Claire Colomb-Pitollat, députée : « La qualité de l’air est un combat collectif »
Tribune
Claire Colomb-PitollatDéputée (Renaissance) des Bouches-du-Rhône
L’élue (Renaissance) des Bouches-du-Rhône rappelle, dans une tribune au « Monde », les méfaits de la pollution de l’air sur la santé. Certaines des mesures prises par l’Etat pour endiguer ce problème sont cependant parfois contestées par certaines collectivités locales.
Publié le 06 mars 2024 à 13h30, modifié le 07 mars 2024 à 12h24 Temps de Lecture 3 min.
Depuis 2017, le Conseil d’Etat condamne régulièrement l’Etat français, qui ne respecte pas les seuils de pollution de l’air dans ses zones urbaines. Si des progrès ont été constatés ces dernières années concernant la qualité de l’air, il n’en reste pas moins que l’Etat doit plusieurs millions d’euros à un groupement d’associations de défense de l’environnement qui ont entrepris des démarches juridiques.
La France a été condamnée en octobre 2019 par la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) pour le non-respect de la directive de 2008 concernant la qualité de l’air. En effet, la France a « dépassé de manière systématique et persistante la valeur limite annuelle pour le dioxyde d’azote (NO₂) » et ce, depuis 2010.
Après cette condamnation par la CJUE, puis celle d’avril 2022, à nouveau par ce tribunal, c’est une mise en demeure avant sanctions financières que la France a reçue le 7 février, toujours pour dépassement des valeurs limites de NO₂. La France est par conséquent imputable d’une incapacité à honorer ses obligations découlant de la directive.
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A ce jour, les mesures prises par l’Etat ne garantissent pas que la qualité de l’air s’améliore de telle sorte que les seuils limites de pollution soient respectés dans les délais les plus courts possibles.
Aujourd’hui les associations, demain des citoyens
Pour atteindre ces objectifs et respecter nos engagements, un certain nombre de mesures ont été prises par les pouvoirs publics, mais ces décisions sont régulièrement contestées par certaines collectivités locales au détriment de la santé des populations et entraînant de lourdes condamnations financières prises en charge pour l’instant par les impôts de tous.
Lire aussi : « La faiblesse des plans locaux de qualité de l’air est systémique et persistante en France » **
On peut remarquer également, dans ce sujet, la confirmation d’une remise en cause de l’autorité de l’Etat, exécutif comme législatif, déjà entamée par le refus de quelques collectivités de respecter le zéro artificialisation nette (ZAN) pour préserver les terres. Sans respect des règles du jeu, il ne peut y avoir de construction démocratique du vivre-ensemble.
Quelles sont, par exemple, les conséquences pour les collectivités qui prennent la responsabilité de repousser la mise en place des zones à faibles émissions (ZFE) et risquent à la fois de persévérer dans le paiement des amendes imposées à l’Etat et de nuire à la santé de leurs habitants ? Si, pour l’instant, ce sont surtout les associations qui saisissent les tribunaux nationaux, il y a fort à parier que demain, des citoyens victimes de la pollution de l’air n’hésiteront pas à ester en justice, accusant les collectivités locales de leur négligence en la matière.
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Cette attitude trop souvent démagogique de certains édiles locaux se renforce par une totale absence de mesures adéquates pour amoindrir les néfastes conséquences du recul sine die des ZFE. Les mêmes passent sous un silence coupable le rôle de l’Etat, qui injecte de substantielles subventions dans les territoires afin qu’ils puissent respecter la mise en place des ZFE et proposer des modes de déplacement moins polluants. Rien que dans le plan Marseille en grand, 5 milliards d’euros sont fléchés.
101 milliards d’euros
Certes, les pouvoirs publics n’ont probablement pas assez communiqué sur les bénéfices pour les Français d’une amélioration de la qualité de l’air… mais il est plus que temps de prendre conscience collectivement de l’importance du sujet, et à titre de rappel :
– La pollution de l’air n’est pas qu’une menace environnementale, c’est une crise sanitaire. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), elle cause plus de 7 millions de décès prématurés chaque année dans le monde. C’est aussi un enjeu social : si plus de neuf personnes sur dix respirent aujourd’hui un air pollué, ce sont bien les populations les plus fragiles socialement qui en souffrent le plus. Les études scientifiques soulignant également les risques accrus pour les enfants et les personnes âgées.
