Ce n’est pas 2 Canadairs qu’il fallait commander mais 20 !

EN IMAGES. Nos Canadairs sont de vieux coucous : deux nouveaux appareils commandés, des avions en construction qu’il faudra attendre

Lutte contre l'incendie en Gironde de 2022

Lutte contre l’incendie en Gironde de 2022 • © FABRICE BALSAMO / Ministère de l’Intérieur

Écrit par Nathalie Deumier

Publié le 16/08/2024 à 07h00 https://france3-regions.francetvinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/en-images-nos-canadairs-sont-de-vieux-coucous-deux-nouveaux-appareils-commandes-des-avions-en-construction-qu-il-faudra-attendre-3017555.html?utm_medium=Social&utm_source=Facebook&fbclid=IwZXh0bgNhZW0CMTEAAR3tLjcjOvrpFe-HjhULN1xyybclKIUduNohMqmIcPfg0hStTejS_jylP4E_aem_vsQ4Nwu_ojT7K6zDlWZcsg&ai=#Echobox=1723790416-12

La France possède 12 Canadair, 12 vieux avions qui exigent entretien et réparations. Deux nouveaux appareils de la nouvelle génération vont donc rejoindre la flotte. La commande est officielle depuis le 12 août.

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Devenus incontournables pour lutter contre les incendies, les Canadair sont des avions amphibies capables d’écoper puis de noyer les flammes. Pendant leurs vols, ils sont placés dans des conditions extrêmes, ils larguent très bas, font des virages serrés, en bref, ils sont malmenés.

La flotte française n’est plus jeune du tout. Vingt ans pour les plus jeunes, trente ans pour les plus âgés. La France a donc commandé deux nouveaux appareils au Canada. Gérald Darmanin, ministre démissionnaire de l’Intérieur et des Outre-mer a signé ce contrat le lundi 12 août, à l’hôtel Beauveau, à Paris. « Merci à l’Europe qui finance désormais 100% des achats de la flotte aérienne de lutte contre les feux, notamment les Canadairs« , réagissait le ministre sur X ( ex-Twitter). 

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Une seule entreprise construit cet avion, l’avionneur de Havilland Canada. Six pays européens passent commande : la Grèce, la France, l’Italie, la Croatie, l’Espagne et le Portugal. Vingt-deux bombardiers d’eau au total, tous financés par l’Union Européenne.

Coût d’un seul appareil : 60 millions d’euros, le prix du Canadair DHC-515, nouvelle version du bombardier, sans aucun équivalent au monde.

Canadair en opération d'écopage au Portugal

Canadair en opération d’écopage au Portugal • © JOSE ROCHA / Ministère de l’Intérieur

« Les avions ne seront pas disponibles immédiatement, il faut les construire. La date de réception est fixée entre 2028 et 2030 », explique Delphine Graye-Dumas, cheffe du groupement des moyens aériens de la Sécurité Civile, « Ces deux nouveaux appareils s’ajouteraient au douze déjà présents. » En attendant, à Nîmes, la flotte de la Sécurité Civile travaille avec des bombardiers d’eau en petite forme.

Une flotte de papis

Les avions sont tellement vieux que certains portent une seule pièce d’origine : leur plaque d’immatriculation. Les pièces de rechange d’occasion sont presque introuvables. Toute l’année, elles sont recherchées à travers le monde pour effectuer les réparations. Un avion peut donc se retrouver sol pendant plusieurs jours avant d’être réparé.

« Notre rôle, c’est de mettre à disposition des avions qui volent, avec le personnel » résume Delphine Graye-Dumas.« Nous préparons les avions l’hiver, les pilotes s’entraînent. Nous pouvons aussi entretenir un Canadair la nuit car il ne peut intervenir que le jour. La disponibilité des avions n’est jamais régulière, ça change au cours d’une même journée. »

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Ce lundi 12 août, autour de 15h45, un feu est déclaré à Besse-sur-Issole, dans le Var. Plus de 170 pompiers sont mobilisés, quatre Canadair, deux Dash et trois hélicoptères bombardiers d’eau. À 18h30, 66 largages ont été effectués, l’intensité du feu baisse, quatre hectares ont été parcourus. L’attaque massive des moyens aériens démontre son efficacité.

