Appel au désordre « Face à la dictature, le peuple a le devoir de se soulever », l’État de droit a été totalement violé, dictature des juges…

EXTRÊME DROITE

Condamnation de Marine Le Pen : le RN entre panique et appel au désordre

La lourde condamnation de Marine Le Pen a plongé le Rassemblement national dans un état de panique, entre appels au soulèvement, dénonciation d’une « dictature des juges » et crainte pour l’avenir : sa candidate naturelle ne pourra très probablement pas concourir en 2027.

Youmni Kezzouf

31 mars 2025 à 21h00 https://www.mediapart.fr/journal/politique/310325/condamnation-de-marine-le-pen-le-rn-entre-panique-et-appel-au-desordre?utm_source=quotidienne-20250331-202755&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250331-202755&M_BT=115359655566

Marine Le Pen le sait désormais : si « la peur n’évite pas le danger », le déni non plus. La patronne des député·es du Rassemblement national (RN), triple candidate à l’élection présidentielle, a été lourdement condamnée, lundi 31 mars, pour détournements de fonds publics.

Quatre ans de prison dont deux ferme, 100 000 euros d’amende et, surtout, cinq ans d’inéligibilité avec application immédiate ont été décidés par le tribunal. Un saut dans le vide pour un parti tout entier organisé autour de Marine Le Pen et de sa future candidature à l’élection présidentielle, qu’elle imaginait déjà victorieuse.

Dépliant les motivations du jugement, la présidente du tribunal, Bénédicte de Perthuis, a fustigé un « système permettant au parti de faire des économies et d’être financé par des fonds du Parlement européen ». Système au cœur duquel « Marine Le Pen s’est inscrite avec autorité et détermination », montrant « une conception peu démocratique de l’exercice politique ainsi que des exigences qui s’y attachent », a-t-elle ajouté.

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Marine Le Pen et Jordan Bardella lors du séminaire parlementaire du Rassemblement national à l’Assemblée nationale le 14 septembre 2024.  © Photo Ludovic Marin / AFP

Depuis des mois, le tabou d’une condamnation de Marine Le Pen paralysait toute réflexion stratégique au sein du parti. Le RN, qui se targue régulièrement d’avoir un « plan Matignon » prêt pour une hypothétique dissolution, jurait à qui voulait l’entendre que l’hypothèse d’un empêchement de sa « candidate naturelle » n’existait pas. Au point de mettre dans l’embarras les porte-parole du mouvement, qui s’inquiétaient de ne disposer d’aucun élément de langage en amont du jugement.

La prétendue « dictature des juges »

« Marine Le Pen a fait la démonstration de son innocence et par conséquent elle ne sera pas condamnée », assurait récemment le député RN Sébastien Chenu sur BFMTV, tandis que le président du parti, Jordan Bardella, affirmait : « Elle ne sera pas inéligible car elle est totalement innocente des faits qui lui sont reprochés. » Lundi, Marine Le Pen n’a même pas attendu la fin de l’énoncé de sa peine pour quitter ostensiblement la salle d’audience.

Il y a une semaine, la cheffe de file du RN indiquait au Figaro que « si [s]a culpabilité [était] prononcée, [elle] utiliserai[t] l’État de droit pour pouvoir défendre à nouveau [s]on innocence ». Son avocat Rodolphe Bosselut a confirmé aux journalistes son intention de faire appel.

Quelques heures plus tard, Marine Le Pen s’est rendue sur le plateau de TF1, pour dérouler, comme si de rien n’était, les mêmes arguments qu’avant sa condamnation. « L’État de droit a été totalement violé par la décision qui a été rendue », a-t-elle fustigé, attaquant la présidente du tribunal : « La motivation de la présidente est claire : “Je ne veux pas que Marine Le Pen soit présidente.” »

La triple candidate du RN à l’élection présidentielle a confirmé son intention de faire appel, arguant que « les juges se sont trompés » et que tous les prévenus seraient innocents. « Je suis éliminée, mais ce sont des millions de Français dont la voix est éliminée », a-t-elle prétendu, faisant mine d’oublier qu’aucune décision de justice n’empêche, évidemment, le RN de présenter un·e candidat·e en 2027.