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– Les émissions de particules fines contribuent à alimenter les maladies respiratoires de 11 millions de Français. Chaque jour, nous respirons 15 000 litres d’air qui contiennent notamment des particules fines et ultrafines responsables de nombreux décès, maladies chroniques, AVC… Selon le Sénat, la pollution de l’air coûte à la France chaque année 101 milliards d’euros, somme qui pourrait être largement réduite par la mise en œuvre de politiques de prévention.
L’impact de l’air sur la santé est donc global, contribuant à une gamme étendue de problèmes de santé. Il convient d’y apporter une réponse tout aussi étendue, à l’heure où les Français attendent un retour de l’autorité et où le pays doit faire un effort budgétaire conséquent.
Claire Colomb-Pitollat est aussi présidente du Conseil national de l’air.
Claire Colomb-Pitollat(Députée (Renaissance) des Bouches-du-Rhône)
**« La faiblesse des plans locaux de qualité de l’air est systémique et persistante en France »
Tribune
A l’occasion de la Journée mondiale de la santé, un collectif de scientifiques, d’associations et d’élus, parmi lesquels David Belliard, Eric Piolle et Marie Pochon dénonce, dans une tribune au « Monde », les carences de l’Etat en matière de lutte contre la pollution de l’air.
Publié le 07 avril 2023 à 06h30, modifié le 07 avril 2023 à 16h27 Temps de Lecture 3 min.
En France, la pollution de l’air est responsable de plus de 40 000 décès *** prématurés par an, dont plus de 4 300 dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, d’après les chiffres de Santé publique France. En 2021, une étude coordonnée par l’université Harvard (Etats-Unis) a même réévalué le nombre de décès prématurés en France à près de 100 000.
Au-delà de cet état de fait, les études se multiplient pour montrer le lien entre la pollution de l’air et différentes maladies : asthme, maladies cardio-vasculaires et pulmonaires, cancers, maladies du foie, ou d’autres de type Alzheimer ou Parkinson. La pollution de l’air est ainsi avant tout une question de santé publique.
C’est aussi un enjeu de justice sociale. De fait, les personnes les plus vulnérables sont celles qui sont le plus exposées aux pollutions. Dans l’agglomération lyonnaise par exemple, les personnes vivant à proximité des grands axes routiersou autour de la « vallée de la chimie », dont les revenus sont en moyenne plus faibles, sont aussi celles qui souffrent le plus de la pollution de l’air.
Cent milliards d’euros par an
Ces impacts ont un coût, sanitaire et socio-économique, estimé par le Sénat à près de 100 milliards d’euros par an en France. Si un tel constat est alarmant, le plus inquiétant est le décalage entre les enjeux soulevés par la pollution de l’air et les mesures pour le moins insuffisantes engagées par l’Etat et ses services.
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En octobre 2022, le Conseil d’Etat condamnait à nouveau l’Etat pour son inaction en matière de pollution de l’air, et plus précisément pour son non-respect des normes européennes, notamment dans l’agglomération lyonnaise. La France ne fait toujours pas assez pour protéger ses citoyens et leur offrir un air sain, conformément à l’obligation édictée par la loi sur l’air de 1996. En septembre 2022, le Conseil d’Etat reconnaissait aussi le droit de toutes et de tous à vivre dans un environnement sain comme liberté fondamentale.
Pourtant, l’exécutif possède plusieurs leviers d’action permettant de limiter la pollution de l’air, dont les plans de protection de l’atmosphère (PPA), mis en place par les préfectures pour les agglomérations de plus de 250 000 habitants. A Lyon, la deuxième version du PPA (PPA-2) avait été reconnue en 2019 comme insuffisante par le tribunal administratif. En novembre 2022, la nouvelle version du PPA (PPA-3) a été adoptée.
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Ce nouveau plan aurait pu être l’occasion pour l’Etat de rehausser ses ambitions contre la pollution de l’air, mais il demeure insuffisant et incohérent. En effet, peu d’objectifs sont chiffrés, les calendriers de mise en œuvre des mesures sont trop peu ambitieux et rarement précisés, et il est déjà certain que les moyens alloués par l’exécutif seront insuffisants pour mettre en œuvre la totalité des mesures prévues.
