Chantier sur la périnatalité : le diagnostic des médecins hospitaliers
Juliette Seblon
Stéphanie Rist a ouvert le mois dernier un chantier national sur la périnatalité, rendu indispensable, de l’avis de tous, par les difficultés constatées. Cependant, depuis l’initiation des travaux, les critiques ne cessent de se multiplier. Récemment, par exemple le Collège national des gynécologues obstétriciens français (CGOF), constatant notamment qu’il n’avait pas été associé en qualité d’expert aux discussions, a demandé au ministère de revoir sa méthode et refuse en attendant de continuer à prendre part aux réunions. Quelques semaines avant, le syndicat Alliance-Hôpital avait tenu à rappeler le contexte plus que « préoccupant » dans lequel s’inscrit le lancement de ce chantier, semblant redouter que la prise de conscience des institutions ne soit que partielle.
Un « signal d’alarme sanitaire majeur » : la mortalité néonatale au cœur de la dégradation
Alliance-Hôpital a ainsi tout d’abord tenu à qualifier de « signal d’alarme sanitaire majeur », la hausse de la mortalité néonatale. « Depuis 2012, la France est passée du 3ᵉ au 23ᵉ rang européen pour la mortalité infantile », une dégradation « exclusivement liée à l’augmentation de la mortalité néonatale (0–27 jours) ». On compte ainsi 1 200 décès supplémentaires par an par rapport aux pays européens les plus performants ; tandis que 75 % des décès concernent les grands prématurés.
Beaucoup d’hypothèses ont été émises pour expliquer cette situation française. A l’instar d’autres organisations professionnelles, Alliance Hôpital retient en premier lieu le caractère obsolète du cadre réglementaire et notamment l’inadaptation des décrets de 1998 aux réalités épidémiologiques et aux exigences de qualité/sécurité. Ainsi, notamment, l’offre est-elle inégalement répartie, conduisant à des taux d’occupation dépassant « fréquemment 90–95 % », soit des niveaux jugés incompatibles avec une gestion sécurisée des flux.
Des infirmières pas assez nombreuses et sous expérimentées
Alliance Hôpital déplore également le « sous-effectif infirmier chronique » : les équipes seraient ainsi en sous-effectif « près de 60 % du temps » et les ratios sont inférieurs aux standards internationaux, avec un risque accru d’événements indésirables et de morbi-mortalité chez les grands prématurés. Ce manque de personnel concerne également les effectifs médicaux, qui connaissent des « tensions majeures » (73 % des services déclareraient au moins un poste médical vacant),
L’organisation regrette en outre une « perte d’expertise » (un tiers des infirmiers auraient moins de deux ans d’expérience) et des « soins de support insuffisants » (psychologues, kinésithérapeutes, psychomotriciens, assistantes sociales, accompagnement parental). Il apparaît encore que les infrastructures sont inadaptées à la présence parentale continue.
Enfin, la question des financements est évidemment cruciale. Alliance Hôpital affirme ainsi que les soins critiques néonatals, pourtant parmi les plus favorables en « rapport coût-efficacité », resteraient financés « environ 40 % de moins » que les soins critiques adultes.
Des traitements multiples : décrets, plan national, effectifs, formation, financement, équité territoriale
Face à ce diagnostic, Alliance-Hôpital décline six axes d’action.
Parmi les mesures phares : la « révision immédiate des décrets de 1998 », avec l’introduction de ratios réglementaires opposables en personnel médical et paramédical, l’intégration obligatoire des soins de support et de l’accompagnement parental, ainsi qu’une redéfinition des seuils d’activité et des niveaux de recours.
Le syndicat demande aussi un « plan national pour les soins critiques néonatals » visant un taux d’occupation cible inférieur à 85 %, la réouverture/sécurisation des lits fermés et un investissement « zéro séparation ».
S’y ajoutent des mesures de renforcement et de fidélisation des personnels : augmentation des postes d’internes et de chefs de clinique en néonatologie, meilleure prise en compte de la pénibilité des praticiens hospitaliers en soins critiques néonatals, ratio infirmier aligné sur les standards européens, et réforme du statut des sage-femmes.
« Chaque année d’inaction se mesure en vies d’enfants »
En conclusion, Alliance-Hôpital rappelle que la mortalité néonatale « reflète la capacité d’un système de santé à protéger les plus vulnérables » et juge « incohérent » de ne pas investir prioritairement dans la sécurisation des naissances à haut risque, dans un contexte de débat sur le « réarmement démographique ». L’organisation espère que les pouvoirs publics soutiendront une réforme « ambitieuse », « structurelle, financée et rapide », visant l’attractivité des carrières et surtout l’amélioration de la sécurité de toutes les naissances.