En attendant un nouveau procès, qui n’interviendra pas forcément avant la présidentielle de 2027, Marine Le Pen ne pourra donc se présenter à aucun scrutin. Et même si tel était le cas, il faudrait que la cour d’appel aille complètement à l’encontre du jugement prononcé en première instance, et la condamne à une peine bien moindre. « Aujourd’hui, ce n’est pas seulement Marine Le Pen qui est injustement condamnée, c’est la démocratie française qui est exécutée », s’est indigné Jordan Bardella sur le réseau social X, à rebours des prétendus oripeaux « républicains » de son parti. Il a également lancé un appel à la « mobilisation pacifiste », en l’espèce une pétition de soutien à Marine Le Pen, comme lors des réquisitions.

Trois mollahs du droit ont supprimé la démocratie. Face à la dictature, le peuple a le devoir de se soulever.

Philippe Schreck, député du Var

Tout désigné pour prendre la suite de la triple candidate à la présidentielle, l’eurodéputé – qui jurait jusqu’ici ne pas se préparer à une candidature, tout en cultivant par petites touches ses différences politiques – a lancé un large mouvement de dénonciation de la justice. Dans son sillage, nombre d’élu·es de la nation ont ainsi très sérieusement fustigé le fait que le délit de détournement de fonds publics soit puni par la loi. Et comparé la France à une dictature.

Au milieu des visuels #JeSoutiensMarine publiés depuis dimanche soir sur leurs réseaux sociaux, les parlementaires RN et leurs allié·es ont ainsi pointé du doigt une « justice politique » encore plus violemment attaquée que d’habitude. Certains ont même appelé au soulèvement« Nous sommes dans la dictature des juges, a osé le député Philippe Schreck, avocat de profession. Trois mollahs du droit ont supprimé la démocratie. Face à la dictature, le peuple a le devoir de se soulever. »

Ce message, posté sur X, était même accompagné d’un visuel accusant nommément la présidente du tribunal. La nièce de Marine Le Pen, Marion Maréchal, a de son côté dénoncé « des juges se pensant au-dessus du peuple souverain » et coupables, selon elle, d’avoir « exécuté dans un tribunal celle qu’ils n’ont jamais pu faire reculer dans les urnes ».

Deux autres députés et un maire condamnés

Marine Le Pen n’est pas la seule à avoir été jugée coupable par le tribunal. La quasi-totalité des prévenu·es a été condamnée, à des peines parfois lourdes, dont plusieurs parlementaires. Timothée Houssin et Julien Odoul, anciens assistants parlementaires désormais députés, sont condamnés à six et huit mois de prison avec sursis et un an d’inéligibilité sans exécution provisoire.

Marine Le Pen, elle, a été condamnée à cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire. Elle ne pourra pas se présenter à une élection, si par exemple une dissolution avait lieu dans les prochains mois, mais elle ne perd pas son mandat en cours. Elle a également été condamnée à quatre ans de prison, dont deux ferme aménageables avec un bracelet électronique. Mais puisqu’elle a fait appel, cette condamnation ne sera effective qu’après l’épuisement des voies de recours (un procès en appel et, éventuellement, un pourvoi en cassation).

Louis Aliot, maire de la plus grande ville actuellement dirigée par le RN, Perpignan (Pyrénées-Orientales), a été condamné à dix-huit mois de prison, dont six mois ferme sous bracelet électronique, et trois ans d’inéligibilité sans exécution provisoire. La présidente du tribunal a justifié l’absence d’exécution provisoire « pour préserver la liberté des électeurs qui ont choisi leur maire » : dans le cas des élus locaux, une telle condamnation aurait entraîné la perte immédiate de leur mandat de maire.

Le député RN Matthias Renault a pour sa part commencé à mettre la pression sur la prochaine élection présidentielle, estimant que la France était « sortie de la démocratie » et « la légitimité des prochaines élections présidentielles remise en cause ».Son collègue Maxime Amblard lui a rapidement emboîté le pas en écrivant : « Tout président élu en 2027 ne sera légitime que s’il est capable d’affronter Marine Le Pen. »

L’impossible plan B

Le slogan historique du Front national (FN), « Mains propres et tête haute », a mal vieilli. Le parti d’extrême droite, longtemps pourfendeur des atteintes à la probité commises par les politiques, a changé d’attitude dès lors qu’il a été rattrapé par les affaires. En 2004, Marine Le Pen tempêtait encore : « Tout le monde a piqué de l’argent dans les caisses, sauf le Front national ! Et on trouve ça normal ? […] Les Français en ont marre qu’il y ait des affaires, ils en ont marre de voir des élus qui détournent de l’argent»

Neuf ans plus tard, au moment de l’affaire Cahuzac, elle appelait même à « l’inéligibilité à vie pour tous ceux qui ont été condamnés pour des faits commis grâce ou à l’occasion de leur mandat ». Elle avait radicalement changé d’avis en novembre 2024, quelques jours après que le parquet eut requis une peine d’inéligibilité avec exécution provisoire contre elle, évoquant alors un réquisitoire « révoltant et profondément outrancier », équivalent à une « peine de mort politique ».

