Festins payés par la région : Wauquiez admet des « excès » sans dire ce qu’il va rembourser

3 août 2024 | Par Mathilde Mathieu

Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes a reconnu vendredi que sa collectivité avait pris en charge des « sommes excessives » liées à des repas fastueux à Paris. Ces dérives sont pointées dans un rapport de la chambre régionale des comptes qui fuite opportunément entre deux médailles françaises aux JO.

Quand il se régale aux frais du contribuable, Laurent Wauquiez ne regarde pas toujours à la dépense. Aujourd’hui, il affirme pour sa défense qu’il ne pense pas à regarder l’addition.

C’est l’argument bancal dégainé par le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), vendredi 2 août, en réponse à des révélations du Dauphiné libéré sur le coût de ses festins parisiens, pris en charge par la région alors que leur lien s’avère ténu avec les fonctions de Laurent Wauquiez à la tête de la collectivité.

En 2022 et 2023, les contribuables de la région Aura ont ainsi financé pour plus de 123 000 euros de repas avec des parlementaires et des journalistes uniquement dans la capitale, d’après un rapport critique de la chambre régionale des comptes (CRC), dont la publication est attendue à la rentrée mais que Le Dauphiné libéré a déjà pu consulter.

Dans un communiqué de presse, la collectivité a réagi vendredi en martelant qu’il s’agissait de « séquences de travail », organisées « dans l’intérêt régional ». Tout en reconnaissant que quinze repas ont fait l’objet de « recommandations » de la part des magistrats financiers.

Ces derniers, chargés d’éplucher l’ensemble des dépenses de communication de la région, sont tombés, par exemple, sur un tête-à-tête avec l’écrivain Michel Houellebecq, en mars 2022. Si Laurent Wauquiez affirme n’avoir eu aucune idée du tarif, il est parfaitement connu de ses services : 1 248 euros.

Dans un communiqué de presse, l’élu le jure ainsi pour tous les repas visés : « Je n’étais pas informé du coût […]. Quand je l’ai appris, j’ai considéré que ce n’était pas normal. » 

Ce degré d’ignorance et ce manque de curiosité jurent avec la posture de parfait comptable que se donne Laurent Wauquiez, fraîchement élu député et président à l’Assemblée nationale du groupe La Droite républicaine (anciennement Les Républicains – LR). Outre qu’il se vante depuis des années d’être à la tête de « la région la mieux gérée de France », celui qui ne cache pas ses ambitions présidentielles a proposé, le 22 juillet, un « pacte législatif » pour la France qui prétend « restaurer » l’équilibre des comptes publics et trouver 25 milliards d’euros d’économies pour 2025.

Alors vendredi, pour tenter d’éteindre l’incendie, il a fait cette promesse : « J’ai décidé d’assurer à titre personnel le remboursement des sommes excessives. » Mais à quelle hauteur « l’excès » est-il estimé précisément ? Et quelle était la liste des invité·es ?

Auprès de Mediapart, son cabinet se contente samedi de répondre : « Le montant que le président a décidé de rembourser sera précisé par l’administration. » Et d’indiquer que ces repas n’ont pas eu lieu au restaurant : « Ils ont été pris à l’antenne de la région à Paris. » Ce qui n’empêche pas forcément d’avoir recours à des chefs de prestige…

Si aucune « irrégularité » n’est mentionnée à ce stade par Le Dauphiné libéré, le rapport de la CRC met bel et bien en évidence une stratégie de communication (avec tous les moyens financiers) centrée sur la personne de Laurent Wauquiez plutôt qu’au service des seul·es administré·es. Les auteurs écrivent noir sur blanc : « L’amalgame entre le président du conseil régional et la collectivité régionale peut mener à engager des dépenses qui ne sont pas uniquement motivées par des logiques de communication institutionnelle. »

La justice, rappelons-le, a d’ores et déjà mis le nez dans les frais de réception de la région. Après de premières révélations de Mediapart à la fin 2022 sur de fastueux « dîners au sommet », une enquête préliminaire a été ouverte par le Parquet national financier (PNF) sur des soupçons de détournement de fonds publics, de favoritisme et de recel de favoritisme – des perquisitions à l’hôtel de région ont eu lieu en février dernier.

