Municipales : quelle place pour la santé dans les débats ?
Quentin Haroche
L’association de défense des patients France Assos Santé a décidé d’interpeller les candidats aux élections municipales, afin que la santé devienne l’enjeu principal de ce scrutin.
À moins de deux mois du premier tour des élections municipales le 15 mars prochain, les candidats commencent à affûter leurs programmes et propositions. Les questions de sécurité, de propreté ou d’aménagement seront comme souvent au cœur des débats, quand elles ne seront pas polluées par des considérations de politique nationale.
Mais qu’en est-il des questions de santé ? En novembre dernier, l’association de défense des patients France Assos Santé avait publié les résultats d’un sondage * indiquant que l’amélioration de l’offre de soins et des services de santé constituait la principale attente d’une majorité de Français (70 %) vis-à-vis de leur maire. Les sondés citaient notamment le renforcement de l’offre de soins et le développement d’un environnement favorable à la santé parmi leurs principales préoccupations sanitaires au niveau communal.
Forte des résultats de ce sondage et alors que les élections approchent, France Assos Santé a présenté ce mercredi ses propositions en faveur de la santé municipale**, dans le but d’interpeller les candidats. Les préconisations de l’association se déclinent en deux catégories. L’association énumère tout d’abord des mesures à même d’améliorer l’accès aux soins : elle préconise notamment que les communes « encouragent la venue d’étudiants stagiaires sur leur territoire » et « créent des centres de santé et/ou favorisent l’implantation de maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP) ».
Les Français attendent beaucoup de leur maire en matière de santé
France Assos Santé souhaite également que les futurs édiles s’engagent en faveur de la prévention, via différentes mesures : interdiction de la publicité pour l’alcool près des écoles, promotion du « Dry January », amélioration de la qualité nutritionnelle des plats servis dans la restauration collective etc.
« Si des politiques nationales ambitieuses sont nécessaires pour répondre efficacement à ces enjeux de santé, les maires disposent, à leur niveau, d’un certain nombre de leviers pour agir concrètement », plaide l’association. « Avant de glisser son bulletin de vote dans l’urne, France Assos Santé invite tout un chacun à prendre connaissance du programme santé des candidats en lice dans sa commune ».
Il semble que cette prise de position de l’organisation reflète bien les préoccupations des électeurs. En effet, un autre sondage, publié ce mercredi par le journal L’Opinion, réalisé par l’Institut Verian en partenariat avec la Fondation Jean Jaurès et la Fédération hospitalière de France, montre que les Français attendent beaucoup de leurs maires en matière de santé, tout en étant déçus de la situation sanitaire de leur commune. Ils sont ainsi 40 % à affirmer rencontrer des difficultés d’accès aux soins (un taux qui monte à 50 % dans les communes de moins de 20 000 habitants) et 34 % à estimer que l’accès aux soins dans leur ville s’est détérioré ces dernières années. Dans le même temps, ils sont 70 % à penser que la mairie a un rôle à jouer en matière de santé dont 27 % considèrent que ce rôle est central. Ils sont cependant 31 % à juger que leur municipalité n’en fait pas assez dans ce domaine.
Dans les grandes villes, les candidats s’engagent sur le thème de la santé
En théorie, les pouvoirs du maire en matière sanitaire sont relativement limités, même si la loi leur donne la charge de garantir l’hygiène et la salubrité dans leur commune. Mais en pratique, les Français ont bien conscience que les maires peuvent prendre des mesures directes ou indirectes pour assurer la venue de professionnels de santé et améliorer l’accès aux soins. Parmi les mesures à prendre, les sondés citent notamment l’amélioration de l’attractivité de la ville pour attirer de jeunes médecins (plus facile à dire qu’à faire) et l’installation de MSP.
Le sondage indique également que près de la moitié des électeurs (49 %) déclarent que les propositions en matière de santé des candidats pèseront sur leur choix en mars prochain. Un fait que les candidats ont bien pris en compte et pas seulement dans les petites villes touchées par la pénurie médicale. A Toulouse, les trois principaux candidats au Capitole participeront ainsi ce vendredi à une réunion publique sur le thème de la santé organisée par le collectif « Désert médical en centre-ville ».