Marine Le Pen a toujours refusé de désigner officiellement un plan B, préférant axer sa communication autour du jugement sur son « innocence ». En décembre 2024, elle assurait au Monde que Jordan Bardella n’avait « pas du tout l’intention, ni même le souhait » de la remplacer. « Il ne se prépare pas à ces responsabilités-là », assurait-elle.Le président du RN apparaît pourtant désormais comme le recours naturel de son parti pour la prochaine présidentielle.

Mais sa tournée promotionnelle autour de son autobiographie, son omniprésence médiatique et ses volontés émancipatrices autour d’une ligne plus libérale et atlantiste font grincer des dents dans le parti, notamment dans le premier cercle de Marine Le Pen. Dans le parti d’extrême droite comme en dehors, d’autres ambitions jusqu’ici annihilées par la toute-puissance de la triple candidate à la présidentielle pourraient émerger.

Sur le plateau de TF1, Marine Le Pen n’a pas franchement adoubé son successeur. « Jordan Bardella est un atout formidable pour le mouvement, j’espère que nous n’aurons pas à user de cet atout plus tôt que nécessaire », a-t-elle déclaré. 

« Le parti est extrêmement bonapartiste, tout dépend de la reine, tout tourne autour d’elle, regrette auprès de Mediapart un lieutenant de Marine Le Pen. Et contrairement à ce qu’on peut penser, c’est un système qui n’est pas efficace. » Un système qui va, d’ici à 2027, être mis à l’épreuve comme jamais auparavant.

Youmni Kezzouf

EXTRÊME DROITE

L’internationale réactionnaire à la rescousse de Marine Le Pen

Le porte-parole du Kremlin et Viktor Orbán, mais aussi Elon Musk, ont dénoncé la condamnation de l’ex-présidente du RN. Outre leurs affinités idéologiques avec le parti d’extrême droite, les dirigeants russe et hongrois sont aussi indirectement liés à ses finances.

Justine Brabant et Fabien Escalona

31 mars 2025 à 19h35 https://www.mediapart.fr/journal/international/310325/l-internationale-reactionnaire-la-rescousse-de-marine-le-pen?utm_source=quotidienne-20250331-202755&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250331-202755&M_BT=115359655566

Avant même que la peine d’inéligibilité de Marine Le Pen soit prononcée, le Kremlin a estimé que sa condamnation relevait du « non-respect des normes démocratiques ». Un « non-respect » qui concernerait « de plus en plus de capitales européennes »à en croire son porte-parole, Dmitri Peskov.

Un jugement qui ne manque pas de cynisme venant d’un exécutif qui envoie en prison défenseurs des droits humains, artistes, journalistes et avocats, quand il n’élimine pas physiquement ses opposants. « Nous ne voulons pas nous ingérer dans les affaires intérieures de la France, nous ne l’avons jamais fait », a par ailleurs ajouté Dmitri Peskov, contre toute évidence.

Parmi les dernières tentatives en date d’ingérence russe dans la politique française : une campagne d’influence menée par des comptes prorusses, qui, à l’été 2024, avait fait la promotion du parti d’extrême droite lors de la campagne pour les élections européennes (confrontée aux révélations de Mediapart sur cette campagne, Marine Le Pen avait dénoncé un « mensonge », avant d’être démentie par son propre parti).

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Marine Le Pen avec Viktor Orbán en 2022 et Vladimir Poutine en 2017.  © Photomontage Mediapart avec Alain Robert / Sipa et Mikhail Klimentyev / Sputnik / AFP

Les liens du Rassemblement national (RN) avec le Kremlin ne sont pas qu’idéologiques : ils sont aussi financiers. Le parti a bénéficié en septembre 2014 d’un prêt de 9,4 millions d’euros auprès de la First Czech-Russian Bank (FCRB) – banque basée à Moscou, qui fera faillite deux ans plus tard.

