Le professeurs d’Histoire et Géographie de Lorraine ne sont pas les agents d’une prétendue islamophobie d’Etat

Pseudo « islamophobie d’État », Samuel Paty et Dominique Bernard oubliés : « Le Repli », le doc qui ulcère les profs 

Oublis fâcheux

Par  Marie-Estelle Pech

Publié le 11/11/2024 à 13:30 https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/pseudo-islamophobie-d-etat-samuel-paty-et-dominique-bernard-oublies-le-repli-le-doc-qui-ulcere-les-profs?at_medium=Email_marketing&at_campaign=NL_La_Quotidienne&at_format=jours_ouvres&_ope=eyJndWlkIjoiOGFhNDgzMzIwMWE0MDhlOGE1ZDc3NmFjMGI4NDRiYmMifQ%3D%3D

Marie-Estelle Pech

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Des professeurs d’histoire-géographie et le réalisateur du documentaire « Le repli », qui traite de la montée du racisme en France, s’écharpent par communiqués interposés après sa projection à Metz (Moselle). Les enseignants s’offusquent, notamment, de l’usage de la notion de « racisme d’État » et du passage sous silence de l’affaire Samuel Paty.

C’est une sortie en salles qui commence à faire polémique. Dans le documentaire Le repli, visible au cinéma depuis le 30 octobre, le réalisateur Joseph Paris se penche sur la montée du racisme en France et suit le parcours militant de Yasser Louati, porte-parole du Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF, qualifiée d’« officine islamiste » par Gérald Darmanin qui l’avait dissoute) depuis les attentats de novembre 2015. Pour mémoire, Louati avait été très vertement pris à partie par des journalistes américains de la chaîne de télévision CNN s’inquiétant du fait que la communauté musulmane française ne dénonce pas davantage les massacres perpétrés par des individus « de [ses] rangs ».

Le 31 octobre dernier, les associations MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples) et Attac organisaient un débat autour du film dans un cinéma de Metz (Moselle). Présente dans la salle, l’Association des professeurs d’histoire-géographie (APHG) de Lorraine, a depuis écrit un communiqué pour faire part de « son indignation » sur les propos tenus lors du débat par Yasser Louati.

« RELAIS MÉDIATIQUE COMPLAISANT »

Le fil rouge de ce documentaire diffusé depuis octobre dernier ? « La montée d’un racisme d’État anti-musulman dont l’origine se situerait dans les années 1980, au-delà des clivages politiques droite/gauche », notent les deux professeurs qui ont participé au débat.

L’association s’interroge sur le « relais médiatique complaisant » à propos de ce documentaire du cinéaste Joseph Paris, salué plutôt positivement par plusieurs médias, dont Télérama et l’Humanité. Ce « racisme et cette islamophobie d’État » seraient les précurseurs de la dérive sécuritaire et autoritaire d’une République sortie des gonds de l’État de droit, synthétise l’APHG évoquant le contenu du documentaire. Islamophobie « dont les différentes lois concernant la laïcité ne sont que le cache-sexe », selon la thèse du film toujours résumée par l’association.

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Après le 13 novembre 2015, Yasser Louati a souhaité s’engager pour réduire ce qu’il ressent comme une coupure entre les Français de confession musulmane et les autres. Une cause noble. Sauf que, regrettent les professeurs lorrains, le militant n’évoque jamais les manifestations après les attaques de Charlie Hebdoni les assassinats de Samuel Paty ou Dominique Bernard. Pour réduire « l’amalgame », « Yasser Louati opte plutôt pour le grossissement et l’amalgame de faits très éloignés entre eux, mais devenus intelligibles si l’on utilise cette clé de lecture qu’est l’islamophobie d’État ».

Lors d’une discussion après le film, Yasser Louati a évoqué le cas des professeurs, expliquant qu’à ses yeux, ces derniers « en se faisant les garants de cette laïcité à l’école, étaient aussi les agents de cette politique d’État discriminante dans sa manière de « mesurer les jupes des filles » ». Et les professeurs locaux de conclure : « Il est déroutant, deux semaines après l’hommage à Samuel Paty, de découvrir un documentaire déjà primé et financé par le CNC amalgamer autant de sujets de société sensibles pour en tirer une narration à la limite du complotisme, où les quelques arguments factuels sont orientés dans un sens délibérément trompeur et malhonnête. ».

LE RÉALISATEUR ÉVOQUE UN MENSONGE

Le réalisateur Joseph Paris et Yasser Louati n’ont guère apprécié ce texte. Exigeant un « droit de réponse », ils ont estimé que plusieurs affirmations du communiqué sont mensongères « lorsqu’elles tendent à dénaturer la nature de notre travail, et incidemment à tromper le public sur le contenu de notre film, voire à porter atteinte à notre dignité en injectant rien de moins comme venin que l’accusation d’une complicité de notre film avec le lâche assassinat du professeur Samuel Paty. »

Le communiqué « nous reproche de ne mentionner « nulle part » les termes exacts d’un arrêté du Conseil d’État sur le port de signes religieux dans les établissements scolaires, de sorte, semble-t-il, à porter l’insinuation que là aussi il nous prendrait en flagrant délit de citation tronquée ou inexistante ». Or, « il s’avère que cet arrêté n’est pas évoqué dans le film puisque ce qui nous intéresse dans la séquence en question est la dynamique politique et médiatique ayant conduit à l’adoption de la loi de 2004 ». Enfin, (…) « l’affirmation signée par l’APHG Lorraine selon laquelle nous serions indifférents aux victimes du terrorisme (…) relève de la plus simple abjection (…) Tout notre film se tient au côté des victimes du terrorisme, dénoncé et expliqué comme peu d’autres films l’ont fait avant nous. »

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UNE REVUE DE PRESSE UN PEU PARTICULIÈRE 

Et de préciser que ce travail réunit « les meilleurs chercheurs », a été « remarqué dans des festivals prestigieux » et remarqué positivement par TéléramaLe MondeLe Canard enchaîné, etc. Le Monde est pourtant loin d’être complètement séduit («L’esthétique de ciné-tract du réalisateur manque parfois de subtilité »), tout comme Libération (« un documentaire trop fouillis »). Tandis que Le Point et Première évoquent des relents « complotistes ».

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Tout en publiant ce droit de réponse sur son site, le bureau de l’APHG Lorraine a tenu à rappeler que les professeurs d’histoire-géographie, fonctionnaires de l’État républicain, « vivent l’enseignement de la laïcité comme un enseignement de la tolérance et de la liberté, et non comme un outil d’une prétendue islamophobie d’État dont ils seraient les agents ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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