Le fossé se creuse entre les Européens pouvant espérer vivre plus vieux et ceux pouvant s’attendre à mourir plus jeunes.

L’espérance de vie en bonne santé des seniors continue d’augmenter

Quentin Haroche | 23 Janvier 2026 https://www.jim.fr/viewarticle/lespérance-vie-bonne-santé-des-seniors-continue-2026a10002bd

L’augmentation de l’espérance de vie en bonne santé, ou espérance de vie sans incapacité, a cependant tendance à ralentir ces dernières années.

Dans un pays aussi obsédé par la retraite que la France, beaucoup se posent la question : combien d’années pourrais-je réellement en profiter ? Car ce n’est pas tout de ne plus travailler, encore faut-il pouvoir vivre cette période le plus agréablement possible, sans être limité par le vieillissement. 

La Drees, le service des statistiques du ministère de la Santé, a apporté des réponses à ces questionnements dans sa dernière étude, publiée ce jeudi, sur l’évolution de l’espérance de vie en bonne santé. Aussi appelée espérance de vie sans incapacité, cette donnée est de plus en plus évoquée dans les débats démographiques et politiques, à côté de la plus classique espérance de vie (on en a notamment beaucoup entendu parler durant les débats sur les retraites). Pour la calculer, on pose simplement la question suivante à un échantillon de personnes : « Êtes-vous limité(e), depuis au moins six mois, à cause d’un problème de santé, dans les activités que les gens font habituellement ? ». Le taux de personnes qui répondent « oui, fortement » ou « oui, mais pas fortement », permet de calculer l’espérance de vie sans incapacité (EVSI) et l’espérance de vie sans incapacité forte (EVSIF).

Une femme de 65 ans peut espérer vivre près de 12 ans sans incapacité

Selon les dernières données de la Drees, l’EVSI à 65 ans était, en 2024, de 11,8 ans pour les femmes et de 10,5 pour les hommes. L’EVSIF est quant à elle de 18,5 ans pour les femmes et de 15,9 ans pour les hommes. Entre 2008 et 2024, l’EVSI à 65 ans a augmenté de 1 an et 9 mois pour les femmes comme pour les hommes. L’EVSIF à 65 ans augmente également au cours de la même période, de 1 an et 11 mois pour les femmes et de 1 an et 10 mois pour les hommes.

« Ces évolutions peuvent avoir trois types de causes » avance la Drees : « le recul de l’âge à partir duquel apparaissent les maladies chroniques liées au vieillissement ; une amélioration de la prise en charge de ces maladies, qui peuvent ainsi n’affecter les personnes que temporairement ; une meilleure adaptation de l’environnement des personnes, rendant les problèmes de santé dont elles souffrent moins limitants au quotidien ». La Drees note cependant que l’essentiel de cette hausse a eu lieu entre 2008 et 2019. Depuis 2019, pour les femmes l’EVSI a augmenté de 4 mois et l’EVSIF de 1 mois ; pour les hommes l’EVSI a augmenté de 1 mois et l’EVSIF a progressé de 3 mois.

On note également que l’EVSI a augmenté plus vite depuis 2008 que l’espérance de vie. En 2008, un homme pouvait ainsi espérer vivre 48 % des années qui lui restaient à vivre sans incapacité, contre 53 % aujourd’hui. Pour les femmes, ce ratio est passé de 45 % d’années sans incapacité à 50 %. 

La France parmi les bons élèves européens

Si c’est généralement la question de l’EVSI des seniors qui intéresse les démographes et les responsables politiques, cette espérance de vie en bonne santé peut évidemment se calculer à tout âge. En 2024, à la naissance, les femmes françaises peuvent ainsi espérer vivre 85,8 ans, dont 64,1 ans sans incapacité, et 77,3 ans sans incapacité forte, contre respectivement 80,2 ans, 63,7 ans et 73,9 ans pour les hommes. On observe ainsi que l’écart entre les femmes et les hommes est bien moindre s’agissant de l’EVSI (seulement 5 mois) que s’agissant de l’espérance de vie (5 ans et 7 mois). « Cela s’explique par le fait que les femmes sont plus souvent atteintes de maladies chroniques invalidantes et peu létales (maladies musculosquelettiques, troubles anxieux et dépressifs) »expliquent les auteurs de l’étude de la Drees.