L’ex-présidente du RN a toujours tenté de minimiser la portée de ce prêt, assurant d’abord qu’elle l’avait signé « avec une banque, pas avec Vladimir Poutine ». Mediapart a pourtant révélé le rôle clé joué dans son obtention par un fidèle lieutenant de Vladimir Poutine, son conseiller chargé des relations avec les organisations russes à l’étranger (et par ailleurs vice-président de la Douma), Alexandre Babakov.

Marine Le Pen a également toujours assuré que ce prêt n’avait eu aucune incidence sur les positions exprimées par son parti vis-à-vis du Kremlin. Là encore, Mediapart a révélé le contraire en juin 2024, en démontrant comment l’eurodéputé qui a négocié le prêt russe au RN, Jean-Luc Schaffhauser, dispose d’une fondation qui a touché des centaines de milliers d’euros en échange d’interventions en faveur de Moscou au Parlement européen.

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Le père de Marine Le Pen et fondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen, a par ailleurs reçu en avril 2014, par le biais de son association de financement, un prêt de 2 millions d’euros en provenance de Russie. Cet argent lui a permis d’avancer des fonds à des candidats frontistes aux élections européennes. Ce second prêt porte à 11 millions d’euros le total des prêts russes contractés par la famille Le Pen.

La solidarité « illibérale » de Viktor Orbán

Le premier ministre de Hongrie, Viktor Orbán, a lui aussi témoigné de sa solidarité, mais en français dans le texte, à travers un chaleureux « Je suis Marine ». Le dirigeant hongrois, en poste depuis une quinzaine d’années, a fait de son pays un laboratoire avancé du projet national-conservateur, visant à démanteler les piliers libéraux d’un régime démocratique.

La normalisation du paysage médiatique, comme les atteintes aux droits de l’opposition, des corps intermédiaires et des minorités, ont fait le quotidien de ce pouvoir, qui soutient logiquement la dirigeante du RN et son projet de refonte xénophobe de la Ve République. Mais comme dans le cas russe, les affinités idéologiques entre le régime de Orbán et Marine Le Pen se sont accompagnées de liens financiers.

Lors de l’élection présidentielle de 2022, la candidate a financé sa campagne à l’aide d’un prêt d’une dizaine de millions d’euros accordé par une banque hongroise. « Par rapport à toutes mes démarches dans les autres pays européens, l’atmosphère était plus libre en Hongrie », avait justifié auprès de Mediapart Wallerand de Saint-Just, ancien trésorier du RN également condamné ce lundi.

Le parti a toujours récusé toute ingérence politique dans l’obtention de ce prêt. Mais la relation entre Marine Le Pen et le premier ministre hongrois s’était intensifiée les mois précédents, avec de nombreuses rencontres dont une visite officielle de la patronne du RN à Budapest« La Hongrie de 2021, sous la conduite de Viktor Orbán, se place à la pointe du combat pour la liberté des peuples », avait déclaré Marine Le Pen lors de ce séjour.

Salvini, Abascal ou Wilders : #JeSoutiensMarine

Aux côtés d’Orbán, c’est l’ensemble des partis frères des Patriotes pour l’Europe, le groupe d’extrême droite au sein duquel siège le RN au Parlement européen, qui a volé au secours de la dirigeante française. Santiago Abascal, chef espagnol du parti néofranquiste Vox, président de l’europarti des Patriotes depuis novembre 2024, a ainsi publié un visuel siglé #JeSoutiensMarine, en ajoutant : « Ils ne parviendront pas à faire taire la voix du peuple français. »

Geert Wilders, leader du PVV néerlandais, s’est dit « choqué par un verdict incroyablement dur », en précisant qu’il soutenait l’ex-candidate à la présidentielle et croyait en elle « à 100 % », espérant qu’elle deviendrait « présidente de la France »après un appel couronné de succès.

Matteo Salvini, vice-président du Conseil des ministres en Italie, qui dirige la Lega, a regretté que « ceux qui craignent le jugement des électeurs cherchent souvent à se rassurer par celui des tribunaux ». Il y est également allé de son selfie de soutien à Marine Le Pen.

