Bouteilles d’eau : des chercheurs mettent à jour le monde jusque-là inconnu des nanoplastiques

Stéphanie LavaudAUTEURS ET DÉCLARATIONS 

12 janvier 2024 https://francais.medscape.com/voirarticle/3610964

France – Grâce à une nouvelle technique microscopique, des chercheurs américains mettent en évidence la présence de 100 000 molécules de nanoplastiques par litre d’eau dans les bouteilles en plastique, lesquelles peuvent, de par leur taille, pénétrer dans le sang, les cellules et le cerveau. Ces nanoparticules sont susceptibles de présenter des effets potentiellement toxiques sur la santé, ce qui n’est pas sans inquiéter. L’étude vient d’être publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences [1].

Découvrir le monde inconnu des nanoplastiques

Ces dernières années, on s’inquiète de plus en plus de la présence de minuscules particules appelées microplastiques un peu partout sur Terre, de la glace polaire au sol, en passant par l’eau potable et les aliments. Formées lorsque les plastiques se décomposent en morceaux de plus en plus petits, ces particules sont consommées par l’homme et d’autres êtres, avec des effets potentiels inconnus sur la santé et l’écosystème. Il en a été retrouvé dans différents organes ces dernières années, notamment les poumons et le foie. Il s’agissait à chaque fois de macroplastiques (voir encadré ci-dessous). En ce qui concerne l’être humain, la question de leur présence préoccupe depuis qu’une étude publiée en 2018 a montré que sur 259 bouteilles examinées issues de 9 pays différents, 93% montraient des signes de contamination [2].

L’originalité de ce travail est de s’être intéressé, grâce à une nouvelle méthode de spectrométrie plus pointue, au monde mal connu des nanoplastiques (voir encadré ci-dessous), issus de la décomposition des microplastiques. Pour la première fois, des chercheurs américains – notamment des biophysiciens et des chimistes – ont compté et identifié ces minuscules particules dans l’eau en bouteille. Ils ont constaté qu’en moyenne, un litre contenait quelque 240 000 fragments de plastique détectables, soit 10 à 100 fois plus que les estimations précédentes, qui se basaient principalement sur des tailles plus importantes.

Les microplastiques sont définis comme des fragments allant de 5 millimètres à 1 micromètre, soit 1 millionième de mètre. (Un cheveu humain mesure environ 70 micromètres). Les nanoplastiques, qui sont des particules inférieures à 1 micromètre, sont mesurés en milliardièmes de mètre.

Contrairement aux microplastiques, les nanoplastiques sont si petits qu’ils peuvent traverser les intestins et les poumons directement dans la circulation sanguine et, de là, atteindre des organes tels que le cœur et le cerveau ou encore le fœtus via le placenta.

« Auparavant, il s’agissait d’une zone obscure, inexplorée. Les études de toxicité ne faisaient que deviner ce qu’il y avait là-dedans », a déclaré Beizhan Yan, coauteur de l’étude et chimiste de l’environnement à l’Observatoire de la Terre Lamont-Doherty de l’université de Columbia dans un communiqué de l’université [3]. « Cette étude ouvre une fenêtre qui nous permet d’observer un monde auquel nous n’étions pas exposés auparavant ».

Auparavant, il s’agissait d’une zone obscure, inexplorée. Les études de toxicité ne faisaient que deviner ce qu’il y avait là-dedans 

90 % de nanoplastiques 

La nouvelle étude utilise une technique appelée microscopie à diffusion Raman* stimulée, qui a été inventée par le coauteur de l’étude, Wei Min, biophysicien à Columbia. Cette technique consiste à sonder des échantillons à l’aide de deux lasers simultanés qui sont réglés pour faire résonner des molécules spécifiques.

*La spectroscopie Raman et la microspectroscopie Raman sont des méthodes non destructives d’observation et de caractérisation de la composition moléculaire et de la structure externe d’un matériau, qui exploitent le phénomène physique selon lequel un milieu modifie légèrement la fréquence de la lumière y circulant.

Les chercheurs ont testé trois marques populaires d’eau en bouteille vendues aux États-Unis, en analysant les particules de plastique d’une taille allant jusqu’à 100 nanomètres seulement. Ils ont repéré 110 000 à 370 000 particules de plastique par litre, dont 90 % étaient des nanoplastiques – invisibles par les techniques d’imagerie classique – , le reste étant des microplastiques. Ils ont également déterminé lequel des sept plastiques spécifiques il s’agissait.

Le plus abondant est le polyamide, un type de nylon. Ironiquement, selon Beizhan Yan, cela provient probablement des filtres en plastique utilisés pour soi-disant purifier l’eau avant qu’elle ne soit mise en bouteille [2]. Puis vient le polyéthylène téréphtalate (PET), ce qui n’a rien d’étonnant, puisque c’est avec ce matériau que sont faites de nombreuses bouteilles d’eau mais également d’autres contenants alimentaires. Enfin les chercheurs ont trouvé d’autres plastiques courants, en l’occurrence du polystyrène, du chlorure de polyvinyle et du polyméthacrylate de méthyle, tous utilisés dans divers processus industriels.

Ce n’est pas la taille qui compte mais le nombre

Ce qui est plus inquiétant, c’est que les sept types de plastique recherchés par les chercheurs ne représentaient qu’environ 10 % de toutes les nanoparticules trouvées dans les échantillons et qu’ils n’ont aucune idée de ce que sont les autres. S’il s’agit de toutes les nanoparticules, leur nombre pourrait s’élever à des dizaines de millions par litre. Mais il pourrait s’agir de presque n’importe quoi, « ce qui indique la composition complexe des particules à l’intérieur d’un échantillon d’eau apparemment simple », écrivent les auteurs.

Les chercheurs vont maintenant au-delà de l’eau en bouteille. « Il existe un vaste monde de nanoplastiques à étudier », a déclaré M. Min. Il note qu’en termes de masse, les nanoplastiques sont bien moins nombreux que les microplastiques, mais « ce n’est pas la taille qui compte. Ce sont les chiffres qui comptent, car plus les choses sont petites, plus elles peuvent facilement pénétrer en nous ».

Plus les choses sont petites, plus elles peuvent facilement pénétrer en nous 

L’équipe prévoit notamment d’étudier l’eau du robinet, qui contient également des microplastiques, mais dans une proportion bien moindre que l’eau en bouteille.

L’étude a été cosignée par Xin Gao et Xiaoqi Lang du département de chimie de Columbia, Huipeng Deng et Teodora Maria Bratu de Lamont-Doherty, Qixuan Chen de l’école de santé publique Mailman de Columbia et Phoebe Stapleton de l’université Rutgers.

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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