Depuis 2008, l’EVSI et l’EVSIF à la naissance ont progressé, sauf pour les femmes chez lesquelles l’EVSI à la naissance a diminué. En parallèle, l’espérance de vie à la naissance s’est accrue plus vite sur cette période. Cela signifie que les individus vivent plus longtemps certes, mais en moins bonne santé. Un homme peut ainsi espérer passer 79 % de sa vie sans incapacité (contre 81 % en 2008) et une femme seulement 75 % de sa vie sans incapacité (contre 77 % en 2008). 

Enfin, la Drees conclut que, tout comme en matière d’espérance de vie classique, la France se situe parmi les bons élèves européens s’agissant d’EVSI. La France est ainsi à la troisième place européenne en termes d’EVSI à 65 ans chez les femmes et à la 7ème place pour les hommes. Voilà qui devrait donner du grain à moudre à ceux qui considèrent que l’âge légal de la retraite est trop faible en France par rapport à nos voisins européens.

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Espérance de vie : une Europe à deux vitesses se dessine, avec des écarts de plusieurs années selon les régions

Une étude menée dans 13 pays européens montre que le fossé se creuse à partir de 2005 entre des régions favorisées, où l’espérance de vie continue de progresser, et d’autres qui prennent du retard, où la dynamique s’essouffle. 

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hier à 05h00, modifié hier à 13h12 https://www.lemonde.fr/planete/article/2026/02/02/esperance-de-vie-une-europe-a-deux-vitesses-se-dessine-avec-des-ecarts-de-plusieurs-annees-selon-les-regions_6665035_3244.html

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Le fossé se creuse entre les Européens pouvant espérer vivre plus vieux et ceux pouvant s’attendre à mourir plus jeunes. C’est une Europe de la longévité à deux vitesses qui se dessine dans les cartes développées par des chercheurs de l’Institut national d’études démographiques (INED) et de l’Institut fédéral allemand de recherche démographique (BiB) et publiées le 24 janvier dans Nature Communications. D’un côté, des régions affichant les niveaux d’espérance de vie les plus élevés continuent de progresser, de 1992 à 2019, au même rythme que les années précédentes ; de l’autre, des territoires en retard voient leur dynamique s’essouffler, voire s’inverser.

Ces situations contrastées sont le résultat d’une cassure intervenue, selon les résultats des chercheurs, à partir de 2005. Pendant la période allant de 1992 à 2005, décrite comme une sorte d’« âge d’or » par les chercheurs, les gains en espérance de vie en Europe occidentale étaient stables et généralisés, s’élevant à environ trois mois et demi par an pour les hommes et à deux mois et demi pour les femmes. Pendant cette période, les régions initialement en retard ont connu les améliorations les plus rapides, réduisant ainsi les écarts entre les territoires.

Mais à partir de 2005, les gains en espérance de vie ralentissent, passant en 2018-2019 à cinquante-cinq jours par an pour les hommes et à trente-cinq jours pour les femmes, soit une réduction de moitié par rapport aux années 1990. Cette phase plus récente est marquée par une divergence croissante au sein des régions d’Europe de l’Ouest : alors que les gains s’effondrent dans les régions à la traîne, ils restent remarquablement stables dans les régions qualifiées d’« avant-garde ».

Départements historiquement retardataires

En France, les départements de Paris, des Hauts-de-Seine et des Yvelines se distinguent particulièrement face à des départements historiquement retardataires notamment concentrés dans les Hauts-de-France. En 2019, l’espérance de vie est ainsi de 83,44 ans dans l’Aisne contre 87,33 ans à Paris pour les femmes, et de 76,7 ans dans le Pas-de-Calais contre 82,66 ans dans les Hauts-de-Seine pour les hommes. « Les départements à la pointe en matière d’espérance de vie étaient nombreux en France au début des années 1990, notamment dans l’Ouest et le Sud-Ouest chez les femmes, mais on observe une progressive disparition de la France du groupe des régions en avance », analyse Florian Bonnet, chargé de recherches à l’INED et principal auteur de l’étude. En 2025, l’espérance de vie moyenne en France est de 85,9 ans pour les femmes et de 80,3 ans pour les hommes, selon les dernières données de l’INED.