A Paris, la candidate La France Insoumise (LFI) à la mairie, Sophia Chikirou, a présenté mercredi dernier son programme santé pour la capitale. La députée souhaite notamment ouvrir un centre de santé dans chaque arrondissement (Paris n’en compte pour le moment que sept) afin de mettre fin aux inégalités de santé entre les quartiers riches et les quartiers populaires de la capitale. « En 2023, là où le XVIe arrondissement disposait d’un médecin pour 300 habitants, le XVIIIe arrondissement comptait moins d’un médecin pour 1 000 habitants » remarque par exemple l’élue. A l’instar de Sophia Chikirou, dans de nombreuses localités, les candidats ont fait et feront sûrement de la santé l’un de leur cheval de bataille.
La santé serait la priorité des Français pour les municipales
Quentin Haroche
24 novembre 2025 https://www.jim.fr/viewarticle/santé-serait-priorité-des-français-2025a1000wqp
Selon un sondage réalisé pour l’association France Assos Santé, les Français sont mitigés sur l’action de leur maire en matière de santé et demandent à être plus impliqués dans la prise de décision dans ce domaine.
Pouvoir d’achat, finances publiques, insécurité, immigration, politique internationale : tels sont les sujets qui sont généralement les plus abordés par les responsables politiques nationaux et qui sont repris dans les médias. Des sujets d’importante certes, mais qui ne semblent pas totalement en phase avec les préoccupations des Français, à quatre mois des élections municipales. Selon un sondage réalisé par l’institut de sondage CSA pour le compte de l’association France Assos Santé et publié lundi dernier, c’est bien la santé qui serait la priorité des Français en vu de ces prochaines échéances électorales.
Ce sont ainsi 70 % des Français qui citent l’offre de soins et les services de santé parmi les attentes prioritaires qu’ils ont vis-à-vis de leur maire, devant la sécurité (68 %), la lutte contre les incivilités (62 %) et la gestion des finances de la commune (57 %). Sans surprise, c’est dans les villes de moins de 100 000 habitants, souvent situées dans ce qu’il est convenu d’appeler déserts médicaux, que les enjeux de santé sont considérés comme primordiaux, alors qu’ils passent au second plan derrière la sécurité dans les grandes villes. Les électeurs de gauche sont ceux qui se sentiraient le plus concernés par la santé alors que, là encore sans surprise, ceux de droite et d’extrême-droite considèrent que l’insécurité est la mère des batailles.
Si dans un pays très centralisé comme le nôtre, les maires ont une marge de manœuvre limitée en matière de santé, les Français ont globalement une bonne connaissance des prérogatives des édiles, puisqu’ils sont 85 % à savoir qu’ils sont en charge de garantir l’hygiène et la salubrité, 79 % à avoir identifier le fait que les maires peuvent faciliter l’accès aux soins et 75 % à comprendre que les élus sont chargés de coordonner les acteurs locaux de santé. Ils sont pourtant 55 % à s’estimer insuffisamment informés des actions des municipalités en matière de santé.
Les Français veulent être plus impliqués dans less décisions sanitaires
Garantir l’accès aux soins (cité comme priorité par 67 % des sondés)et assurer un environnement favorable à la santé (51 %) devraient être, selon les Français, les deux priorités des maires en matière de santé. Concrètement, s’agissant de l’accès aux soins, les sondés défendent la mise en place de centres ou de maisons de santé sur le territoire de leur commune (84 % favorables), la mise à disposition de locaux pour les professionnels de santé (66 %) ou l’adoption de mesures incitatives pour faire venir des étudiants en médecine dans la commune (56 %).
En matière de santé publique, les Français sont très attachés à la préservation de la qualité de l’eau : 94 % d’entre eux veulent que leur maire s’implique dans ce domaine. Les administrés souhaitent également que des repas sains soient servis dans les services de restauration collective (86 % d’opinion favorable), que l’interdiction de la vente d’alcool aux mineurs soit mieux appliquée, si nécessaire via la prise de sanctions contre les commerces contrevenants (65 %) et que des mesures soient prises contre l’implantation de fast-food dans leurs communes (61 %).
