De Adèle Daumas
Lundi 19 août 2024 à 12:04 https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/nord-isere-le-cabinet-medical-de-septeme-va-fermer-des-milliers-de-patients-sans-medecin-2405235
L’unique cabinet médical de Septème (Isère), commune de 2000 habitants près de Vienne, ferme ses portes le 30 septembre prochain. Il laisse provisoirement les habitants sans offre médicale de proximité, malgré les tentatives de la pharmacie et de la mairie de trouver des solutions.


Des milliers de patients seront bientôt sans médecin traitant à Septème (Isère), près de Vienne, et dans les alentours. Le cabinet médical, qui existait depuis 35 dans la commune, va fermer ses portes le 30 septembre prochain.ⓘ
Des patients sans médecin
Les deux médecins historiques expliquent qu’ils ne peuvent plus assumer les charges de ce cabinet, dont l’entretien est devenu trop cher pour eux. Ce dernier a en effet accueilli jusqu’à sept médecins généralistes, qui l’ont quitté les uns après les autres pour des raisons variées ces trois dernières années.
Lucien et sa femme Marie-Antoinette habitent à 800 mètres du cabinet médical, ils étaient suivis ici depuis son ouverture. Le couple a trouvé un autre médecin traitant mais « ça fait du changement, ça va faire plus loin« , regrette Lucien, avant de préciser que « ça a été dur de trouver quelqu’un« .
La pharmacie du village craint pour son avenir
Sauf qu’avec la fermeture du cabinet, la pharmacie aussi est menacée. « C’est une crainte de voir la fréquentation diminuer« , dit Sylvain Bérux, co-gérant de la pharmacie. Pour éviter de voir ce scénario se réaliser, il envisage de mettre en place une cabine de téléconsultation.
« Cette cabine ne sera jamais aussi efficace qu’un cabinet médical mais ça permettra de pallier quand même cette carence. C’est une solution de secours, on va dire. La seule pour l’instant qu’on ait trouvée en attendant l’arrivée de futurs médecins, ce qu’on espère », explique-t-il.
Vers une maison pluriprofessionnelle de santé ?
Les habitants ont fait appel au maire de Septème, Alain Clerc, pour trouver une solution qui permette aux médecins de rester. « Ils n’ont pas compris, ils nous ont demandé d’intervenir financièrement« , raconte-t-il, et « voulaient que l’on paye les secrétaires« . « Mais on n’a pas les moyens de le faire« , d’autant plus que « d’autres commerces et artisans peuvent être aussi en difficulté« , pointe le maire.
Alain Clerc travaille à une solution alternative. Il souhaite ouvrir une maison de santé pluriprofessionnelle qui regrouperait des spécialistes et deux médecins généralistes. « Les gens comprennent et seraient prêts à nous soutenir« , assure-t-il. Il ne manque plus qu’à trouver des médecins volontaires…
- Adèle DaumasFrance Bleu
Commentaire:
Santé: L’agonie des soins primaires s’accélère !
Frederic Bizard Professeur d’économie chez ESCP Europe | MBA de l’INSEAD
20 août 2024
La fermeture du cabinet médical d’un village de 2000 habitants en Isère (Septème) est révélatrice de la pénurie de l’offre générée par la politique de santé. La raison évoquée ici : « on ne peut plus payer nos factures »
A traduire par : la collectivité n’assure plus la viabilité économique des soins primaires en France.
A qui la faute ?
Elle est collective mais ceux qui détiennent le plus de pouvoir de décision ont forcément le plus de responsabilité.
La CNAM : La politique comptable et court termiste, délaissant la santé publique et la réflexion médico-économique, menée par la CNAM a une lourde responsabilité.
La politique de rabot comptable détruit toute perspective d’avenir dans les soins primaires , entre autres.
Rien n’a changé en 2024, comme évoqué dans un précédent post.
L’État et le Politique : en laissant faire cette régulation comptable et en procrastinant la refondation du système de santé, ils ont une responsabilité indéniable.
Les soignants : la CNAM ne signe pas seule les conventions régissant l’organisation des soins, même si elle a tendance à biaiser les négociations, notamment par une opacité du process et la diffusion parcellaire des données.
