Perte de la biodiversité: pour le déclin des vertébrés, le point de bascule est proche

L’effondrement de la biodiversité proche d’un point de bascule, selon le WWF

En amont de la COP lo à Cali, le WWF s’inquiète du déclin continuel des vertébrés sauvages et de leurs milieux. Les derniers reculs politiques en Europe et le manque d’ambition à l’international ne sont pas de nature à le rassurer.

Biodiversité  |  le 10 Octobre 2025 à 00h01  https://www.actu-environnement.com/ae/news/wwf-effondrement-biodiversite-cop16-rapport-planete-vivante-44842.php4#xtor=EPR-50

|  F. Gouty

L'effondrement de la biodiversité proche d'un point de bascule, selon le WWF

© Andrew RoseLes populations de grèbe huppée ont chuté de 91 % en France, depuis 2001.

Les années passent, les rapports continuent de tomber et, malheureusement, de se ressembler. « Alors qu’il est plus qu’urgent de transformer en profondeur notre modèle de production et de consommation, on assiste, incrédules, au détricotage des avancées obtenues en Europe et en France », déplore Véronique Andrieux, directrice générale du bureau français du Fonds mondial pour la nature (WWF), dans son nouveau rapport « Planète vivante » (1) . Publié le 10 octobre, à quelques jours de la COP 16 sur la biodiversité à Cali, en Colombie, le document réévalue encore davantage à la baisse la perte d’abondance de la vie sauvage depuis les années 1970.

Un déclin qui ne cesse de se confirmer

Entre 1970 et 2020, la taille moyenne des populations de vertébrés sauvages (représentant 4 % de tous les grands vertébrés, le reste étant partagé entre l’humanité et le bétail) s’est réduite de 73 %. Une baisse qui ne cesse de s’accroître, tous les deux ans à chaque rapport du WWF : 69 % en 201868 % en 2016 et 60 % en 2014. Et ce, alors même que le nombre de populations sauvages considérées et la quantité de données d’observation et de recensement correspondantes s’agrandissent. Depuis le précédent rapport, les services du WWF et de la Société zoologique de Londres (ZSL), qui collaborent au calcul de l’indice planète vivante (IPV) depuis 1998, ont ajouté plus de 7 000 nouvelles populations sauvages au corpus, totalisant environ 34 800 populations et couvrant 5 495 espèces différentes (265 de plus). À noter que cet indicateur ne suit pas le nombre d’extinctions d’espèces mais l’abondance d’espèces existantes, soit la perte d’individus qui les composent. En 2019, les chercheurs de la Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (Ipbes) estimaient qu’au moins 680 espèces de vertébrés avaient disparu depuis le début de la révolution industrielle.“ Les zones humides comptent parmi les milieux qui vont le plus mal, qui régressent le plus ou sont le plus dégradés ”Yann Laurans, WWF France

Il y a évidemment des disparités entre les groupes et les régions du monde. En cinquante ans, les populations des espèces dulcicoles ont décliné de 85 % (contre 83 % en 2018). Malheureusement, rien d’étonnant pour Yann Laurans, directeur des programmes du WWF France. « Les zones humides comptent parmi les milieux qui vont le plus mal, qui régressent le plus ou sont le plus dégradés », rappelle-t-il en écho au récent rapport « Rivière vivante ». Celui-ci estimait à 0,4 % la diminution des populations d’espèces françaises d’oiseaux et de poissons d’eau douce depuis 2001. Ce chiffre, certes restreint aux cours d’eau et zones humides françaises et sur une échelle de temps moins longue que pour l’indice planète vivante, cache néanmoins la déliquescence des populations de grèbe huppée (- 91 %) ou de truite des rivières (-94 %). Sur le plan géographique, le déclin de la vie sauvage semble moins important dans les pays du Nord (entre – 35 % et – 39 % en Amérique du Nord et en Eurasie) que dans les pays du Sud (jusqu’à – 95 % en Amérique du Sud). Mais selon Yann Laurans, les politiques de protection ou de restauration entreprises par les premiers ne l’expliquent que marginalement. « Dans l’hémisphère Nord, le plus gros de l’effondrement de la biodiversité est intervenu bien avant 1970 ; tandis que dans les pays du Sud, le phénomène s’avère concomitant aux effets de la mondialisation accélérée dans les années 1980 et, donc, plus tardif. »