De façon moins consensuelle, les Français sont mitigés sur l’action de leurs élus locaux en matière de santé : ils sont 53 % seulement à être satisfaits de l’action de leur maire dans ce domaine. S’agissant de la gouvernance, les administrés aimeraient d’ailleurs être davantage impliqués dans la prise de décision pour faire vivre la « démocratie sanitaire ». Ils sont ainsi 92 % à juger « utile d’être associés aux décisions et aux projets des municipalités en matière de santé » et 65 % à se dire prêts à s’investir personnellement pour « représenter et défendre les intérêts des patients » auprès des élus.
Le Dr Stéphanie Rist fait le service après-vente du réseau France Santé
Parmi les réponses au sondage, on notera que 50 % des Français se disent favorables à la création de maisons « France Santé » dans leur commune. Le projet du Premier Ministre Sébastien Lecornu, qui consiste à créer d’ici 2027 un réseau de 5 000 maisons de santé à travers la France pour que chaque Français se trouve à moins de 30 minutes d’un tel centre, gagne donc en notoriété, sans pour le moment susciter un vif enthousiasme.
Au Salon des maires et des collectivités locales, qui s’est tenu à Paris la semaine dernière, les ministres de la Santé Stéphanie Rist et de l’Aménagement du Territoire Françoise Gatel ont ainsi été chargés de faire le service après-vente des annonces du chef du gouvernement sur ce nouveau dispositif de lutte contre les déserts médicaux.
Que deviendront les communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) ? Quels rôles auront les maires dans ce dispositif ? Qui arbitrera l’utilisation des 50 000 euros de subvention qui seront versés par l’Etat à chaque maison France Santé labelisée ? Voici quelques-unes des nombreuses questions que les élus locaux ont posé aux deux ministres sur ce projet qui restent encore floues. Sans répondre à toute ces questions, le Dr Rist a défendu l’idée que le programme France Santé allait donner un nouvel élan à une politique d’accès aux soins qui, ces dernières décennies, n’a jamais réussi à endiguer le problème de la désertification médicale. « La concurrence entre communes pourrait être résolue avec le réseau France Santé, l’offre sera plus lisible sur l’ensemble du territoire » a ainsi lancé la ministre, devant une assistance circonspect
L’enquête: https://france-assos-sante.org/municipales-2026-la-sante-priorite-n1-des-francais/
Le manifeste: https://france-assos-sante.org/wp-content/uploads/2026/01/Manifeste-Elections-2026-VF.pdf
Les fiches d’action: https://france-assos-sante.org/ressources-et-publications/?_types_ressources_et_publications=fiches-action
Plus de médecins, limiter les dépassements d’honoraires… Ce que veulent les Français à l’approche de l’élection présidentielle
Le système de santé et l’accès aux soins constituent la préoccupation numéro 1 de 75 % des Français, relève une enquête Toluna Harris Interactive réalisée pour France assos santé, à sept mois de l’élection présidentielle.
@Richard Villalon/stock.adobe.com
La santé est la priorité numéro 1 des Français, au même niveau que le pouvoir d’achat et devant la sécurité, selon une enquête Toluna Harris Interactive pour France assos santé, publiée lundi 28 septembre. Ce sera, pour 75 % des personnes interrogées*, un sujet déterminant dans le choix de vote qu’elles feront au printemps prochain, à l’occasion de l’élection du futur président de la République.
Les femmes, les plus de 50 ans ainsi que les personnes qui se sentent en mauvaise santé en font un sujet « encore plus central ». En France métropolitaine, les enjeux liés au système de santé et à l’accès aux soins sont « particulièrement importants » dans les petites agglomérations et les zones rurales, et sont transversaux à l’ensemble des régions de l’Hexagone et également aux différents départements et régions d’outre-mer ».
« Beaucoup » s’inquiètent en effet du « déclin » du système de santé depuis cinq ans. En métropole, 70 % des sondés estiment que l’accès à un professionnel de santé s’est dégradé, dont 43 % jugent qu’il s’est « nettement » dégradé. Même constat en matière de coût des soins puisque 65 % des répondants évoquent une dégradation au cours des cinq dernières années. Et 60 % indiquent que la qualité de la prise en charge et des soins s’est dégradée. Ces taux sont légèrement inférieurs dans les territoires ultramarins.
