Périnatalité : les sages-femmes appellent à mieux répartir les rôles
Le CNSF souhaite créer trois parcours de prise en charge des grossesses selon le risque, en confiant celle des grossesses physiologiques aux sages-femmes.
Le mois dernier, la ministre de la Santé Stéphanie Rist a annoncé le lancement d’un chantier de rénovation de la périnatalité en France. L’objectif est de résorber la hausse récente de la mortalité infantile dans notre pays(de 3,5 pour 1 000 en 2011 à 4,1 pour 1 000 en 2024) qui fait de la France l’un des mauvais élèves européens en la matière. Bien que la ministre ait nommé trois experts pour plancher sur la question et avancer de premières propositions en juin, le Conseil national des sages-femmes (CNSF) a estimé ne pas pouvoir rester en dehors de ce débat. Ce mardi, il a donc publié son « rapport sur la réorganisation de la périnatalité ».
« Ce n’est pas une réforme de rupture, mais une réforme de cohérence qui propose de réordonner le système à partir des besoins concrets des femmes, des enfants et des familles » plaide le CNSF. Son plan se veut pourtant une réorganisation complète de l’organisation des soins de périnatalité en France, qui va bien au-delà de la question récurrente de la nécessité ou non de faire un moratoire sur la fermeture des maternités.
L’idée maitresse de la stratégie du CNSF est de « réorganiser le système autour des grossesses majoritairement physiologiques », c’est-à-dire sans complications. « La périnatalité ne peut pas être pensée uniquement à partir des situations les plus complexes » plaide le CNSF. « Elle doit aussi être organisée à partir de ce qui constitue la réalité la plus fréquente du parcours : des grossesses majoritairement physiologiques, qui nécessitent avant tout un accompagnement précoce, continu, gradué et coordonné ».
Confier les grossesses physiologiques aux sages-femmes
Dans le détail, le CNSF préconise de distinguer les grossesses en trois catégories : bas risque (soit 80 % des grossesses), à risque et pathologique. Les premières pourraient être entièrement prises en charge par les sages-femmes tandis que les deux autres seraient suivis par des « équipes pluridisciplinaires ». L’idée est d’éviter une « surmédicalisation » des grossesses physiologiques et de rendre le système plus cohérent. Le CNSF juge ainsi encore trop fréquent le suivi de grossesse pathologiques par des sages-femmes et physiologiques par des gynécologues-obstétriciens.
Sur le plan de la prévention, les sages-femmes préconisent de renforcer le parcours anténatal, notamment en généralisant la consultation pré-conceptionnelle. Encore peu usitée, cette consultation, qui peut être réalisée par une sage-femme ou un médecin, permet de gérer les appréhensions des parents et d’évaluer leurs éventuels facteurs de risque.
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S’agissant du parcours anténatal, le CNSF souhaite également rendre obligatoire la désignation d’une sage-femme référente par la future mère et généraliser le bilan prénatal, réalisé aux alentours des cinq mois de grossesse. Il souhaite aussi « renforcer la place du coparent » (vous avez dit père ?) en lui permettant « de s’absenter pour l’ensemble des examens médicaux obligatoires du suivi ».
Suivre les jeunes mères pendant au moins six mois
Pour ce qui en est du post-partum, le CNSF estime que les jeunes mères et leurs enfants doivent être suivis pendant au moins six mois après la naissance, médicalement bien sûr mais également socialement via des programmes de soutien à la parentalité. Les sages-femmes s’inquiètent notamment du manque de repérage de la dépression post-partum et rappellent que le suicide reste la première cause de mortalité chez les jeunes mères.
On le voit, l’une des lignes rouges de ces recommandations du CNSF est le renforcement des compétences et des prérogatives des sages-femmes dans le suivi des grossesses. « Dans cette organisation, la place des sages-femmes apparaît naturellement » plaide le rapport. « Leur rôle ne procède pas d’un déplacement artificiel des responsabilités : il découle au contraire de la nature même du parcours périnatal, qui exige à la fois proximité, continuité, expertise clinique et capacité de coordination ».
Alors que la profession souffre d’un manque d’attractivité, en raison de conditions de travail difficiles et d’une rémunération jugée insuffisante, le CNSF juge logiquement que la mise en place de son plan passe par une revalorisation, à la fois statutaire et financière, du métier de sage-femme. Il est notamment préconisé de leur accorder le statut de professionnels de santé de premiers recours et d’encourager leur installation dans les déserts médicaux.
Ces propositions seront-elles entendues par les autorités et par les gynécologues-obstétriciens ? Rien n’est moins sûr. On le sait, les médecins sont particulièrement attachés à leurs prérogatives.