Les pilotes dénoncent la mauvaise maintenance des appareils

Lorsqu’ils arrivent au travail, ils ne s’assoient pas devant un bureau mais montent dans un avion. Alors ils préféreraient s’y sentir en sécurité. Selon les pilotes de la Sécurité Civile basée à Nîmes, ça n’est pas le cas. « Nous avons exercé notre droit de retrait début juin, pendant 24 heures. Et la semaine dernière, un pilote a exercé son droit de retrait durant 48 heures à cause d’une visibilité très faible, un système de largage défectueux, un autre avion dérouté, plusieurs pannes », décrit le pilote Benoît Quennepoix, secrétaire du syndicat du personnel navigant de l’aéronautique civile, « certains pilotes sont résignés, d’autres démotivés. »

Le canadair s'apprête à "charger" ou "écopper" l'eau

Le canadair s’apprête à « charger » ou « écopper » l’eau • © BASTIEN GUERCHE

Toujours selon Benoît Quennepoix, les pannes sont récurrentes et l’état des Canadairs s’aggrave d’année en année : « Nous larguons à 50 mètres de hauteur. Si le système de largage est défectueux, avec le poids de l’eau, on ne peut pas forcément sortir du relief (passer au-dessus d’une colline par exemple).« 

Des soucis de maintenance ?

Sabena Technics est l’entreprise qui entretient la flotte de la Sécurité Civile. Elle est critiquée par les pilotes. « Beaucoup de bons techniciens sont partis », regrette Benoît Quennepoix, « nos avions ont la même panne huit fois de suite, tout est fait à la va-vite, sans régler le problème de fond. »

L’entreprise Sabena Technics traverse des problèmes sociaux. Une grève fin mai, un manque d’effectifs, le personnel refuse de s’exprimer jusqu’à la fin de la « saison feux », fixée au 15 septembre. Nous n’avons pas réussi à joindre la direction.

Le marché entre la Sécurité civile et Sabena Technics court jusqu’en 2027, « ensuite, on souhaiterait changer d’entreprise, avec la reprise des salariés actuels, voir notre outil qui était performant se dégrader, ça fait mal au cœur », regrette Benoît Quennepoix, « À cause de ces problèmes techniques, l’État loue très cher des moyens privés, pour 20 millions par an. »

Un été calme mais de plus en plus sec

La saison des feux n’est pas terminée. La cheffe du groupement des moyens aériens de la Sécurité Civile, Delphine Graye-Dumas, nous dit que le plus grand risque a commencé autour du 10 août. « Pour l’évaluer, il existe la règle des trois 30 : plus de 30 km/heure de vent, moins de 30% d’humidité dans la végétation, et plus de 30 degrés de température. » 

La France est pionnière dans la tactique du guet aérien. « Comme les pompiers en veille dans les massifs, les avions Dash survolent certains secteurs. Ils sont chargés de produit retardant, prêts à larguer au moindre départ de feu, en attendant les Canadair. »

Moins joli qu'un canadair ? Le Dash largue du retardant rouge

Moins joli qu’un canadair ? Le Dash largue du retardant rouge• © ROLLAND QUADRINI / MAXPPP

Les Canadair, stars parmi les stars de l’aviation, arrivent en noria, écopent, frôlent, larguent, volent si bas que leur ballet est spectaculaire. Mais ils ne sont pas seuls dans la flotte. Huit Dash volent plus vite qu’eux pour larguer leur produit retardant, trois Beechcraft sont équipés d’une caméra extrêmement puissante permettant de voir à travers les fumées, les hélicoptères bombardiers d’eau interviennent là où le Canadair ne peut accéder.

