La filière de l’hydrogène vert est encore en attente de signaux favorables aux niveaux national et européen

Hydrogène : la phase d’apprentissage joue les prolongations

La filière de l’hydrogène vert est encore en attente de signaux favorables aux niveaux national et européen pour espérer déclencher l’intérêt des consommateurs industriels, pour l’instant attentistes. 2026 sera une année charnière. 

Energie  |  30.01.2026 https://www.actu-environnement.com/ae/news/filiere-hydrogene-soutien-France-Europe-consommations-industries-47455.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzkzOQ%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

  |  F. Roussel

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Hydrogène : la phase d'apprentissage joue les prolongations

© AA+WLes projets autour de l’hydrogène ont du mal à sortir de terre.

Certes, on est loin de l’euphorie de la première stratégie nationale hydrogène et ses 9 milliards d’euros promis, pourtant dans les couloirs du salon Hyvolution, qui s’est tenu à Paris du 27 au 29 janvier, l’heure n’était pas au pessimisme pour ceux qui retiennent les bons chiffres. À date, plus de 110 milliards d’euros (Md€) d’investissements ont été réalisés dans le monde, dont 19 Md€ en Europe (en troisième position, derrière la Chine et les États-Unis), et 65 pays ont publié une feuille de route hydrogène. La France, avec un peu plus de 2,4 Md€ d’investissements industriels envisagés, tient la place honorable de deuxième européen, suivant l’Allemagne (2,6 Md€) et talonnée par le Danemark (un peu moins de 2,4 Md€).

Pourtant, derrière ce palmarès se cachent beaucoup d’incertitudes. Sur les 9 Md€ promis en 2020, à peine 50 % (4,3 Md€) ont été fléchés vers différents opérateurs ou ministères pour financer des appels à projets ou des mécanismes, dont 1,6 Md€ encore non attribué et suspendu à la validation du budget 2026. « Nous sommes face à un paradoxe français. La France est partie très tôt, a promis beaucoup, a de nombreux atouts avec son réseau décarboné, ses élus mobilisés, sa R&D excellente et des banques et entreprises actives, remarque Nicolas Brahy, nouveau président de France Hydrogène. Malgré tout ça, la France hésite, prend du retard… Alors les décisions d’investissement tardent et ce pourrait être le début d’un cercle négatif », analyse-t-il.“ Il y a une forme de dynamique, mais ce n’est pas une dynamique qui permet aux industriels de trouver leur vitesse de croisière ”Clément Le Roy, cabinet Wavestone

Les projets doivent s’adapter aux conditions du marché, aux hésitations des consommateurs d’hydrogène présents ou futurs, avec un soutien politique en retrait, couplé à des difficultés budgétaires. Résultat, la France affiche un taux de décisions finales d’investissement (FID), étape majeure dans la vie d’un projet, de 4 % pour les projets de production d’hydrogène. « Ce n’est pas le salon de la déprime. Il y a une forme de dynamique, mais ce n’est pas une dynamique qui permet aux industriels de trouver leur vitesse de croisière »,analyse Clément Le Roy, associé et membre du comité de direction de l’activité Énergie et Utilities du cabinet Wavestone.

L’apprentissage de la production

En 2025, 50 MW d’électrolyseurs ont été installés en France (soit un doublement en un an). Pour 2026, France Hydrogène s’attend à une bascule, avec 250 MW prêts à produire et un saut dans la taille des électrolyseurs (multiplication par dix). Reste toutefois à apprivoiser sur le long terme la technologie de l’électrolyse de l’eau pour garantir une production à coût maîtrisé. L’Ademe va prochainement publier un bilan technico-économique des électrolyseurs financés depuis 2023 par le programme Ecosystèmes H2. François Estrade, chef de projet à l’Ademe, en a présenté les grandes lignes sur le salon Hyvolution. Il constate une « montée en compétence progressive » qui reste à consolider pour les exploitants, listant des difficultés de mise en service, des niveaux de production en dessous des dimensionnements et des optimisations de fonctionnement assez complexes à réaliser avec, au final, un vieillissement prématuré des installations. « Tout est plus complexe que prévu, quelle que soit la technologie (PEM ou alcalin) », résume le spécialiste.