À l’heure où ces lignes sont écrites, les membres des Conservateurs et réformistes européens, l’autre grand groupe qui allie extrêmes droites et droites nationalistes dans l’hémicycle européen, se sont montrés moins diserts. Les formations qui le composent sont davantage en recherche de respectabilité, et en rivalité avec les Patriotes pour l’Europe.

La présidente du Conseil italien et patronne de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni, ne s’est pas encore exprimée, pas plus que les Démocrates de Suède ou l’Alliance pour l’unité des Roumains. L’Alternative pour l’Allemagne (AfD), écartée des Patriotes en 2024, restait elle aussi mutique ce lundi après-midi.

Hostiles à l’indépendance des journalistes comme à celle des magistrats, ces réactionnaires utilisent toute résistance à leur ascension pour crier au scandale.

Sur le fond, les soutiens réactionnaires à Marine Le Pen sont tout à fait cohérents avec leur identité politique et leur stratégie pour la populariser. Ils n’envisagent la justice, lorsqu’elle ne va pas dans leur sens, que comme un contre-pouvoir illégitime. Selon leur modèle de démocratie plébiscitaire, les chef·fes élu·es n’ont aucun compte à rendre sur leur respect du droit, sinon à l’électorat, à supposer que celui-ci ait encore la liberté et les moyens d’éclairer ses décisions

Hostiles à l’indépendance des journalistes comme à celle des magistrats, ces réactionnaires utilisent toute résistance à leur ascension pour crier au scandale. La condamnation de Marine Le Pen rappelle ainsi à Salvini « un mauvais film que l’on observe également dans d’autres pays comme la Roumanie ».

En réalité, les deux situations sont très différentes d’un bout à l’autre de l’Europe. À Bucarest, une élection présidentielle a été annulée entre deux tours de scrutin, et Călin Georgescu, figure complotiste et complaisante envers Poutine, a été empêché de concourir à la prochaine. Les débats sont intenses, y compris parmi ceux qui admettent la gravité des faits qui lui sont reprochés, à propos de la solidité des preuves et d’un éventuel « deux poids et deux mesures » de la justice.

Une faille dans laquelle s’est engouffré le vice-président états-unien, J. D. Vance, afin de faire la leçon aux démocraties libérales. Donald Trump junior, fils de l’occupant de la Maison-Blanche, y a d’ailleurs fait référence en se scandalisant que « la France envoie Marine Le Pen en prison ». Son message a été précédé par un post halluciné d’Elon Musk, voyant dans la condamnation la main de la « gauche radicale », qui recourrait à la justice pour compenser sa faiblesse dans les urnes. 

N’en déplaise aux amis internationaux de Marine Le Pen et du RN, le contournement de la loi par la candidate et son parti a, en l’occurence, été amplement documenté. Les magistrats ont d’ailleurs pris soin de détailler leurs décisions concernant les peines prononcées, pour montrer à quel point ils traitaient ces responsables politiques comme des justiciables ni inférieurs ni supérieurs à n’importe quel citoyen. 

Justine Brabant et Fabien Escalona

Condamnation de Marine Le Pen : la droite et les Insoumis critiquent la décision

La droite et l’extrême droite ont violemment attaqué les magistrats après la peine d’inéligibilité immédiate prononcée contre la cheffe de file du Rassemblement national, tandis que La France insoumise a été la seule formation de gauche à dénoncer le principe de l’exécution provisoire.

Pauline Graulle et Ilyes Ramdani

31 mars 2025 à 20h28 https://www.mediapart.fr/journal/politique/310325/condamnation-de-marine-le-pen-la-droite-et-les-insoumis-critiquent-la-decision?utm_source=quotidienne-20250331-202755&utm_medium=email&utm_campaign=QUOTIDIENNE&utm_content=&utm_term=&xtor=EREC-83-[QUOTIDIENNE]-quotidienne-20250331-202755&M_BT=115359655566

La stratégie de communication du Rassemblement national (RN) a trouvé un large écho au sein de la classe politique après la condamnation, lundi 31 mars, de Marine Le Pen pour détournements de fonds publics. Outre les silences embarrassés, les critiques contre la décision de justice, la majorité des réactions ont validé la ligne du parti d’extrême droite, qui dénonce un « scandale démocratique »

S’il s’astreint officiellement à un silence médiatique, l’exécutif a laissé fuiter dans l’après-midi sa désapprobation à l’égard de cette décision judiciaire. L’entourage de François Bayrou, lui-même visé par une affaire d’assistants parlementaires, a fait savoir qu’il avait été « troublé par l’énoncé du jugement ».

