections, que ni le classement de LFI dans le bloc de clivages “extrême gauche”, ni celui de l’UDR dans le bloc de clivages “extrême droite” ne sont entachés d’une erreur manifeste d’appréciation », écrit le Conseil d’Etat.

Lire aussi | Municipales 2026 : LFI étiqueté à « l’extrême gauche » par le ministère de l’intérieur, Jean-Luc Mélenchon dénonce une « république bananière »

Un style empreint du « bruit et de la fureur »

C’est la première fois que le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, qui se définit comme de gauche radicale, est classé à l’extrême gauche depuis sa création en 2016. La France insoumise, même si elle porte un programme de rupture avec le capitalisme et entretient des liens avec des partis d’extrême gauche, était jusqu’à présent classée à gauche.

Mais le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, en a décidé autrement dans cette circulaire publiée le 2 février. LFI, mouvement connu pour sa forme ultra radicale et son style empreint du « bruit et de la fureur » théorisé par Jean-Luc Mélenchon, se voit requalifiée en raison de sa « remise en cause très forte de l’autorité judiciaire » et ses « accusations systématiques » contre « la police [qui] tue », preuves, selon Laurent Nuñez, d’une « évolution vers une forme de radicalité », avec « des appels à la désobéissance civile ».

« On ne truque pas les étiquettes politiques », a insisté le ministre de l’intérieur, assumant de reclasser une organisation qui « s’éloigne un peu de nos valeurs universalistes républicaines en donnant la primauté aux aspects communautaires [et] identitaires ».

Furieux, le leader « insoumis », Jean-Luc Mélenchon, avait dénoncé sur X une « république bananière », au sein de laquelle Laurent Nuñez « trouble l’ordre public électoral »« à la Trump »« Depuis quand le ministre de l’intérieur décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ? Pourquoi maintenant ? », avait fait mine de s’interroger Jean-Luc Mélenchon, plein de sous-entendus.

« On ne peut que regretter que les juges n’aient pas eu le courage de dénoncer l’usage à des fins politiciennes des étiquettes politiques, a réagi vendredi le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard. Car c’est normalement [leur]rôle de résister aux dévoiements des décisions administratives par un pouvoir macroniste qui aura définitivement sali tout ce qu’il touche. »

Lire aussi |  Après la mort de Quentin Deranque, la stratégie de conflictualité de LFI mise en cause jusqu’au sein de la gauche

Le Monde avec AFP

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/19/le-paradoxe-de-la-gauche-francaise-construire-des-digues-contre-lextreme-droite-tout-en-construisant-un-cordon-sanitaire-contre-une-partie-de-la-gauche/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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