Des plans de lutte protecteurs
Pour toutes ces raisons, et parce que protéger la santé de tous ainsi que l’environnement devrait être la priorité de l’Etat, plusieurs associations et habitants de l’agglomération lyonnaise ont décidé de demander l’annulation du PPA-3 lyonnais, afin de faire reconnaître son insuffisance et d’en obtenir une version plus ambitieuse.
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Cette problématique n’est pas spécifique à l’agglomération lyonnaise : la faiblesse des plans locaux de qualité de l’air est systémique et persistante, et doit être dénoncée partout. Depuis plusieurs mois, d’autres PPA sont remis en question : par les Amis de la Terre Marseille en ce qui concerne l’agglomération marseillaise, par le Collectif Citoyen 06 pour l’agglomération niçoise, par la mairie de Grenoble pour l’agglomération grenobloise.
Nous, scientifiques, représentantes et représentants de la société civile, avocats, politiques, citoyens, appelons à des plans locaux de lutte contre la pollution de l’air réellement protecteurs.
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Nous demandons que la pollution de l’air soit désormais considérée comme un enjeu prioritaire de santé publique et de lutte contre les inégalités sociales et environnementales. Nous exigeons un droit à respirer !
Signataires : Gabriel Amard, député (La France insoumise-Nupes) de la sixième circonscription du Rhône ; David Belliard, maire adjoint à Paris chargé de la transformation de l’espace public, des transports, des mobilités, du code de la rue et de la voirie ; Florian Brunet, directeur de France Nature Environnement, Rhône ; Thomas Dossus, sénateur (groupe Ecologiste-Solidarité et territoires) du Rhône ; Clément Drognat, coordinateur de La Rue est à nous, Lyon ; Emma Feyeux, présidente de Notre affaire à tous, Lyon ; Marie-Charlotte Garin, députée (Ecologiste-Nupes) de la troisième circonscription du Rhône ; Nadine Lauverjat, directrice générale de Générations Futures ; Dan Lert, maire adjoint de Paris chargé de la transition écologique, de l’eau et de l’énergie ; Eric Piolle, maire (EELV) de Grenoble ; Marie Pochon, députée (Ecologiste-Nupes) de la troisième circonscription de la Drôme ; Tony Renucci, directeur général de Respire ; Anne Souyris, maire adjointe de Paris sur la santé publique et environnementale, la lutte contre les pollutions et la réduction des risques ; Jérémie Suissa, délégué général de Notre affaire à tous.
La liste complète des signataires peut être consultée ici
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***La pollution de l’air a provoqué 238 000 morts prématurées dans l’Union européenne en 2020
Malgré cette légère hausse, l’Agence européenne de l’environnement estime que l’Union européenne est sur la bonne voie pour réaliser son objectif de réduction de plus de 50 % de morts prématurées en 2030 par rapport à 2005.
Le Monde avec AFPPublié le 24 novembre 2022 à 02h29, modifié le 24 novembre 2022 à 07h34
Temps de Lecture 1 min.

La pollution de l’air reste la menace environnementale la plus importante pour la santé des Européens. Dans son nouveau rapport publié jeudi 24 novembre, l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) estime que « l’exposition à des concentrations de particules fines supérieures aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé a entraîné 238 000 décès prématurés » à travers l’Union européenne (UE).
C’est en légère hausse par rapport à 2019, année où les particules fines, qui pénètrent profondément dans les poumons, avaient causé la mort prématurée de quelque 231 000 personnes. Cette augmentation s’explique en partie par le fait que le Covid-19 a touché plus durement les personnes présentant des comorbidités liées à la pollution de l’air (cancers, maladies pulmonaires ou diabète de type 2).
Par ailleurs, « si l’on compare 2020 à 2019, le nombre de décès prématurés attribuables à la pollution atmosphérique a augmenté pour les [particules fines] PM2,5 mais a diminué pour [le dioxyde d’azote] NO2 et [l’ozone] O3 », détaille l’AEE dans son étude.
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Près d’un million de morts au début des années 1990
Selon l’AEE, 96 % de la population urbaine de l’UE était exposée en 2020 à des concentrations de particules fines (PM2,5) supérieures au niveau recommandé par l’OMS de 5 microgrammes par mètre cube d’air.
Pour les particules d’ozone (O3), notamment issues du trafic routier et des activités industrielles, la tendance en 2020 était à la baisse avec plus de 24 000 morts, soit un recul de 3 % sur un an. Pour le dioxyde d’azote (NO2), gaz produit principalement par les véhicules et les centrales thermiques, plus de 49 000 morts prématurées ont été enregistrées, une baisse de 22 % qui s’explique partiellement par la diminution du trafic routier pendant la pandémie de Covid-19.
