Le modèle social Suédois prend l’eau

En Suède, le modèle social à bout de souffle

Dans les écoles, les hôpitaux et les Ehpad, les salariés se plaignent d’une dégradation des conditions de travail, alors que de nouvelles coupes budgétaires sont annoncées par les communes et les régions, dont les déficits explosent. 

Par  (Lund (Suède), envoyée spéciale)Publié hier à 03h00. https://www.lemonde.fr/economie/article/2024/05/04/en-suede-le-modele-social-a-bout-de-souffle_6231436_3234.html

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Dans une maison de retraite, à Broby (Suède), le 1er février 2023
Dans une maison de retraite, à Broby (Suède), le 1er février 2023  SERGEI GAPON / AFP

Le syndicat des employés communaux, qui avait déposé un préavis de grève pour le 18 avril, l’a finalement retiré, vingt-quatre heures avant son entrée en vigueur. Les infirmières, elles, ont maintenu la pression, quelques jours de plus, menaçant d’arrêter le travail si leurs demandes – une clarification de leurs horaires, entre autres – n’étaient pas entendues. Ce mouvement, en pleine renégociation des accords collectifs dans le secteur public en Suède, témoigne d’un ras-le-bol généralisé chez les « travailleurs de l’Etat-providence ». Ceux-ci sont en première ligne face aux cures d’austérité engagée par les 290 communes et 21 régions du royaume, dont les finances sont dans le rouge.

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Infirmière en pédiatrie depuis 1998 et représentante du syndicat Kommunal, Malin Tillgren a du mal à situer le moment où la situation a commencé à se dégrader. « Cela a empiré progressivement », dit-elle. Les tâches, notamment administratives, ont augmenté. Le rythme s’est accéléré. « Aujourd’hui, il n’est pas inhabituel de commencer la journée à 7 h 15 avec une liste de patients dont vous savez que vous n’aurez pas le temps de vous occuper. »

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Parmi ses collègues, certaines s’abstiennent de boire de l’eau en journée, pour ne pas aller aux toilettes. Les pauses sautent régulièrement, de même que les jours de congé. « Le pire est de ne jamais savoir quand on va vous appeler pour venir travailler. » Car les bras manquent dans les hôpitaux et les centres de soins publics. Le secteur privé, en pleine expansion, offre de meilleures conditions. Par ailleurs, au moins 14 000 infirmières (sur 114 000 encore en activité) ont changé de profession.

« Réduction du budget de la santé », « coût des retraites »

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Partout en Suède, le sentiment est le même : la santé, qui est pourtant une priorité pour les électeurs, ne dispose plus des moyens dont elle aurait besoin. Et cela ne devrait pas s’arranger : d’après l’association des collectivités territoriales suédoises SKR, le déficit des communes devrait atteindre 7 milliards de couronnes (600 millions d’euros) en 2024, et 24 milliards de couronnes pour les régions. Certes, le gouvernement libéral conservateur, soutenu par l’extrême droite, a annoncé début avril une rallonge de 6,5 milliards de couronnes pour la santé.

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Mais pas de quoi combler le trou, réagit Annika Wallenskog, économiste en chef à SKR, qui voit deux raisons principales à la crise actuelle : « D’une part, il y a eu une réduction du budget de la santé, qui avait augmenté en 2021 et en 2022, pour financer la vaccination contre le Covid-19 et rattraper les retards de soins dus à la pandémie. D’autre part, le coût des retraites, payées par les collectivités, a explosé, avec une hausse de 30 milliards de couronnes [2,6 milliards d’euros]en 2023 par rapport à 2022. »

Dans ce contexte, les communes et les régions n’ont d’autres choix que de réduire la voilure. Avec des conséquences sévères : à Göteborg, par exemple, le plus grand hôpital de Suède, Sahlgrenska, qui accueille 350 000 patients chaque année, a annoncé qu’il allait devoir supprimer 2 000 postes (sur 17 000). Dans le sud, l’hôpital universitaire de Scanie, qui emploie 12 000 personnes entre Lund et Malmö, va en supprimer 640. La direction a également décidé de stopper l’embauche d’infirmières intérimaires, qui coûtent près deux fois plus que les salariées. « C’est une bonne décision, sauf que, pour le moment, elles n’ont pas été remplacées, ce qui veut dire que la charge de travail a encore augmenté pour les autres », déplore Malin Tillgren.

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Anna Könsberg et sa collègue Renate Hakasson travaillent comme aides-soignantes dans une maison de retraite à Veberöd, près de Lund. Elles aussi dénoncent un manque de ressources, alors que les résidents souffrent de pathologies de plus en plus lourdes. « Nous ne sommes pas assez nombreuses pour offrir la qualité de l’accueil que nous souhaiterions », disent-elles. Les conditions de travail et le faible statut de la profession font fuir les candidats.

« Les Suédois méritent tellement mieux »

Des jeunes, sortis du lycée, sans réelle compétence, viennent et repartent. Souvent, ils ne sont pas syndiqués, ce qui déconcerte Anna Könsberg : « Il faut reprendre à zéro, leur expliquer le modèle suédois et le rôle des syndicats. Ils ne voient pas l’intérêt, car ils pensent que leurs droits sont acquis.  »

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Dans les établissements scolaires, les enseignants témoignent eux aussi d’une dégradation de leurs conditions de travail. Selon une étude de l’Office suédois de l’environnement du travail, 46 % des enseignants de la maternelle et du primaire souffrent de problèmes de santé liés à leur emploi (le chiffre le plus élevé, devant les aides-soignantes). Les réductions de personnel, annoncées dans de nombreuses communes, risquent encore d’aggraver la situation, alerte le syndicat des enseignants (Sveriges lärare).

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« Les Suédois méritent tellement mieux », s’insurge Tina Christensen, présidente du syndicat Kommunal en Scanie. D’autant, rappelle-t-elle, que les caisses de l’Etat, contrairement à celles des collectivités territoriales, sont pleines : la ministre des finances, Elisabeth Svantesson, a estimé, le 15 avril, que la dette publique, à 31 % du produit intérieur brut, devrait encore reculer, les prochaines années.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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