La Terre se réchauffe, dans quelques années, le territoire d’intervention s’étendra probablement bien au-delà du sud. 

Un avion Rafale = 9 avions Canadair

Les inquiétudes persistent sur l’état des Canadair, entre vieillissement des appareils et tension sur la maintenance

Malgré les engagements du président de la République, Emmanuel Macron, le renouvellement de la flotte aérienne de lutte contre les feux de forêt ne pourra pas intervenir avant plusieurs années. 

Par Aline Leclerc

Publié le 05 août 2024 à 04h00, modifié le 05 août 2024 à 11h20 https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/08/05/vieillissement-des-appareils-tension-sur-la-maintenance-les-inquietudes-persistent-sur-l-etat-des-canadair_6267728_3234.html

Temps de Lecture 4 min.

Un avion Canadair largue de l’eau sur un feu de forêt déclenché au niveau du village de La Couronne (Bouches-du-Rhône), le 5 août 2020.
Un avion Canadair largue de l’eau sur un feu de forêt déclenché au niveau du village de La Couronne (Bouches-du-Rhône), le 5 août 2020.  XAVIER LEOTY / AFP

Eté 2022. Près de 72 000 hectares sont ravagés par des incendies en France, dans cinquante départements. Une situation inédite, qui révèle les limites de la flotte de la sécurité civile française, contrainte de solliciter les renforts de la force européenne RescEU.

Tirant les leçons de « cet été exceptionnel » qui ne « le sera peut-être pas tant » à l’avenir, en raison du changement climatique, Emmanuel Macron promet, en octobre 2022, le remplacement des douze Canadair français d’ici à 2027, et même l’achat de quatre de plus dans le cadre d’un plan global de « réarmement aérien d’urgence » contre les feux de forêt de 250 millions d’euros. « Il y a eu des avancées significatives depuis, mais ces déclarations étaient aventureuses »,déplore aujourd’hui le sénateur (Les Républicains) de la Sarthe Jean-Pierre Vogel, auteur d’un rapport d’information du Sénat, en juillet 2023.

Car faute de commandes, les chaînes de fabrication du Canadair n’existent tout simplement plus. Fâcheux manque d’anticipation des Etats. Il aura ainsi fallu près de deux ans pour qu’aboutissent les discussions entre la société de Havilland, l’Union européenne (UE) et six Etats membres, dont la France, pour une relance de la production. L’accord, annoncé le 22 juillet, prévoit l’acquisition par l’UE de douze Canadair, dont deux pour l’Hexagone. Leur livraison est annoncée pour 2028.

Lire aussi |  Canadair va vendre douze bombardiers d’eau à l’Europe

La direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC) précise qu’« une option a été posée pour l’acquisition de deux autres en 2025 ». « Le temps de recréer la chaîne de fabrication, si on a deux appareils avant 2030, ce sera le maximum », estime M. Vogel.

« La maintenance prend plus de temps »

« Comment faire face d’ici là ? », s’inquiétaient de concert le syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile (SNPNAC) et le collectif CGT des services d’incendie et de secours (SDIS), dans un communiqué publié le 25 juillet, soulignant la fragilité de la flotte au début de la « saison feux » (du 15 juin au 30 septembre).

En plus des douze Canadair, la sécurité civile dispose de huit Dash, ces aéronefs qui larguent du produit retardant, et de trois Beechcraft, pour la coordination des opérations. Venus remplacer les Tracker, remisés de façon anticipée en 2020 à la suite de graves problèmes de corrosion, six des huit Dash ont été renouvelés depuis 2018 ; tandis que les Canadair ont 25 ans en moyenne, le plus récent ayant été livré en 2007.

Plus les avions sont vieux, plus ils nécessitent de maintenance. Or, le 29 mai, des salariés de Sabena Technics à Saint-Gilles (Gard), unique entreprise chargée du maintien des avions en condition opérationnelle (MCO, entièrement externalisé), se sont mis en grève. Contactés, ni Sabena Technics ni la déléguée UNSA n’ont souhaité répondre au Monde.Selon le média Objectif Gardla baisse d’une prime de pénibilité durant cette saison exigeante serait en cause, dans un contexte de dégradation des conditions de travail motivant de nombreux départs.