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Cette géographie mouvante a vu l’apparition de nouvelles zones à l’espérance de vie élevée, notamment dans le nord de l’Italie et en Suisse. De l’autre côté du classement, « aucune des régions d’Allemagne n’a jamais figuré parmi les 10 % les plus performantes en matière d’espérance de vie en Europe occidentale », souligne Pavel Grigoriev, chercheur au BiB allemand. Entre 1992 et 2019, de nouvelles zones « retardataires » sont apparues dans l’ouest et le nord de l’Allemagne, alors qu’elles n’étaient observées qu’en Allemagne de l’Est au début des années 1990.

Comment expliquer ce tournant du milieu des années 2000 ? Les analyses des chercheurs montrent qu’il est fortement corrélé à la mortalité des 55-74 ans. « Les régions qui décrochent après 2005 sont celles qui voient la mortalité dans ce groupe d’âge stagner, voire réaugmenter », explique Florian Bonnet. En France, notamment, ce groupe spécifique d’individus nés après la seconde guerre mondiale voit sa mortalité stagner en raison de comportements à risque comme le tabagisme, en augmentation chez les femmes depuis les années 1970, mais aussi la consommation d’alcool. Même tendance outre-Rhin. « Il existe des différences régionales importantes en Allemagne en matière de prévalence du tabagisme, souligne Pavel Grigoriev. Ce facteur explique à lui seul une part importante des variations régionales de la mortalité, en particulier chez les femmes. »

Une autre hypothèse réside dans le fait que les comparaisons régionales d’espérance de vie reposent sur le lieu de résidence au moment de la mort des individus. Donc des migrations d’Europe de l’Est vers l’Europe de l’Ouest ont pu jouer un rôle sur la période étudiée. « Les populations les mieux portantes ont pu aller se localiser dans des zones en croissance », avance Florian Bonnet. Enfin, la cassure identifiée dans les années 2000 correspond à la crise financière qui a touché l’Europe en 2008. La polarisation de l’activité économique et des foyers fiscaux les plus riches dans certains territoires a fait émerger dans d’autres endroits des « laissés-pour-compte » dans cette nouvelle économie tournée vers les services.

« Morts du désespoir »

Dans le cas du Royaume-Uni, où l’espérance de vie est particulièrement basse en Ecosse, une autre piste d’explication est l’augmentation de la probabilité de mourir chez les 35-54 ans dans les années précédant la pandémie de Covid-19. Ce phénomène est connu sous l’expression « morts du désespoir », car en lien avec l’abus d’alcool, la consommation de drogues et le suicide. Très forte aux Etats-Unis, cette tendance est plutôt un épiphénomène chez les jeunes Européens, surtout observé en Ecosse et en Irlande du Nord. « Mais dans certaines régions, nos travaux en cours semblent montrer une augmentation des morts du désespoir en lien avec l’alcoolisme chez les plus de 65 ans », signale Florian Bonnet.

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Au-delà des analyses géographiques, les auteurs estiment que leurs travaux prouvent que les limites biologiques de l’espérance de vie n’ont pas encore été atteintes, les régions d’avant-garde comme les grands centres métropolitains que sont Paris et Londres continuant de voir une forte progression dans l’allongement de la vie de ses habitants.« L’identification des zones géographiques où la longévité est élevée ou faible doit guider des interventions de santé publique ciblées et permettre une meilleure allocation des ressources de soins de santé », écrivent les auteurs.

Pour Jay Olshansky, professeur de santé publique à l’université de l’Illinois, à Chicago, qui n’a pas participé à l’étude, cette dernière devrait mieux prendre en compte les limites biologiques du corps humain comme facteur déterminant de la longévité humaine, au-delà des statistiques. « On s’attend dans tous les cas à un ralentissement du rythme d’amélioration de la longévité humaine, même si des différences spatiales sont observées, comme le montre cette étude très bien menée », souligne le chercheur. De plus en plus de personnes vivant jusqu’à un âge avancé, la part de la population exposée au vieillissement biologique augmente automatiquement, ralentissant de fait les gains d’espérance de vie.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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