Seulement 2 % des mers sont réellement protégées et une grande hétérogénéité règne entre États.

Aires marines protégées : l’Europe très en retard sur ses objectifs

À la veille de la présentation du Pacte européen pour les océans, le WWF met en lumière les retards de l’UE en matière d’aires marines protégées : seulement 2 % des mers sont réellement protégées et une grande hétérogénéité règne entre États.

Biodiversité  |  04.06.2025  https://www.actu-environnement.com/ae/news/aires-marines-protegees-europe-objectifs-retards-rapport-wwf-46278.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8Mzc4Ng%253D%253D%5BNDExMDgz%5D

|  L. Radisson

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Aires marines protégées : l'Europe très en retard sur ses objectifs

© Alexandre ROSASeulement 11,39 % des mers de l’UE sont désignées comme AMP et 2,04 % disposent de plans de gestion.

« Malgré l’urgence écologique et sociale croissante, seulement 2,04 % des mers de l’UE sont actuellement couvertes par des aires marines protégées (AMP) dotées de plans de gestion », alerte le WWF dans un rapport (1) publié mardi 3 juin. La faiblesse de la protection des AMP a déjà été documentée à de nombreuses reprises tant par des scientifiques que par des ONG, sur le plan international comme national. L’intérêt du rapport du WWF réside dans l’état des lieux de la protection dans l’ensemble des États membres de l’UE, qui montre une grande hétérogénéité et l’absence de données fiables.

Cet état des lieux est rendu public à la veille de la présentation du Pacte européen sur les océans par la présidente de la Commission européenne, et alors que des annonces de renforcement de la protection des aires marines sont attendues à l’occasion de la Conférence des Nations unies sur l’océan (2) (Unoc), dont le segment de haut niveau s’ouvre le 9 juin, à Nice.

Seulement 2 % des AMP dotées de plans de gestion

L’analyse du WWF montre que l’UE est loin d’atteindre l’objectif, inscrit dans la Stratégie européenne pour la biodiversité, de protéger au moins 30 % de ses eaux marines, dont 10 % sous protection stricte, d’ici à 2030. « Aujourd’hui, (…) seulement 11,39 % des mers de l’UE sont désignées comme AMP, et seulement 2,04 % disposent de plans de gestion », estime l’ONG.

En examinant les mers régionales, le classement en surfaces d’AMP est le suivant : mer Méditerranée 17,97 %, mer Baltique 17,21 %, mer Noire 14,07 %, Atlantique du Nord-Est 8,04 %. Le classement en surfaces d’AMP dotées de plans de gestion est en revanche celui-ci : mer Baltique 10,36 %, mer Noire 5,58 %, Atlantique du Nord-Est 1,37 % mer Méditerranée 1,1 %. Ce qui montre la faiblesse de la protection des AMP de la Méditerranée, qui passe de la première à la dernière place en prenant en compte l’existence de plans de gestion, gage de protection plus stricte de la biodiversité.“ Les AMP dans les eaux de l’UE offrent souvent une protection faible, minimale, voire nulle, contre les activités humaines néfastes ”WWF

« Ces conclusions rejoignent celles d’une étude (3) récente, qui a également révélé que les AMP dans les eaux de l’UE offrent souvent une protection faible, minimale, voire nulle, contre les activités humaines néfastes, telles que le dragage, l’exploitation minière et les pratiques de pêche destructrices », pointe le WWF.

Différences d’ambition des États

Le rapport met également en lumière deux lacunes majeures des AMP actuelles : les différences d’ambition entre États membres et les graves insuffisances de leurs rapports. Sur le premier point, l’analyse révèle que seulement huit États membres (Belgique, Tchéquie, Danemark, France, Allemagne, Luxembourg, Espagne et Suède) ont présenté des engagements en matière de biodiversité liés aux zones protégées, comme l’exige pourtant la Stratégie en faveur de la biodiversité, dont trois (Danemark, Allemagne, Espagne) disposent de données sur leurs projets d’aires marines protégées. Mais les projets proposés par le Danemark et l’Espagne portent sur moins de 2 % de leur zone marine, et seul le Danemark propose des zones sous protection stricte.

L’évaluation montre également que quatorze des 22 États membres marins de l’UE n’ont pas, ou très peu, de plans de gestion pour leurs AMP désignées. Seulement huit (Belgique, Danemark, Estonie, Allemagne, Lituanie, Pays-Bas, Roumanie et Suède) disposent de plans couvrant plus de 10 % de leur zone marine. Et seule la Belgique, parmi ceux-ci, couvre plus de 30 % de sa zone marine avec des plans de gestion, bien que ces plans contiennent peu de mesures de conservation et soient mal mis en œuvre. Le cas français est particulièrement illustratif du décalage qui peut exister entre les surfaces classées en AMP et celles qui font l’objet d’une protection stricte. La France affiche ainsi 33,99 % de ses zones marines classées en aires marines protégées sans plans de gestion (d’après Natura 2000), mais seulement 3,14 % avec.

Rapports incohérents, tardifs et incomplets

Les auteurs de l’étude constatent ensuite que les rapports des États membres sont souvent « incohérents, tardifs et incomplets », ce qui donne une vision « fragmentée des efforts de protection du milieu marin ». L’évaluation de la cohérence écologique des réseaux d’AMP n’a ainsi pas pu être réalisée par le WWF en raison de données « insuffisantes, obsolètes ou inexactes » sur la présence des espèces dans ces zones. « Cette constatation soulève de sérieuses inquiétudes quant à la manière dont les gouvernements peuvent concevoir et mettre en œuvre des politiques marines efficaces en l’absence de données fiables », pointe le WWF.

L’ONG identifie deux opportunités pour renforcer la protection des mers européennes. En premier lieu, les plans de restauration de la nature que les États membres doivent soumettre d’ici à septembre 2026 à la Commission dans le cadre du règlement éponyme. « La désignation de ces zones pourrait chevaucher et compléter la désignation des AMP », expliquent les auteurs du rapport. La seconde opportunité est la présentation par la Commission européenne du Pacte européen pour les océans, qui doit permettre de soutenir les États membres dans la réalisation des objectifs du règlement sur la restauration de la nature et de la Stratégie européenne pour la biodiversité.

La feuille de route pour l’océan que va présenter Ursula von der Leyen à la veille de l’Unoc va donc être scrutée de près. Tout comme les annonces des États participant à cette conférence onusienne. « Nous attendons de nombreuses annonces, et la France fera sa part », indique-t-on à l’Élysée. Lors de son discours d’ouverture de cet événement international, qui doit réunir plus de 85 chefs d’États et de gouvernements, Emmanuel Macron devrait annoncer des mesures pour atteindre l’objectif de 10 % d’aires marines en protection forte en France, en renforçant notamment les AMP abritant des écosystèmes remarquables tels que la posidonie ou les récifs de coraux.

1. Télécharger le rapport du WWF
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-46278-aires-marines-protegees-amp-rapport-wwf.pdf

2. En savoir plus sur l’Unoc
https://www.actu-environnement.com/dossier-actu/unoc-3-conference-nations-unies-ocean-nice-1193. 

Consulter l’étude « Over 80% of the European Union’s marine protected area only marginally regulates human activities »
http://Over 80% of the European Union’s marine protected area only marginally regulates human activities

Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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