Lire aussi : Pollution de l’air : la Commission européenne propose des nouvelles normes moins strictes que celles de l’OMS *****
L’agence, basée à Copenhague, n’additionne pas les bilans car cela conduirait, selon elle, à des doubles comptages.
Cette hausse globale annuelle contraste avec le recul constant estimé ces dernières années : entre 2005 et 2020, la baisse des morts prématurées dues à la pollution de l’air s’établit à 45 %. D’après son rapport annuel, l’AEE estime que l’UE est sur la bonne voie pour réaliser son objectif de réduction de plus de 50 % des morts prématurées en 2030 par rapport à 2005. Au début des années 1990, les particules fines provoquaient près d’un million de décès prématurés dans les vingt-sept pays de l’UE. En 2005, 431 000 personnes en mourraient encore.
Lire aussi : Comment les particules fines déclenchent des cancers du poumon chez les non-fumeurs
Le Monde avec AFP
****« Les pics de pollution sont associés à des infections respiratoires plus fréquentes »
Tribune
Bruno Houssetpneumologue, professeur émérite à la Faculté de médecine de Créteil
Le pneumologue Bruno Housset demande, dans une tribune au « Monde », aux responsables politiques que la norme Euro 7 sur les émissions polluantes des véhicules entre rapidement en vigueur, car il s’agit d’une urgence de santé publique.
Publié le 20 octobre 2022 à 08h00, modifié le 20 octobre 2022 à 08h00 Temps de Lecture 2 min.
La pollution tue et rend malade. Qui pourrait l’ignorer aujourd’hui ? Le nombre annuel de morts attribuées à la pollution en France est estimé entre 40 000 et 67 000. Soit plus de 10 fois le nombre de morts par accident de la route. La pollution affecte les sujets les plus vulnérables tels les enfants, les femmes enceintes, les personnes âgées, et celles et ceux qui souffrent d’une pathologie respiratoire ou cardiaque chronique.
Les pics de pollution sont associés à des infections respiratoires plus fréquentes. L’association avec la mortalité liée au Covid 19 a été confirmée récemment par une équipe française. L’association avec les bronchiolites à VRS (Virus respiratoire syncytial) a été établie chez l’enfant. Il en est probablement de même avec la grippe. Les morts subites sont également plus fréquentes en cas de pic de pollution.
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Toutefois, c’est la pollution chronique qui a des effets sanitaires importants sur le long terme et notamment sur les maladies chroniques telles que l’asthme. Les mécanismes qui lient pollution et cancer du poumon, réalité épidémiologique connue depuis plusieurs années, commencent à être élucidés. Les méfaits de la pollution et notamment des particules de moins de 2,5 microns de diamètre (PM 2,5) sont maintenant bien établis.
Les chiffres des victimes sont nettement sous-estimés
Pour protéger les populations, objectif souvent proclamé par nos élus, il faut réduire la pollution et cela de façon drastique et urgente. Un levier à court terme est la réduction de la pollution liée à l’usage des moteurs thermiques notamment Diesel, grands pourvoyeurs de particules fines. Les poussières émises par les véhicules hors échappement, notamment les poussières de freins, sont également à prendre en compte.
Lire aussi : Les zones à faibles émissions, illustration de l’inertie dans la lutte contre la pollution
Cela suppose un effort important des constructeurs automobiles pour répondre aux normes de pollution édictées par l’Europe, normes qui évoluent depuis 1992. La dernière version Euro 6 date de près de 10 ans et la mise en place d’une norme plus drastique, la norme Euro 7, était prévue avant la fin 2021.
Nous arrivons à la fin 2022 ! Combien de morts et de maladies ont été provoqués par ce délai qui est le fruit d’enjeux financiers qui manifestement priment sur les enjeux sanitaires ? Une modélisation récente (1) suggère que la mise en place de cette norme Euro 7 sur les émissions polluantes des véhicules pourrait éviter 5 900 décès en France entre 2027 et 2050 soit environ 260 morts par an. Et c’est sans compter la souffrance de milliers de malades.
