La politique vaccinale des Etats-Unis a opéré une inflexion notable. 

Aux Etats-Unis, la politique antivax fait trembler Big Pharma

Depuis 2025, sous l’impulsion du ministre de la santé, Robert F. Kennedy Jr, critique de longue date des vaccins, la politique vaccinale du pays a opéré une inflexion notable. 

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03/03/26 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/03/aux-etats-unis-la-politique-antivax-fait-trembler-big-pharma_6669307_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260303&lmd_link=autrestitres-link&M_BT=53496897516380

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Robert F. Kennedy Jr et Donald Trump lors d’une conférence de presse visant à annoncer un lien entre l’autisme et les vaccins infantiles et l’utilisation du médicament antidouleur Tylenol, à Washington, le 22 septembre 2025.
Robert F. Kennedy Jr et Donald Trump lors d’une conférence de presse visant à annoncer un lien entre l’autisme et les vaccins infantiles et l’utilisation du médicament antidouleur Tylenol, à Washington, le 22 septembre 2025.  KEVIN LAMARQUE/REUTERS

Après des déconvenues aux Etats-Unis, place au soulagement en Europe pour Moderna. La biotech américaine, spécialiste de l’ARN messager, cette technologie popularisée lors de la pandémie de Covid-19, vient de décrocher l’approbation par l’Agence européenne des médicaments de son vaccin combiné contre la grippe et le Covid-19 à destination des plus de 50 ans. L’autorité de santé a rendu, vendredi 27 février, un avis favorable à sa commercialisation en Europe, ouvrant la voie à son arrivée sur le continent, sous réserve que la Commission européenne, qui se range généralement à ses recommandations, l’entérine.

Une victoire pour Moderna, après le tumulte des dernières semaines outre-Atlantique, où la société avait fait les frais de l’hostilité notoire de l’administration américaine envers les vaccins, et plus particulièrement l’ARN messager, depuis le retour, en janvier 2025, de Donald Trump à la Maison Blanche et la nomination du vaccino-sceptique Robert F. Kennedy Jr au ministère de la santé.

Dans une décision inhabituelle, la Food and Drug Administration (FDA), l’autorité de santé américaine, avait ainsi refusé mi-février d’examiner la demande d’autorisation de mise sur le marché de la biotech concernant son vaccin à ARN messager contre la grippe, remettant en cause le protocole de l’essai clinique effectué par l’entreprise, dont elle avait pourtant auparavant coconstruit et validé les modalités. Face au tollé suscité dans le secteur, la FDA avait alors fait marche arrière quelques jours plus tard, trouvant en urgence un compromis avec la biotech.

A quelques mois des élections de mi-mandat, en novembre, le gouvernement américain souhaite mettre en sourdine ses efforts de sape à l’égard des vaccins, un sujet éruptif qui divise l’opinion jusqu’au sein des électeurs républicains de Donald Trump. Sans pour autant cesser les coups de boutoir contre la vaccination. Car, depuis un an, sous l’impulsion de Robert F. Kennedy Jr, la politique vaccinale du pays a opéré une inflexion notable.

Quelques mois après son arrivée à la tête du ministère, ce critique de longue date des vaccins avait brutalement limogé, au mois de juin, les 17 membres du comité consultatif sur les pratiques d’immunisation, l’instance composée d’experts de la santé publique chargée de formuler des recommandations sur l’utilisation des vaccins. Dans la foulée, il avait nommé au sein de ce comité de nouveaux membres controversés, dont certains étaient ouvertement sceptiques quant à la sécurité et à l’efficacité des vaccins.

Un prélude à sa croisade antivax. De fait, après avoir annulé les financements alloués par l’administration à une vingtaine de projets de recherche sur les vaccins à ARN messager au cours de l’été, Robert F. Kennedy Jr a ensuite relancé les recherches sur les liens de causalité entre les vaccins et l’autisme, une hypothèse démentie par de nombreuses études scientifiques depuis plusieurs décennies, puis, alors qu’une sévère épidémie de rougeole sévissait dans le pays, il a soufflé le chaud et le froid sur la nécessité de vacciner les enfants contre cette maladie. La charge de l’administration, dont les récalcitrants à cette nouvelle doctrine installés à des postes-clés des autorités sanitaires ont été priés de plier bagage, a connu un point d’orgue en janvier, lorsque le gouvernement a bouleversé le calendrier vaccinal infantile, réduisant de 17 à 11 le nombre de vaccins recommandés pour les enfants.

Difficulté des discussions

Face à ces changements de cap, les fabricants de vaccins sont fébriles. « Ces soubresauts risquent d’avoir un impact à court terme tant sur les efforts de recherche et développement des industriels que sur les investissements des capital-risqueurs dans ce domaine », observe Thierry Laugel, associé chez Kurma Partners. D’ores et déjà, certains revoient leurs objectifs. C’est le cas de l’australien CSL, qui, sans attribuer directement sa décision au contexte américain, a reporté en octobre 2025 son projet de scission de sa branche de vaccins, invoquant une « volatilité accrue » et « une baisse plus importante que prévu des taux de vaccination contre la grippe aux Etats-Unis ».

Moderna a, quant à lui, fait savoir au début de l’année que l’entreprise n’investirait plus dans de nouveaux essais de phase 3 de vaccins contre les maladies infectieuses et concentrerait ses efforts sur l’oncologie. « Il est impossible de réaliser un retour sur investissement sans avoir accès au marché américain », déclarait son PDG, Stéphane Bancel, auprès de l’agence Bloomberg, soulignant l’incertitude réglementaire croissante aux Etats-Unis pour ce type de produits de santé.

Le chef d’entreprise n’est pas le seul industriel à manifester publiquement ses craintes. Après avoir prudemment fait le dos rond, plusieurs fabricants de vaccins ont exprimé leurs inquiétudes ces dernières semaines sur les évolutions politiques de la doctrine vaccinale outre-Atlantique. Lors d’un entretien avec le Wall Street Journal au mois de janvier à l’occasion du Forum économique mondial de Davos (Suisse), Albert Bourla, le patron du laboratoire Pfizer, l’un des principaux fabricants de vaccins dans le monde avec Sanofi, GSK et MSD, a fustigé la position « antiscientifique » du ministre de la santé américain. Le PDG a notamment fait part de sa frustration sur la difficulté des discussions avec l’administration sur ce sujet. « C’est un tout autre monde quand on commence à parler des vaccins, c’est presque une religion », expliquait-il.

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Alors que les Etats-Unis, en raison des prix élevés des produits de santé dans le pays, constituent le principal marché des fabricants du secteur, ces derniers redoutent de voir leurs ventes y décliner. « Nous nous attendons à une légère pression sur les vaccins », a reconnu au mois de janvier l’ex-directeur général de Sanofi, Paul Hudson, précisant que le groupe pharmaceutique continuerait néanmoins à défendre, « avec des preuves », les effets positifs de ces produits pour la santé publique. Dans une industrie où, compte tenu des délais nécessaires à l’élaboration de nouveaux produits, les stratégies de développement visent le long terme, beaucoup espèrent que cette tempête ne sera qu’un épisode éphémère.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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