Des délais de plus en plus longs
La moitié des Français juge aujourd’hui difficile d’accéder aux soins dont ils ont besoin. La faute à des délais de plus en plus longs. Pour 68 % des sondés en métropole, les délais pour obtenir un rendez-vous se sont allongés par rapport à il y a deux ans. Un taux qui grimpe à 77 % chez les personnes habitant en zone rurale. Pour 64 % des répondants en France métropolitaine, il est plus difficile de trouver un médecin ou un autre professionnel de santé disponible. Pour une même proportion, le reste à charge s’est alourdi.
« Les ultramarins se montrent sensiblement moins critiques dans l’ensemble », précise l’enquête.
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55 % des sondés disent avoir dû renoncer à des soins au cours des deux dernières années, alors qu’ils en avaient besoin. En cause : des délais trop longs, une absence de soignant ou des coûts trop élevés. « Pour environ deux tiers des Français qui déclarent avoir renoncé au moins une fois à des soins nécessaires au cours des deux dernières années, ce renoncement à un impact négatif sur leur santé », le plus souvent avec une aggravation des symptômes ou des douleurs, lit-on.
Le fonctionnement des hôpitaux et des urgences apparaît, selon l’enquête, comme l’enjeu le plus prioritaire à traiter pour les Français, suivi des difficultés d’accès à des professionnels de santé et du coût des restes à charge. Même hiérarchie dans les Drom, à l’exception du troisième point, remplacé par les inégalités sociales face à la santé. Les jeunes sont, quant à eux, plus nombreux à citer les effets de l’environnement dans les enjeux prioritaires.
Au terme du questionnaire, quinze mesures qui pourraient être mises en œuvre (ou pas) lors du prochain quinquennat ont été soumises aux répondants. 92 % d’entre eux se sont dits favorables à former davantage de médecins, 91 % au développement de centres de santé ou de maisons pluriprofessionnelles, et 91 % à une meilleure coordination des soins pour optimiser le suivi des personnes atteintes de pathologies chroniques. En outre, 88 % des sondés jugent important de limiter les dépassements d’honoraires.
Limiter l’installation dans les zones les plus dotées
La limitation de l’installation dans les zones « où [les médecins] sont déjà très nombreux » recueille, quant à elle, l’avis favorable de 85 % des personnes interrogées. 83 % soutiennent également la mesure visant à permettre aux infirmiers, pharmaciens et sages-femmes de « réaliser davantage de consultations, prescriptions ou soins sans passer d’abord par un médecin ».
79 % jugent pertinent de « faire dépendre une partie de la rémunération des médecins non plus seulement du nombre de consultations réalisées, mais aussi du nombre de patients suivis, de leurs besoins et de la qualité des soins apportés ». Et 78 % sont favorables à rendre obligatoire la participation des médecins aux gardes « le soir, la nuit et le week-end ».
Les sondés devaient ensuite classer les mesures par ordre de priorité : former plus, rembourser les soins essentiels à 100 % et limiter les dépassements d’honoraires constituent le trio de tête. D’autres mesures sont jugées moins prioritaires, dont l’obligation de gardes.
« Si la formation de davantage de professionnels de santé apparaît comme une mesure prioritaire [quelle] que soit la proximité politique, les sympathisants métropolitains des formations de gauche mettent plutôt en avant le remboursement à 100 % des soins essentiels par l’Assurance maladie […] quand les sympathisants métropolitains de Renaissance et des Républicains insistent plutôt sur des mesures liées à l’organisation générale des soins », analyse le rapport issu de l’enquête.
*Enquête réalisée en ligne du 25 au 28 août 2026 en France métropolitaine, et du 25 août au 7 septembre 2026 dans les départements et régions d’outre-mer.
Auteur de l’article
Voir aussi:
https://www.france-assos-sante.org/municipales-2026-le-manifeste-de-france-assos-sante/