L’étude s’est focalisée sur le fonctionnement de sept sites ayant au moins deux ans d’expérience. Mais la plupart sont des écosystèmes de mobilité décentralisés, avec un électrolyseur fournissant une flotte captive de véhicules. Les coûts complets de production varient entre 14 et 50 euros le kilo. « Le seul électrolyseur efficace est celui qui livre plusieurs stations », conclut François Estrade, confirmant une réalité technico-économique essentielle : un électrolyseur doit tourner le plus possible en continu, pour alimenter un maximum de consommateurs en bout de chaîne.

La déception de la mobilité

Les écosystèmes H2 ne sont pas tous sortis de terre malgré l’accompagnement financier et technique de l’Ademe. De 44 électrolyseurs lauréats (135 MW) en 2023, le programme n’en accompagne désormais que 35 pour 107 MW. « Nous avons observé un ralentissement des mises en service en 2025, cohérent avec le ralentissement observé plus globalement sur toute le filière hydrogène », note François Estrade.

« La mobilité terrestre est la très grande déception de 2025, confirme Nicolas Brahy. La France avait une stratégie forte, avec des écosystèmes locaux et puis, rien, doute de l’État… toute cette mécanique est en train de s’écrouler. » Avec la liquidation d’Hyvia et l’arrêt du programme chez Stellantis, le segment des utilitaires est définitivement clos. La filière se concentre désormais sur la mobilité lourde, et même sur certains cas d’usage de poids lourds. « Le vent a tourné quand la filière des batteries est passée à l’échelle. La mobilité a décroché, à l’exception de quelques usages ciblés – engins spécialisés dans les ports, les aéroports ou sur des sites à contrainte spécifique. Le plus gros, c’est désormais la décarbonation de l’industrie », confirme Clément Le Roy. Encore faut-il que les industriels consommateurs soient au rendez-vous.

Les promesses de l’industrie

En 2026, le plus gros électrolyseur de France sera mis en service par Air liquide pour fournir en hydrogène vert la raffinerie TotalEnergies de Gonfreville (Seine-Maritime). Attendu pour la fin de l’été, France Hydrogène veut croire que ce projet de 200 MW sera le premier symbole d’une dynamique plus favorable pour les projets industriels. « 2026 sera une année de transition entre deux typologies de projets hydrogène. On aura de nouvelles décisions d’investissement pour des usages dans les raffineries, l’acier, les engrais », espère Nicolas Brahy, tout en demandant un cadre réglementaire incitatif soutenant la demande.

Il cite notamment, sur le plan national, le « bon dimensionnement de l’Iricc », ce mécanisme de la directive RED III incitant à la réduction de l’intensité carbone des carburants qui remplacera à compter de janvier 2027 la taxe incitative relative à l’utilisation de l’énergie renouvelable dans les transports (Tiruert). Sur le plan européen, France Hydrogène espère la création de marchés pilotes industriels pour l’acier et les engrais bas carbone fondés sur des obligations ciblées d’incorporation de produits décarbonés, notamment via l’Industrial Accelerator Act, promis par la Commission. Leur mise en place pourrait créer une demande correspondant à 80 % des besoins du secteur à 2030, selon le dernier baromètre de la filière (1) . Reste que « la conjoncture économique n’est pas favorable », remarque Clément Le Roy. On est dans une bulle de neutralisation en Europe. On dérisque étape par étape et ça prend du temps ». Trop de temps ?

En attendant, la Chine installe 30 % des capacités mondiales de production d’hydrogène décarboné et dispose de 30 GW par an de capacités manufacturières d’électrolyse. Pour France Hydrogène, « la question n’est donc pas de savoir si l’hydrogène va se développer. La question est de savoir quels pays en auront la maitrise technologique et industrielle pour en faire un levier stratégique de compétitivité, de résilience et de souveraineté. »

1. Télécharger le rapport de France Hydrogène
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-47455-rapport-barometre-France-hydrogene-janvier-2026.pdf

Florence Roussel, journaliste
Directrice de la rédaction et rédactrice en Chef d’Actu-Environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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