15 000 euros de taxi, villa avec piscine… Un rapport de l’Inspection des finances étrille l’Ordre des médecins
Le 15 octobre dernier, Egora révélait que les Ordres des médecins, pharmaciens et dentistes avaient été contrôlés par surprise par l’Inspection générale des finances (IGF). Le rapport sur l’Ordre des médecins vient de tomber et il dévoile « une gestion émaillée d’irrégularités ». Un rapport qui tombe mal, alors que le Cnom a fortement augmenté le montant de ses cotisations pour 2026.
Par Sandy Bonin
« La gestion de l’Ordre des médecins souffre d’un défaut de transparence et de contrôle, et est affectée de nombreuses irrégularités. Ses missions sont inégalement exercées et, en particulier, le traitement des signalements et plaintes par les conseils de l’Ordre ne permet pas de garantir que les manquements déontologiques soient effectivement poursuivis », conclut l’Inspection générale des finances, au terme d’un pré-rapport de 44 pages sur l’Ordre des médecins dévoilé mardi 17 mars par le Canard enchaîné et qu’Egora a pu consulter.
Après un contrôle par surprise de l’institution ordinale entre le 29 septembre et le 9 octobre 2025, l’IGF publie un rapport « confidentiel et provisoire » qui n’épargne pas le Cnom, déjà fortement épinglé par la Cour des Comptes en 2019. L’IGF a également contrôlé les conseils départementaux des Bouches-du-Rhône, du Rhône et de la ville de Paris.
Le conseil de l’Ordre des médecins malade sous tout rapport
- Publié le 17 mars 2026
- Lecture : 6 min.
Par Fanny Ruz-Guindos et Louis Colvert
Villa niçoise de 1200 m2 avec piscine, notes astronomiques de restos, de champagne et de taxis… « Le Canard » a mis la palme sur un document confidentiel de l’Inspection générale des finances qui révèle une organisation plus disposée à soigner ses membres que les patients. Un check-up au vitriol !

Indemnités de malade, notes de frais astronomiques, dépenses immodérées en bons vins de Bordeaux et en champagne, fleurs à foison, magnifique villa niçoise… L’Inspection générale des finances (IGF) n’a pas été déçue quand elle a radiographié, cet automne, le Conseil national de l’Ordre des médecins (Cnom) et son antenne parisienne, ainsi que celles du Rhône et des Bouches-du-Rhône. Son prérapport confidentiel de 1 500 pages,tombé dans le bec du « Canard », estime que sa gestion « est émaillée d’irrégularités » et que « le traitement des signa…(Suite abonnés).

L’ordre des médecins sévèrement étrillé par l’inspection des finances
Irrégularités de gestion, mauvais traitement des signalements et des plaintes, achats non conformes aux règles de la commande publique… Un rapport provisoire, révélé mercredi, met en cause l’instance ordinale dans ses principales missions.
Par Camille Stromboni et Mattea Battaglia
Publié aujourd’hui à 19h06, modifié à 21h45 https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/03/18/l-ordre-des-medecins-severement-etrille-par-l-inspection-des-finances_6672125_3224.html
Temps de Lecture 3 min.