Par exemple, la convention 2024 en médecine générale prévoit une remise à niveau en euros réels (en tenant compte de l’inflation 2017-2023) à 30€ fin 2024 et aucune revalorisation jusqu’en 2028.
Cette situation condamne la médecine générale libérale sur la période. Ce type de fermeture de cabinets va se multiplier dans les mois à venir.
Economistes, sociologues, citoyens : trop de passivité face à un déclin progressif du système au cours du temps…
Le salariat en secours ?
Certains acteurs font porter la situation sur le mode d’exercice libéral et vous explique qu’il suffit de salarier les médecins dans des centres de santé publics.
Cette approche purement idéologique n’a aucun sens économique, la fermeture en Isère le montre (la collectivité refusant de subventionner). SI les ressources sont insuffisantes pour viabiliser une activité privée, elles le seront aussi (encore plus) pour une activité publique. Ce n’est pas en subventionnant des centres au démarrage que l’activité devient viable dans la durée.
La paupérisation des soins primaires, faute politique majeure dans la santé du XXIème siècle conduit à la désertification médicale, publique et privée. Elle pèse sur l’hôpital, nourrissant un cercle vicieux mortifère.
Nord-Isère : face aux déserts médicaux, le conseil départemental embauche un médecin généraliste à Morestel
Mardi 4 juin 2024 à 4:00
Pour lutter contre les déserts médicaux, le Département de l’Isère a décidé d’embaucher des médecins généralistes. Laura Roset est en train de s’installer au centre médico-social de Morestel, en Nord-Isère. Le conseil départemental aimerait recruter un second médecin pour l’épauler.

Dans les rues de Morestel, en Nord-Isère, les habitants soupirent quand on leur demande s’ils arrivent à avoir facilement un rendez-vous chez un médecin généraliste. « Je n’y vais plus… on manque de médecin, vraiment » regrette une vieille dame. La seule façon de trouver un médecin, c’est de faire de la route. Mohand va jusqu’à Bourgoin-Jallieu. « Ça fait 25km pour y aller, aller-retour, 50 ! On aimerait bien un médecin généraliste ici, des spécialistes… en attendant c’est la galère. »ⓘ
Ce secteur fait en effet partie de ceux identifiés par le conseil départemental comme un « territoire très, très marqué par le manque de médecins » explique Annie Pourtier, vice-présidente du Département en charge de la Santé, et donc identifié comme « prioritaire, avec Morestel et Les Avenières-Veyrins-Thuellin ».
Un renfort très attendu
Si une quarantaine de médecins sont déjà employés par le conseil départemental pour assurer des missions spécifiques (dans les Centre de protection maternelle et infantile par exemple), c’est la première fois qu’il en recrute un pour ouvrir un cabinet de médecine générale. Sur la commune des Avenières-Veyrins-Thuellin, « c’est un bassin d’un peu plus de 10.000 habitants avec deux médecins qui, malheureusement ne peuvent pas absorber l’ensemble des patients qui sont sans médecin traitant » détaille l’élue.
L’arrivée d’une médecin salariée du Département est « une réponse complémentaire à l’offre de soins, qui va venir compléter l’action des médecins généralistes » estime Annie Pourtier.
Recruter un second médecin pour ce cabinet
Le docteur Laura Roset s’attend à recevoir beaucoup de monde dès l’ouverture du cabinet, installé dans le centre médico-social de Morestel. « Mon arrivée, je sais, est très attendue. Malheureusement, je reste seule médecin pour l’instant donc on va quand même vite être saturé et malheureusement, je serai vite débordée comme tous les autres médecins de la région. »
Le conseil départemental cherche un deuxième médecin pour l’épauler. Le statut de médecin salarié est un argument qui peut convaincre estime Laura Roset. « C’est assez attirant pour un médecin généraliste de ne pas être rémunéré à l’acte, d’être dégagé un peu de la pression de la rentabilité, de pouvoir avoir plus de temps avec un patient si on en a besoin. Si j’ai besoin de voir un patient pendant une heure, je sais que ma consultation à 26€50 ne sera pas un frein pour moi. »
Autre avantage : travailler avec des horaires fixes. Les consultations auront lieu les mardis, jeudis et vendredis, d’ici le mois de juillet espère Laura Roset. Il reste encore quelques démarches administratives à assurer avant de pouvoir ouvrir le cabinet.
Noémie PhilippotFrance Bleu