« Ils font face à une hémorragie de techniciens qualifiés, ce qui pèse sur ceux qui restent et fait que la maintenance prend plus de temps, sans compter la difficulté de trouver des pièces de rechange pour ces vieux modèles », détaille Benoît Quennepoix, secrétaire général du SNPNAC sécurité civile.

La flotte d’hélicoptères aussi en difficulté

Fin juillet 2022, dans un référé, la Cour des comptes relevait déjà « des tensions fréquentes » entre la DGSCGC et le prestataire du MCO « au sujet de la qualité du service ». « Résultat, début juin, on s’est retrouvé avec entre zéro et deux Canadair disponibles, même plus assez pour former les commandants de bord. En dix-neuf saisons, j’ai exercé mon droit de retrait pour la première fois », explique Benoît Quennepoix.

« La situation était catastrophique, renchérit Laurent Guilloteau, du collectif CGT des SDIS. Heureusement que nous avons eu très peu de départs de feux. Face à un été comme 2022, notre capacité d’action aurait été gravement impactée. » La stratégie étant d’attaquer les feux naissants, il faut des appareils disponibles immédiatement.

Lire aussi |    La stratégie française de lutte contre les incendies coûteuse mais efficace

La DGSCGC n’a pas répondu au Monde sur l’état de la flotte au jeudi 1er août. Mais confirme que cette question « fait l’objet de son attention quotidienne ». Selon M. Guilloteau et M. Quennepoix, la situation s’est nettement améliorée, avec neuf Canadair sur douze, et six ou sept Dash disponibles. « Mais on reste inquiet : pourra-t-on maintenir nos avions en capacité opérationnelle en cas de gros feux ? », interroge Benoît Quennepoix.

La flotte d’hélicoptères connaît les mêmes difficultés, affirme Fabrice Chrétien du SNPNAC. « Elle a 20 ans, les appareils ont tous plus de 10 000 heures de vol, et il nous en manque six sur vingt-neuf pour la saison », résume-t-il. A la différence que la flotte est déjà en cours de renouvellement dans le cadre d’un plan quinquennal.

Location de moyens privés

Conscient de ces limites, après l’électrochoc de 2022, l’Etat renforce depuis sa flotte par la location de moyens privés. Soit, pour l’année 2024, 10 hélicoptères et 6 avions légers bombardiers d’eau, indique la DGSCCG, sans en préciser le coût. Ces appareils sont positionnés en Corse, dans le Var, le Vaucluse, l’Aude, la Charente-Maritimes ou la Gironde.

« Cela reste une solution palliative, qui coûte cher, insiste Benoît Quennepoix, qui estime la dépense à au moins 20 millions d’euros. L’ensemble du marché de maintenance et d’utilisation des vingt-trois appareils de la sécurité civile, c’est 45 millions ! » « Leurs pilotes n’ont pas notre connaissance des secteurs, et certains ne parlent qu’anglais, ce qui peut compliquer la coordination, renchérit Fabrice Chrétien. Ce qu’on veut, ce sont des moyens durables, de service public. » Dans sa note, la Cour des comptes chiffrait le renouvellement de la flotte d’avions et d’hélicoptères à un horizon de dix à quinze ans à 1,3 milliard d’euros.

Les 250 millions d’euros promis en 2022 ont-ils déjà été mobilisés ? La DGSCGC ne répond pas. Les pompiers, eux, relèvent que la sécurité civile a perdu 52 millions d’euros dans les coupes budgétaires décidées par décret en février. Ils espèrent désormais que le futur gouvernement ne remettra pas en cause le Beauvau de la sécurité civile. Les premiers ateliers se sont tenus le 13 juin.

Aline Leclerc

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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