Le modèle est cependant très conservatoire et les chiffres sont à l’évidence nettement sous-estimés. La réduction du parc des véhicules thermiques au profit des véhicules électriques, transition qui devrait s’accélérer avec cette nouvelle norme, permettrait de protéger partiellement la santé de nos concitoyens.
Lire aussi : Covid-19 : les pics de pollution aggravent fortement la mortalité, selon une étude
Qui est responsable de ce retard, et des malades et des morts qui y sont associés ? Que font nos élus qui clament haut et fort vouloir protéger la santé des Français mais semblent plus préoccupés par la santé financière de l’industrie automobile ? Il y a urgence à mettre en place la norme Euro 7 qui doit entrer en vigueur en 2025.
Bruno Housset(pneumologue, professeur émérite à la Faculté de médecine de Créteil)
*****Pollution de l’air : la Commission européenne propose des nouvelles normes moins strictes que celles de l’OMS
Bruxelles souhaite abaisser les valeurs limites d’exposition aux principaux polluants, sans s’aligner sur les seuils fixés par l’Organisation mondiale de la santé.
Par Stéphane MandardPublié le 26 octobre 2022 à 13h23, modifié le 27 octobre 2022 à 12h09
Temps de Lecture 3 min. Read in English

Parce que la pollution de l’air est à l’origine de plus de 300 000 décès prématurés chaque année en Europe et d’une litanie de pathologies (AVC, cancers, infarctus, asthme, retards de croissance…), la communauté scientifique et médicale réclamait que la Commission européenne aligne enfin et complètement ses normes sur celles de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Las. La proposition de révision de la directive sur la qualité de l’air publiée mercredi 26 octobre ne va pas jusque-là.
Bruxelles propose certes d’abaisser nettement les valeurs limites d’exposition aux principaux polluants mais pas aux seuils préconisés par l’OMS. Ainsi, pour les particules fines (PM2,5), les plus dangereuses pour la santé car elles pénètrent profondément dans l’organisme, la limite annuelle devrait passer de 25 microgrammes par mètre cube (μg/m3) à 10 μg/m3 d’ici à 2030, soit un niveau qui reste deux fois plus élevé que celui de l’OMS (5 μg/m3). Même écart pour le très toxique dioxyde d’azote (NO2), émis principalement par le trafic routier : Bruxelles propose d’abaisser son seuil à 20 μg/m3 quand l’OMS préconise 10 μg/m3.
Pour la Commission, la cible de 2030 est une étape intermédiaire pour parvenir à l’objectif zéro pollution du Green Deal européen à l’horizon 2050, date butoir pour atteindre la neutralité carbone. « Plus nous attendons pour réduire cette pollution, plus les coûts pour la société sont élevés », a déclaré, mercredi, le vice-président de la Commission, Frans Timmermans. Bruxelles rappelle que la pollution de l’air a aussi un coût économique, estimé entre 231 milliards et 853 milliards d’euros pour les systèmes de santé européens.
Condamnation de la France
« Zéro pollution en 2050, c’est beaucoup trop tardif, c’est maintenant qu’il faut couper la pollution à la source, réagit Sophie Perroud, du réseau européen Health and Environment Alliance, qui regroupe plus de soixante-dix organisations spécialisées en santé et en environnement. La proposition de la Commission ne répond pas à l’urgence. Nous continuons à exiger un alignement complet des seuils de pollution sur les lignes directrices de l’OMS, seules à même de protéger la santé des Européens, au plus tard en 2030. »
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Les ONG comptent sur le soutien du Parlement pour y parvenir. En mars, les députés européens avaient adopté une résolution pour demander de suivre les recommandations de l’OMS. « La proposition de la Commission est insuffisante pour faire face à la plus grande menace pour la santé publique à laquelle nous sommes confrontée. Elle renvoie un éventuel alignement après 2030 quand l’OMS aura vraissemblablement publié de nouvelles lignes directrices plus ambitieuses, commente Javi Lopez, l’eurodéputé (groupe socialiste et démocrate) à l’initiative de la résolution du Parlement. Nous avons également un sérieux problème d’application de la directive car les normes actuelles ne sont pas respectées dans de nombreux territoires ».