Point de bascule, le risque de l’inaction

Règlement sur la restauration de la nature adopté seulement de justesse, celui sur la déforestation importée reporté d’un an, rétropédalage potentiel sur l’objectif français de « zéro artificialisation nette » en 2050, nouvelles coupes budgétaires en perspective sur les subventions françaises envers l’écologie : rien, sur le plan européen comme français, n’est de nature à rassurer le WWF France sur une inversion possible du déclin chiffré. Même sentiment sur le plan international. Le 30 septembre, la maison-mère du WWF a présenté son évaluation des derniers plans nationaux d’action et stratégies pour la biodiversité (NBSAP), que chaque pays signataire de la Convention-cadre des Nations unies sur la diversité biologique (CBD) doit soumettre avant la COP 16. Résultat, sur les 196 États concernés, seuls vingt (dont la France) ont soumis leurs NBSAP et soixante autres se sont contentés de mettre à jour leurs objectifs chiffrés. « Un certain nombre des NBSAP publiés ne s’appuient pas sur des indicateurs clairs et cohérents, sans quoi les pays ne pourront être tenus responsables de la bonne mise en œuvre de ces plans, regrette le bureau international du WWF. Or, ce fut précisément la raison de l’échec des objectifs d’Aichi[conclus au Japon en 2010, depuis remplacés par le Cadre mondial convenu à Montréal en 2022, NDLR]. »

Ce qui coince, selon Véronique Andrieux, « c’est que les gouvernements ne se soucient pas assez de ce qu’on perd » avec de tels réticences, retards ou reculs politiques. Sur la déforestation importée par exemple, « la communauté scientifique est d’accord pour considérer qu’au-delà d’une perte de 25 % de sa surface, la forêt amazonienne fera basculer la région dans un autre régime climatique », souligne son collègue Yann Laurans. À l’heure actuelle, l’évapotranspiration et l’humidité de sa biomasse forestière contribuent largement aux fortes pluies tropicales en une sorte de boucle de rétroaction positive. Réduire drastiquement cette biomasse risque d’accentuer la transformation de ce milieu en savane, diminuant l’humidité et les précipitations évoquées et accentuant les sécheresses réduisant naturellement la surface forestière. « La même chose est vraie des zones humides qui, du fait de l’artificialisation pour l’étalement urbain ou de l’utilisation agricole des terres, ne pourront plus retenir les fortes précipitations et conduiront à renforcer les inondations », abonde Véronique Andrieux. Le tout en amenant encore toujours plus de populations sauvages à décliner et d’espèces à disparaître dans leur sillage.1. Télécharger le rapport
https://www.actu-environnement.com/media/pdf/news-44842-wwf-rapport-planete-vivante-2024.pdf

Selon une étude, nous assistons à la septième extinction de masse de la biodiversité sur Terre, et non la sixième

Biodiversité

https://www.geo.fr/environnement/selon-une-etude-nous-assistons-a-la-septieme-extinction-de-masse-de-la-biodiversie-sur-terre-et-non-la-sixieme-212625

Diorama d’artiste représentant la faune d’Édiacara, exposé à la Smithsonian Institution (Etats-Unis). © Ryan Somma /Flickr

L’Homme et ses activités ont une incidence désastreuse sur les espèces animales et végétales qui peuplent la Terre, provoquant leur disparition à un rythme jamais atteint au cours de l’Histoire. D’après une étude, la crise actuelle aurait d’ailleurs été précédée par six grandes extinctions de masses, et non cinq. Et la toute première aurait eu lieu il y a près de 550 millions d’années. Explications.

NASTASIA MICHAELS Publié le 15/02/2023 à 14h35 – Mis à jour le 04/10/2023 https://www.geo.fr/environnement/selon-une-etude-nous-assistons-a-la-septieme-extinction-de-masse-de-la-biodiversie-sur-terre-et-non-la-sixieme-212625

Les scientifiques l’appellent la « faune d’Ediacara », du nom de collines au sud de l’Australie où elle a été découverte à partir de 1946. Il s’agit de fossiles d’animaux visibles à l’oeil nu et vieux de 550 millions d’années, formant une exceptionnelle biodiversité. Il faut imaginer la scène qui s’est « imprimée » dans les sédiments : d’étranges « pétalonamides » au corps en forme de plumes côtoyaient les Kimberella, semblables aux limaces actuelles, alors que flottaient déjà les ancêtres des méduses (Cnidaires).

Mais lorsque l’on compare cette riche faune d’Ediacara au « registre fossile » (ensemble des fossiles connus) daté de seulement 10 millions d’années plus tard, le tableau change du tout au tout : 80 % des espèces ne sont pas retrouvées. Qu’a-t-il pu se passer entretemps ?

Le risque d’extinction de l’humanité serait sous-estimé, d’après une étude sur le réchauffement climatique

Plusieurs hypothèses ont été envisagées. Par exemple, les trilobites – des arthropodes marins au corps recouvert d’une « armure » – auraient pu entrer en compétition avec les autres espèces jusqu’à pousser ces dernières à l’extinction. Ou alors, les conditions propices à la formation de fossiles – température et pression permettant de préserver jusqu’à nos jours les coquilles et d’autres restes d’animaux morts – ont temporairement cessé d’être réunies, ce qui aurait pu donner l’illusion que la faune avait disparu.

La toute première extinction de masse de l’histoire de la Terre ?

