Plus de 40 % des espèces de coraux tropicaux sont menacées d’extinction
L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) vient d’actualiser sa liste rouge des espèces menacées. En une quinzaine d’années, la situation des coraux tropicaux s’est fortement dégradée. A cause du changement climatique mais pas uniquement.

Par Claude Fouquet
Publié le 13 nov. 2024 à 12:52
Etat d’alerte pour la survie des coraux. En une quinzaine d’années, leur situation s’est fortement dégradée, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Et il devient nécessaire de « réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et prendre des mesures pour faire face aux menaces locales si nous voulons donner aux récifs coralliens une chance de survivre », avertit l’organisme qui vient d’actualiser sa liste rouge des espèces menacées.
Le constat est édifiant. En 2008, lors de la publication de la précédente liste rouge, un tiers des 892 des espèces de coraux d’eaux chaudes bâtisseurs de récifs était considéré comme menacé d’extension. En 2024, après actualisation, cette proportion atteint 44 %. Soit près de la moitié des espèces existantes dans les eaux chaudes.
Changement climatique et menaces locales
Il y a donc danger, estime l’UICN qui exhorte les négociateurs à la COP29 , qui se tient actuellement à Bakou, en Azerbaïdjan, à agir rapidement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Car « le changement climatique reste la menace principale sur les coraux bâtisseurs de récifs et est en train de dévaster les systèmes naturels dont nous dépendons », et qui se manifeste bien souvent par des épisodes de blanchissement , avertit la directrice générale de l’UICN, Grethel Aguilar. Et de souligner que les « écosystèmes sains comme les récifs coralliens sont essentiels » aux humains, « apportant nourriture, stabilisant les côtes et stockant du carbone ».
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Mais le changement climatique n’est pas le seul danger qui pèse sur ces coraux tropicaux : ils « sont également affectés par des menaces plus locales, notamment la pollution, le ruissellement agricole, les maladies et la pêche non durable », avertit l’UICN. Au point qu’il y a quelques années, l’expédition scientifique Tara Pacific avait mis en avant le fait qu’il existe « une relation relativement directe entre la densité de la population humaine sur le littoral et l’état du récif corallien. »
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Tout aussi inquiétant, peu de parties du globe y échappent : la majorité des coraux menacés se retrouvent dans la région indo-pacifique mais il s’en trouve aussi dans l’Atlantique, explique encore l’UICN. Ces coraux de l’Atlantique (un peu moins d’une centaine d’espèces) qui sont, eux aussi, « particulièrement menacées par des épisodes annuels de blanchiment sévères, la pollution et les impacts de maladies ».
L’inconnue de la situation des coraux en eau froide
Mais le plus inquiétant n’est peut-être pas encore connu. Le constat mis en avant par l’UICN ne donne en effet qu’une vue partielle de la situation puisque la liste rouge ne concerne que les coraux vivant dans des eaux chaudes. Les données manquent en effet pour les autres espèces, celles que l’on trouve dans des eaux froides et plus profondes. Dépendant moins de la lumière du soleil, elles sont essentiellement menacées que par des activités humaines telles que « le chalutage de fond, l’exploitation minière en haute mer, les forages pétroliers et gaziers ou l’installation de câbles en haute mer », avertit l’IUCN.
Sans que l’on ait, à l’heure actuelle, une véritable idée de la situation du fait notamment des difficultés techniques à étudier ces espèces situées à une plus grande profondeur. Une évaluation est en cours par l’UICN mais, sur les 4.000 espèces de coraux d’eau froides qui sont connues, seulement 22 ont été évaluées à ce jour… soit à peine 0,55 % du total.
Près de la moitié des espèces de coraux tropicaux menacés d’extinction, la hausse des températures d’origine humaines en cause
Selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), 892 des espèces de coraux constructeurs de récifs, qui vivent dans les eaux chaudes et peu profondes des tropiques, sont menacées d’extinction.

Près de la moitié des espèces de coraux constructeurs de récifs, qui vivent dans les eaux tropicales, sont menacées d’extinction, selon un rapport de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), publié mercredi 13 novembre.
La publication par l’organisme de sa liste rouge actualisée des espèces menacées intervient en pleine COP29 sur le climat à Bakou, en Azerbaïdjan, à laquelle les dirigeants de nombre des pays principaux pollueurs ont décidé de ne pas se rendre.
La hausse des températures d’origine humaine a entraîné des blanchissements massifs de récifs coralliens, menaçant des écosystèmes cruciaux pour la vie marine et les moyens de subsistance des populations qui en dépendent.
Selon l’UICN, 892 des espèces de coraux constructeurs de récifs, qui vivent dans les eaux chaudes et peu profondes des tropiques, sont menacées d’extinction. Dans la dernière évaluation, datant de 2008, un tiers de toutes les espèces confondues étaient menacées. L’UICN est toujours en train d’évaluer les risques qui pèsent sur les coraux qui vivent en eaux froides, plus profondes, qui rendent leur étude plus difficile.
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L’UICN interpelle les négociateurs de la COP29
Le blanchissement est une réaction des coraux à différentes sources de stress. Face à la chaleur, au froid, à l’acidification ou à certaines maladies qui se multiplient à cause des pollutions marines, les polypes peuvent expulser les algues avec lesquelles ils vivent en symbiose, ce qui leur fait perdre leur couleur. Si l’épisode ne dure pas trop longtemps et ne se répète pas trop souvent, ils peuvent survivre. Mais l’intensité du réchauffement climatique laisse de moins en moins de répit aux colonies, lieu de vie de 25 % de la biodiversité sous-marine.
L’UICN exhorte les négociateurs à la COP29 à agir rapidement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. « Les écosystèmes sains comme les récifs coralliens sont essentiels » aux humains, « apportant nourriture, stabilisant les côtes et stockant du carbone », a déclaré la directrice générale de l’organisme, Grethel Aguilar.
« Le changement climatique reste la menace principale sur les coraux bâtisseurs de récifs [ou “madrépores”] et est en train de dévaster les systèmes naturels dont nous dépendons », a-t-elle déclaré dans un communiqué. Les coraux sont également menacés par la pollution, les maladies, la pêche non durable.
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La plupart des madrépores se trouvent dans la région indo-pacifique, comme la grande barrière australienne, qui a subi cette année l’un des pires épisodes de blanchissement qu’elle ait jamais connus. La liste rouge actualisée de l’UICN comprend les résultats d’une étude sur les coraux constructeurs de récifs dans l’océan Atlantique, publiée mercredi dans la revue PLOS One.
Elle conclut que près d’une espèce sur trois de ce corail atlantique est en danger critique d’extinction, davantage qu’on ne le pensait précédemment. « Sans décisions adéquates de ceux qui ont le pouvoir de changer cette trajectoire, nous verrons encore davantage de perte de récifs, et la disparition progressive d’espèces de coraux dans des proportions de plus en plus grandes », a averti David Obura, spécialiste des coraux à l’UICN.
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