Lire aussi : La pollution de l’air accroît le risque d’AVC, de maladies cardiovasculaires et de décès ******
Mais le Parlement ne sera pas seul aux manettes. La proposition de révision va désormais faire l’objet d’un trilogue qui inclut également le Conseil. Les discussions s’annoncent serrées. Plusieurs Etats, dont la France et l’Allemagne, ont déjà été condamnés par la Cour de justice de l’Union européenne pour des dépassements répétés des normes. Et le gouvernement français vient à nouveau d’être condamné à une amende record (20 millions d’euros) par le Conseil d’Etat car il ne parvient pas à respecter les normes européennes actuelles, pourtant beaucoup moins strictes.
Diminuer la mortalité
La directive sur la qualité de l’air avait besoin d’un sérieux lifting : elle date de 2008. Surtout, en septembre 2021, l’OMS a publié de nouvelles lignes directrices. Celles-ci ont été renforcées pour prendre en compte les dernières publications scientifiques qui démontrent les effets délétères de la pollution de l’air et en particulier des particules à des doses très faibles. Le texte de la Commission introduit à cet égard une obligation de révision de l’état de la science tous les cinq ans, afin d’évaluer si les standards de qualité de l’air sont toujours adaptés à la protection de la santé et de l’environnement, et précise que les seuils pourront être révisés en fonction de l’état d’avancement des connaissances. Il prévoit enfin que les particules ultrafines – encore plus délétères car elles peuvent aller jusqu’au cerveau – seront contrôlées, sans toutefois fixer de valeur limite.
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Selon Bruxelles, le respect de ces nouvelles normes, même si elles ne sont pas strictement calquées sur les lignes directrices de l’OMS, devrait permettre de diminuer la mortalité liée à la pollution de l’air de 75 % à l’horizon 2030. Des bénéfices sont également attendus pour les systèmes de santé, estimés entre 42 milliards et 121 milliards d’euros par an, pour des mesures qui, elles, devraient coûter moins de 6 milliards d’euros. Toujours selon la Commission, les nouveaux seuils auront également un impact positif pour l’environnement et le climat avec une diminution des phénomènes d’eutrophisation (– 22 %) et d’acidification (– 63 %) des forêts, des écosystèmes et des cultures.
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******La pollution de l’air accroît le risque d’AVC, de maladies cardiovasculaires et de décès
Une étude conduite au Royaume-Uni décortique l’impact sanitaire de l’exposition à certains polluants atmosphériques, comme les particules fines ou le dioxyde d’azote.
Par Sylvie Burnouf Publié le 30 septembre 2022 à 16h23, modifié le 30 septembre 2022 à 21h13
Temps de Lecture 3 min.

La pollution de l’air pèse sur la santé humaine. Une nouvelle étude, publiée le 28 septembre dans la revue américaine Neurology par Fei Tian, de l’université Sun-Yat-sen à Canton (Chine), et ses collègues confirme que l’exposition à un air pollué, notamment aux particules fines PM2,5 – de diamètre inférieur à 2,5 micromètres (µm) –, augmente le risque de subir un accident vasculaire cérébral (AVC). Mais elle révèle aussi, de façon inédite, que le fait de respirer une atmosphère polluée, en particulier par du dioxyde d’azote (NO2), augmente le risque pour les personnes ayant fait un AVC de développer par la suite une maladie cardiovasculaire.
C’est sur un effectif important que les chercheurs ont travaillé : près de 320 000 personnes âgées de 40 à 69 ans enrôlées dans la UK Biobank. Cette vaste cohorte britannique, dont les données sont facilement accessibles, est idéale pour « permettre aux chercheurs d’identifier les facteurs de risque de beaucoup de maladies complexes survenant à un âge moyen ou avancé », souligne l’un des coauteurs de l’étude, Hualiang Lin.
Près de 6 000 participants à l’étude
Les chercheurs se sont donc intéressés à l’évolution, pendant douze ans en moyenne, des participants de la cohorte sans antécédents d’AVC, de cardiopathies liées à des problèmes vasculaires ou de cancer, et pour lesquels des données d’exposition aux polluants atmosphériques étaient disponibles. Au total, 5 967 ont subi un AVC, dont environ la moitié (2 985) ont par la suite développé une maladie cardiovasculaire (insuffisance cardiaque, infarctus du myocarde, arythmie ou encore maladie coronarienne). Parmi ces derniers, 1 020 sont morts au cours de la période de suivi.
Quel est le rôle de la pollution de l’air vis-à-vis de ces pathologies et de ces morts ? Pour le savoir, les chercheurs ont estimé la concentration annuelle en particules fines (PM2,5 et PM10), en NO2 ou encore en oxydes d’azote (NOx) aux abords du lieu de résidence des participants au début du suivi.