Autre possibilité : une extinction de masse aurait sévi sur l’ensemble de la planète. Une hypothèse qui vient de recevoir un sérieux « coup de pouce », si l’on peut dire, avec une nouvelle étude publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences (11/2022). D’après ses auteurs, la toute première crise d’extinction de masse de l’histoire terrestre aurait eu lieu il y a 550 millions d’années (Ma). Actuellement, les cinq crises majeures de la biodiversité universellement reconnues sont les suivantes :

  • La crise de l’Ordovicien-Silurien (-440 Ma)
  • La crise du Dévonien (-365 Ma)
  • La crise du Permien-Trias ou « grande extinction » (-250 Ma)
  • La crise du Trias-Jurassique (-210 Ma) ;
  • La crise du Crétacé (-66 Ma) qui a vu notamment l’extinction de tous les dinosaures (hormis les ancêtres des oiseaux).

L’équipe, menée par l’Américain Scott Evans, chercheur en post-doctorat à l’Institut polytechnique et université d’État de Virginie (Virginia Tech), a compilé une base de données de fossiles datés de 550 millions d’années et déjà décrits dans la littérature scientifique, avant de trier chaque spécimen en fonction de différents facteurs (lieu, taille, mode d’alimentation, etc.). Au total, 70 genres d’animaux ont été recensés, dont seulement 14 étaient encore retrouvés une dizaine de millions d’années plus tard.

Dans leur analyse, les auteurs n’ont pas remarqué de changements significatifs concernant les conditions nécessaires à la préservation des fossiles, ni même de différences dans les modes d’alimentation entre les genres « disparus » et les « survivants » – mettant ainsi à mal les deux autres hypothèses évoquées plus haut.

En revanche, les chercheurs ont mis en évidence une tendance marquante. « Nous avons examiné le modèle de sélectivité – quels (organismes) ont disparu, lesquels ont survécu et lesquels ont prospéré par la suite« , explique le Pr Shuhai Xiao, géobiologiste à Virginia Tech et co-auteur de l’étude, cité par LiveScience. « Il s’avère que les organismes qui ne pouvaient pas faire face à de faibles niveaux d’oxygène ont été sélectivement éliminés.« 

Survivre à la baisse du taux d’oxygène

Ainsi, l’ensemble des êtres vivants qui ont survécu avaient tous un point commun : leur corps se caractérisait par un rapport surface/volume élevé – une caractéristique dont on sait qu’elle aide les animaux à résister à des conditions de faible teneur en oxygène. Cette observation, associée à des preuves géochimiques d’une diminution de l’oxygène il y a 550 millions d’années, suggère que « l’Édiacarien » (période géologique associée à la faune d’Ediacara) a pu s’achever avec une extinction de masse provoquée par une faible disponibilité de l’oxygène dans l’océan.

⋙ Les gaz à effet de serre laissent craindre une extinction de masse dans les océans

Néanmoins, l’étude ne conclut pas quant à la cause de cette chute du taux d’oxygène. L’auteur principal évoque auprès de LiveScience la piste des éruptions volcaniques, celle de mouvements au niveau des plaques tectoniques, ou encore, d’éventuels impacts d’astéroïdes. Sans exclure une explication moins « spectaculaire », telle qu’une modification des quantités de nutriments dans les océans – ce qui se rapprocherait, toutes proportions gardées, d’un phénomène observé de nos jours.

En effet, l’agriculture à base d’engrais synthétiques et le déversement des eaux usées relâchent d’importantes quantités de nutriments – en particulier du phosphore et de l’azote – dans les écosystèmes marins et fluviaux. Ces rejets engendrent une prolifération des algues, qui étouffent les milieux en consommant tout l’oxygène disponible, créant ce que les scientifiques appellent des « zones mortes ». « Cette étude nous aide à comprendre (quelles peuvent être) les répercussions écologiques et géologiques à long terme des épisodes de carence en oxygène« , commente le Pr Xiao.

Destruction des habitats naturels et réchauffement climatique

Mais la pollution n’est pas la seule cause de la crise actuelle, qualifiée de « sixième extinction de masse » par certains chercheurs – et qu’il faudra donc peut-être désormais qualifier de « septième extinction de masse », si les résultats de l’équipe américaine venaient à être confirmés. De nos jours, les principaux facteurs de déclin de la biodiversité ne sont autres que la destruction des habitats naturels (au profit des villes, des pâturages pour le bétail et des champs agricoles), suivie de près par la surexploitation des ressources naturelles et par le braconnage.

⋙ Près de 70 % des effectifs d’animaux sauvages ont disparu depuis 1970, selon le WWF

Le réchauffement climatique – engendré par les gaz à effet de serre émis principalement par l’usage humain de l’énergie fossile – est appelé à devenir une cause majeure d’extinction des espèces animales et végétales, selon le WWF, dont l’Indice Planète Vivante (IPV) a mis en évidence une perte de 69 % des populations (en effectif et non en nombre d’espèces) de vertébrés sauvages – poissons, oiseaux, mammifères, amphibiens et reptiles – entre 1970 et 2018 (WWF, 2022).

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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