Le premier ministre avait échangé mercredi par téléphone avec la cheffe de file du RN. En 2024, il avait déjà jugé le scénario d’une peine d’inéligibilité immédiate « dérangeant », tandis que l’actuel ministre de la justice, Gérald Darmanin, l’avait trouvé « choquant » avant de revenir au gouvernement. 

Visiblement moins « troublé » que François Bayrou, le député MoDem Erwan Balanant a défendu la décision de justice : « La démocratie, ce n’est pas que l’élection, c’est aussi l’État de droit », a-t-il expliqué. « À partir de combien dans les sondages on estime qu’on est au-dessus des lois ?, a pour sa part fait mine de s’interroger Prisca Thevenot, porte-parole du groupe Ensemble pour la République (EPR). Nous sommes des citoyens comme les autres. » 

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Marine Le Pen quitte la salle d’audience au tribunal de Paris, le 31 mars 2025.  © Photo Amaury Cornu / Hans Lucas via AFP

Du côté d’Horizons, on gardait le silence, mis à part l’ancien ministre Christophe Béchu, qui a qualifié la condamnation de Marine Le Pen de « logique, parce qu’elle vient sanctionner un détournement de fonds publics dans un système organisé », tout en déplorant que cela risque d’« amplifier la frustration chez les millions de Français ». Candidat à l’élection présidentielle, l’ancien premier ministre Édouard Philippe n’avait, quant à lui, pas réagi lundi en fin d’après-midi.

Au sein de la coalition au pouvoir, c’est la droite qui s’est fait le relais le plus sonore de ces critiques. Laurent Wauquiez, président du groupe Droite républicaine (DR) à l’Assemblée nationale, a dit tout le mal qu’il pensait d’une décision « lourde » et « exceptionnelle »« Dans une démocratie, il n’est pas sain qu’une élue soit interdite de se présenter à une élection », a expliqué l’élu de Haute-Loire, candidat à la présidence du parti Les Républicains (LR).

Tenu par son statut de ministre de l’intérieur, son concurrent Bruno Retailleau s’est – pour l’instant – abstenu de réagir, à l’unisson de ses collègues du gouvernement. Son entourage n’exclut pas qu’il finisse par le faire, à l’issue d’un déplacement à Londres où il doit assister lundi et mardi à un sommet consacré à la lutte contre l’immigration illégale. 

L’enjeu n’est pas mince au sein de LR, où l’on espère convaincre, dans l’optique de la prochaine élection présidentielle, la frange de l’électorat historique de droite séduite par Marine Le Pen. Proche de Bruno Retailleau, l’eurodéputé François-Xavier Bellamy a évoqué un « jour très sombre pour la démocratie française », qui « laissera des traces profondes ».

Comme beaucoup d’autres au sein de son camp, l’ancienne tête de liste LR aux élections européennes dresse un parallèle entre la condamnation de Marine Le Pen et celle de François Fillon, mis en cause pendant la présidentielle de 2017, puis condamné définitivement, lui aussi pour détournement de fonds publics.

« Ils nous ont fait le coup avec François Fillon, ils remettent le couvert avec Marine Le Pen, a par exemple écrit sur le réseaux social X Guilhem Carayon, vice-président de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Éric Ciotti. Ne lâchez rien, votre arme est votre bulletin de vote. »

LFI isolée à gauche

Plus inattendu, Jean-Luc Mélenchon, par ailleurs lui aussi mis en cause depuis l’ouverture d’une information judiciaire en 2018 pour manquements et irrégularités quand il était député du Parti de gauche au Parlement européen, s’est associé au concert des pourfendeurs du jugement. Se contentant de relayer le communiqué écrit par son mouvement qui « prend acte » de la condamnation mais réitère qu’il refuse « par principe » l’exécution provisoire en matière d’inéligibilité, le leader insoumis a tenu à ajouter que « la décision de destituer un élu devrait revenir au peuple »

De quoi en faire tiquer plus d’un à gauche, d’autant que la direction insoumise précise dans son communiqué que « La France insoumise n’a jamais eu comme moyen d’action d’utiliser un tribunal pour se débarrasser du Rassemblement national », dans une formule laissant penser que certains – la justice ? le gouvernement ? – seraient enclins à instrumentaliser la décision du tribunal pour empêcher le RN d’accéder au pouvoir.