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Sur cette base, et après avoir tenu compte d’une série de facteurs de confusion – notamment tabagisme, consommation d’alcool, indice de masse corporelle (IMC) et pratique d’une activité physique –, les chercheurs ont calculé que le risque de survenue d’un AVC augmentait de 24 % pour chaque hausse de 5 μg de PM2,5 par mètre cube d’air. Un effet plus modeste mais significatif était aussi observé pour le NO2, avec un risque d’AVC augmenté de 2 % pour chaque hausse de 5 μg/m3.
Le risque de mourir sans avoir subi d’AVC était lui aussi augmenté, de l’ordre de 30 % pour chaque hausse de 5 μg/m3de PM2,5, et de 3 % pour chaque hausse de 5 μg/m3 de NO2.
Mais la question qui taraudait le plus les chercheurs, car encore inexplorée, était celle de savoir si la pollution de l’air pouvait influencer la trajectoire de progression après un AVC : augmente-t-elle le risque de développer ensuite une maladie cardiovasculaire ou de mourir ?
Dommages liés à l’AVC « exacerbés »
S’ils n’ont pas mis en évidence de rôle des particules fines sur ces évolutions, les chercheurs ont néanmoins constaté que chaque hausse de 5 µg de NO2 par mètre cube d’air augmentait de 4 % le risque de maladie cardiovasculaire post-AVC. « Les mécanismes biologiques qui sous-tendent cet effet sont encore flous, [mais] de précédents travaux suggèrent que l’inhalation de NO2 pourrait exacerber les dommages engendrés par un AVC, en mettant en jeu des facteurs endothéliaux [relatifs à la paroi des vaisseaux sanguins] et inflammatoires », expose le docteur Lin.
Pour Basile Chaix, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), la valeur de ce travail tient au fait que la population d’étude est importante. Néanmoins, il regrette que les chercheurs n’aient pas pris en compte deux facteurs de confusion selon lui indispensables : le niveau socio-économique des quartiers de résidence des participants et leur degré d’urbanisation. Les résultats de l’équipe sino-américaine nécessiteront donc d’être confirmés par d’autres études.
« Ce genre d’études montre que les valeurs réglementaires de l’UE ne sont pas du tout assez protectrices pour la santé de la population », selon Bénédicte Jacquemin, chargée de recherche à l’Inserm
Par ailleurs, un surrisque de 4 % pourrait paraître anecdotique – et il est en effet beaucoup plus modeste que celui associé à d’autres facteurs de risque, comme le tabagisme, note Bénédicte Jacquemin, chargée de recherche à l’Inserm. « Sauf que l’impact est important au niveau global, puisque toute la population est exposée, relève-t-elle. Quatre-vingt-dix-neuf pour-cent de la population sont actuellement exposés à des niveaux [de polluants atmosphériques] supérieurs aux valeurs guides limites proposées par l’Organisation mondiale de la santé [OMS]. »
Lire aussi : Comment les particules fines déclenchent des cancers du poumon chez les non-fumeurs
Et beaucoup d’efforts restent à déployer pour passer sous ces seuils. La France n’est par exemple toujours pas parvenue à respecter les valeurs limites fixées au niveau européen, alors même qu’elles sont moins restrictives que celles de l’OMS.
« Ce genre d’études, comme beaucoup d’études menées dernièrement dans les cohortes européennes, montrent que les valeurs réglementaires de l’Union européenne ne sont pas du tout assez protectrices pour la santé de la population, regrette Bénédicte Jacquemin, qui précise toutefois que ces valeurs sont en cours de révision. Mais il faut rester positif : les niveaux de pollution atmosphérique ont baissé depuis trente ans en Europe et en France, ça montre que les politiques qui visent à diminuer les émissions et les concentrations [de polluants] marchent, donc il faut continuer. »
Voir aussi:
https://environnementsantepolitique.fr/2023/10/07/lair-respire-dans-les-transports-en-commun-franciliens-est-tres-mauvais/
https://environnementsantepolitique.fr/2023/07/25/cancer-pulmonaire-et-pollution-de-lair/
Pollution de l’air (Dossier): double peine pour les enfants pauvres, l’ozone un oublié, l’OMS durcie les normes, calcul des décès prématurés: https://environnementsantepolitique.fr/2021/11/15/24551/