Il y a tout juste un an, l’ordre des médecins traversait une forte zone de turbulences, mis en cause pour son inaction et ses défaillances, lors du procès du chirurgien Joël Le Scouarnec, condamné, le 28 mai 2025, pour des viols et agressions sur 299 victimes. C’est aujourd’hui, plus largement, sur les manquements à sa mission disciplinaire mais aussi sur l’ensemble de sa gestion que l’organisme de droit privé, chargé d’une mission de service public, est épinglé. Et de manière très sévère.
Dans un rapport provisoire de l’inspection générale des finances, daté de janvier et révélé par Le Canard enchaîné dans son édition du 18 mars, le constat est sans appel : la gestion de l’ordre des médecins, qui dispose d’un budget annuel d’environ 111 millions d’euros, est émaillée de « nombreuses irrégularités ». Elle souffre aussi d’un « défaut de transparence et de contrôle ». Au point que les inspecteurs préconisent, entre autres, de revoir profondément son organisation, en instituant une « entité juridique unique » soumise à un contrôle externe, regroupant l’ensemble des conseils de l’ordre. Ou encore de faire rentrer les patients au sein de sa gouvernance. Contacté, le conseil national de l’ordre des médecins précise que « la procédure étant en cours, [il] n’est pas en mesure de la commenter publiquement à ce stade ».
L’instance ordinale, à laquelle sont aujourd’hui obligatoirement inscrits les médecins (341 000) pour pouvoir exercer, est composée d’un conseil national, de 15 conseils régionaux et de 103 conseils départementaux. Les inspecteurs participant à cette « mission de vérification » ont fait porter leurs investigations sur une partie d’entre eux seulement – le conseil national ainsi que les conseils départementaux des Bouches-du-Rhône, du Rhône et de Paris. Dans le détail, ils répertorient des pratiques hors cadre, quand elles ne sont pas hors de contrôle. « Indemnités et défraiements insuffisamment justifiés, voire irréguliers », achats non conformes aux règles de la commande publique, insuffisance des contrôles de la gestion des conseils locaux… Les exemples mis en avant sont marquants.
Acquisition d’un bien de 3,9 millions d’euros
Parmi les projets immobiliers interrogés, en 2021, une « acquisition particulièrement onéreuse et manifestement inadaptée aux besoins de l’ordre » : celle de la Villa Armenonville, dans les Alpes-Maritimes, pour un coût total de 3,9 millions d’euros. « Ce bien, auparavant exploité comme hôtel et disposant d’une piscine, est d’une superficie de 1 200 mètres carrés, bien que les effectifs salariés du conseil [départemental] soient limités à 7 équivalents temps plein », relèvent les inspecteurs.
Autres exemples à Paris : « Quatre personnes n’étant pas membres du conseil ont bénéficié du versement d’indemnités de présence, et une conseillère suppléante a perçu de manière irrégulière une indemnité de fonction de 14 k € [14 000 euros] en 2024 », lit-on dans le rapport provisoire. « Un conseiller ordinal a réalisé 146 courses de taxi directement prises en charge par le conseil pour un coût total de 3,8 k € [3 800 euros] en 2024, sans qu’aucun justificatif ne soit fourni pour ces déplacements. » Les règles qui encadrent les déplacements – en train, en avion –, les frais de bouche, font aussi l’objet de critiques.
La place « importante » prise par les activités de « représentation des intérêts de la profession » (budget de communication, prises de position et d’avis, « au-delà de sa compétence déontologique »…) est aussi pointée.
« Graves dysfonctionnements »
Voilà pour la gestion. Le volet disciplinaire, une autre grande mission de l’ordre, est également étrillé. « Le traitement des signalements et des plaintes par les conseils de l’ordre ne permet pas de garantir que les manquements déontologiques soient effectivement sanctionnés », jugent les inspecteurs. Ils citent le précédent de l’affaire Le Scouarnec, dans laquelle, malgré les alertes et une première condamnation du chirurgien pour détention d’images pédopornographique, en 2005, aucune poursuite disciplinaire n’avait été enclenchée. « Les conditions ne sont pas réunies à ce jour pour prévenir la reproduction de situations similaires », estiment-ils.
Parmi les cas récents ayant fait l’objet d’un jugement au pénal, mais pour lesquels aucune suite disciplinaire n’a pu être identifiée par la mission d’inspection, figure celui d’un médecin encore « inscrit au tableau » comme généraliste retraité – ce qui n’empêche pas d’exercer –, bien qu’il ait été définitivement condamné, en mars 2025, pour détention d’images pédopornographiques et propositions d’ordre sexuel à un mineur.
En amont, c’est tout le circuit de traitement des alertes reçues (courriers, signalements, doléances…), avant d’être qualifiées de plainte, pour pouvoir donner lieu à des poursuites, qui pose aussi problème. Pratiques « hétérogènes », « à la discrétion » des conseils départementaux, sans « procédure harmonisée »… Les écueils sont déjà largement connus. Le rapport cite une liste de signalements en 2024 ou en 2025, portant sur des faits graves, dont des conseils départementaux ont été destinataires, sans engager de poursuites. Ou alors après un délai supérieur à un an.
Ce n’est pas la première fois que le fonctionnement de l’instance ordinale est mis en cause : en 2019 déjà, la Cour des comptes relevait d’importantes défaillances tant du point de vue de la gestion que de l’exercice de sa mission disciplinaire.
Il reste la situation de « crise » au conseil départemental de Paris : à deux reprises, en février puis en octobre 2024, l’élection de son président a été annulée pour irrégularités par le juge administratif. Un nouveau scrutin, en septembre 2025, est de nouveau contesté en justice. La mission, qui constate en outre de « sérieuses irrégularités de gouvernance et de gestion », plaide pour une solution radicale, en demandant sa dissolution, « en vue d’assurer son renouvellement intégral ».
Au ministère de la santé, on assure avoir « pris acte du contenu de ce rapport qui relève de graves dysfonctionnements », en promettant d’agir « en conséquence » à l’issue de la procédure contradictoire en cours.
Camille Stromboni et Mattea Battaglia
« L’Ordre des médecins sévèrement étrillé par l’inspection des finances »
Date de publication : 19 mars 2026 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=10b042598ec41c6746cd92010a91c6fc&id_newsletter=23531&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=23531&from=newsletter
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Libération titre pour sa part : « «L’Ordre se croit encore au temps de la gabelle» : les médecins effarés après un rapport explosif révélé par le «Canard enchaîné» ».
Nathalie Raulin remarque ainsi : « Achat d’une villa XXL à Nice, notes de taxi stratosphériques, champagne à gogo… Epinglé […] dans un rapport de l’Inspection générale des finances pour sa gestion calamiteuse, l’Ordre des médecins fait face à une fronde de certains praticiens dont elle vient d’augmenter les cotisations ».
La journaliste explique que « par temps calme, le tout-venant des médecins, auquel l’Ordre ne rend aucun compte, se serait sans doute contenté d’un soupir fataliste au vu de cette gestion rocambolesque de leurs cotisations. […] Depuis janvier, un contentieux financier sévère oppose le Cnom à une partie de ces ouailles. Estimant ses ressources insuffisantes pour mener à bien ses missions de certification ou de contrôle, l’instance a en effet modifié le mode de calcul de certaines cotisations en 2026 ».
Nathalie Raulin précise que « si celle exigée de chaque médecin reste inchangée ou presque (365 euros, soit une hausse de 1 euro), il n’en va pas de même de la participation réclamée aux praticiens adeptes de l’exercice collectif au titre de leur société. Ainsi la cotisation due par les sociétés civiles professionnelles est majorée de 50%, soit 547,50 euros ».
« Surtout celle des sociétés d’exercice libéral, ou des sociétés de participation financière des professions libérales, particulièrement appréciées par les médecins spécialisés, s’envole : la cotisation est alors non seulement majorée de 50% mais aussi multipliée par le nombre d’associés de la société », continue la journaliste.
Elle note ainsi : « Confrontés à un raz de marée de protestations, tous les syndicats de spécialistes montent au créneau. Lettres ouvertes et appels à la désobéissance se multiplient depuis janvier ».