Une position en forme de déclinaison de la théorie du « lawfare » qu’avait développée Jean-Luc Mélenchon au moment de son procès pour rébellion qui avait fait suite aux perquisitions qui avaient touché son organisation, un an plus tôt.

Interrogé à l’Assemblée nationale, le député insoumis Éric Coquerel s’en est quant à lui tenu à une position de « principe » « On prend acte de la décision, mais on pense que les recours devraient être épuisés. De toute façon, on ne compte pas sur la justice pour battre le RN », a déclaré le président de la commission des finances au Palais-Bourbon, soulignant néanmoins qu’il ne remettait pas en question la décision des juges.

Plusieurs députés insoumis se sont gardés de relayer la ligne promue par la direction du mouvement, à l’instar de Rodrigo Arenas, Loïc Prud’homme, Aly Diouara ou Raphaël Arnault (voir notre Boîte noire), qui n’ont pas retweeté le communiqué.

Dans le reste de la gauche, la tonalité était sensiblement différente. La députée du groupe Les Écologistes Clémentine Autain (ex-LFI) a ainsi qualifié de « saine » la décision de la justice, et a souligné que « si la Macronie, après d’autres, n’avait pas elle-même mis à mal notre État de droit, nous ne nous poserions pas la question de l’indépendance de la justice dans cette décision ».

« Les Français en ont marre des élus qui détournent de l’argent ! », a réagi son collègue François Ruffin, reprenant les mots que Marine Le Pen prononçait en 2004 à propos de l’affaire des emplois fictifs de la ville de Paris. Le député de la Somme a rappelé par ailleurs que les affaires touchaient aussi Nicolas Sarkozy, Alexis Kohler et « 26 ministres » : une « caste se sert plus qu’elle ne sert ».

« Gardien de la loi »

Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, a quant à elle vu dans la condamnation de la cheffe de file du RN « la preuve d’un système judiciaire qui fonctionne […], qu’on soit puissant ou qu’on soit faible ». Même tonalité du côté de Marine Tondelier, secrétaire nationale du parti, qui a estimé que « [la] remise en cause [de la justice] par des politiques qui prétendent aux plus hautes responsabilités est gravissime et dit beaucoup du peu de cas qu’ils font de l’État de droit ».

Au Parti communiste français (PCF), Fabien Roussel, pourtant lui-même soupçonné d’avoir occupé un emploi fictif, s’est félicité de « ce jugement [qui] doit être considéré pour ce qu’il est : le rappel de l’égalité devant la loi et la nécessaire probité des représentants »

Dans un PS en plein congrès, il aura fallu plusieurs heures et des concertations internes pour qu’enfin un communiqué commun soit publié. Un texte de trois paragraphes seulement, qui s’en tient au service minimum : « Le Parti socialiste prend acte de cette décision comme il l’aurait fait pour toute autre. Il appelle chacune et chacun à respecter l’indépendance de la justice et l’État de droit », écrit le parti.

Quelques heures plus tôt, le député socialiste Emmanuel Grégoire avait souligné que « ceux qui croient pouvoir se prévaloir, entre guillemets, d’une onction de sondage pour s’exonérer du respect de la loi se trompent » et estimé que « la dénonciation de la politisation de la justice [était] l’argument des délinquants »« On ne peut pas demander aux juges de se soumettre à la vox populi », a abondé le premier secrétaire du PS Olivier Faure lundi matin sur France 2. 

En début de soirée, sur BFMTV, François Hollande a de son côté rappelé que Marine Le Pen pouvait encore faire appel, y compris de sa condamnation à l’inéligibilité, et envoyé quelques flèches au premier ministre : « François Bayrou n’a pas à être “troublé”, [en tant que premier ministre] il est le gardien de la loi », a-t-il cinglé, jugeant que dans les circonstances actuelles, il n’était pas pour une censure ou une dissolution de l’Assemblée nationale.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

2 commentaires sur « Appel au désordre « Face à la dictature, le peuple a le devoir de se soulever », l’État de droit a été totalement violé, dictature des juges… »

    1. L’Etat de droit c’est respecter les décisions de justice. L’appel ressemble à celui de Trump lors de l’assaut au Capitole. Ce dernier a évité la prison en raison de son élection.
      La dictature c’est vous qui être en train de la créer avec votre appel.

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