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Organisés en région Aura mais tout aussi confidentiels, ces repas avaient permis à Laurent Wauquiez de réunir le gotha local dans des lieux de prestige. En particulier, Mediapart avait estimé à 100 000 euros le coût d’un unique festin, au château de La Chaize, au profit de 90 personnalités (chef·fes d’entreprise dont Alain Mérieux, sportifs comme Jo-Wilfried Tsonga, patrons de médias tel Nicolas Tavernot, artistes, etc), soit plus de 1 000 euros par convive. Le rapport de la CRC confirme aujourd’hui ces chiffres.

Pour organiser ces « dîners des sommets », la région avait fait appel à un consultant de luxe, connu pour avoir participé au financement de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, dont les prestations vaporeuses ont été facturées 48 000 euros à la région. Une somme bien calibrée : au-delà de ce seuil, un marché public ne peut être passé sans publicité ni mise en concurrence…

N [Laurent Wauquiez] n’hésite pas à faire les poches des Auvergnats-Rhônalpins pour préparer ses échéances personnelles », avait réagi Najat Vallaud-Belkacem à l’époque, présidente du groupe Socialiste, écologiste et démocrate à la région.

Ce vendredi, l’ancienne ministre a de nouveau dénoncé des « pratiques inacceptables, indécentes au regard des difficultés de nombre de citoyens de [la] région [et qui] témoignent d’une perte totale du sens du bien commun ». Quant à la coprésidente du groupe Les Écologistes, Cécile Michel, elle a enfoncé le clou : « [Laurent Wauquiez] demande d’enlever des logements sociaux aux demandeurs d’emploi tout en s’offrant des repas à 1 200 euros. »

Des dîners, mais aussi des sondages et de la com’

Outre les agapes parisiennes et les « dîners des sommets », la CRC s’étonne par ailleurs, dans son rapport, qu’une collaboratrice de cabinet à la région gère tous les réseaux sociaux de Laurent Wauquiez, relève Le Dauphiné libéré.

Les magistrats financiers pointeraient aussi du doigt des sondages largement centrés sur la personne du président, ce qui, aux yeux de Najat Vallaud-Belkacem, citée par nos confrères, « illustre un détournement flagrant des fonds régionaux à des fins personnelles ».

Interrogé sur ce point par Mediapart, le cabinet du président répond que les études d’opinion commandées « sont conformes » et que « 90 % des questions ne mentionnent pas le président »« Le rapport [de la CRC] prétend que les sondages portent sur la “personnalité de Laurent Wauquiez”, alors que sur 952 pages de sondages depuis 2018, 12 % seulement mentionnent le président de région et une seule page porte sur Laurent Wauquiez sans que soit mentionnée explicitement sa fonction. » On lit bien : presque 1 000 pages de sondages ! Pour quel coût ? Là-dessus, pas de réponse. 

Laurent Wauquiez, pendant ce temps-là, ne tweete plus que sur un seul sujet depuis trois jours : les médailles olympiques des Français·es. Au sein de l’opposition régionale, on suspecte d’ailleurs que la fuite dans la presse régionale ait été orchestrée par la droite elle-même : plutôt que de subir la publication officielle du rapport à l’automne, pourquoi ne pas l’organiser en plein cœur des Jeux olympiques afin d’en démonétiser le contenu ?

« Le timing est parfait, remarque Johann Cesa, vice-président du groupe socialiste. Ça permet de solder les affaires entre un ippon de Teddy Riner et un plongeon de Léon Marchand. C’est aussi une sorte d’“opération mains propres” avant l’arrivée de la personne qui va lui succéder à la présidence… » En raison de l’interdiction du cumul des mandats, Laurent Wauquiez est en effet contraint de passer la main. Le 25 août prochain, le chef de file de La Droite républicaine à l’Assemblée pourra s’élancer dans sa traditionnelle ascension du mont Mézenc, dans son fief de Haute-Loire, un peu plus léger.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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