Les particules ultrafines malgré leur dangerosité ne sont toujours pas réglementées et ne font donc pas l’objet d’un suivi régulier.

La pollution aux particules ultrafines « deux à trois fois plus élevée » en ville qu’à la campagne

Selon une étude d’Airparif, le trafic routier est la principale source d’émission – avec le chauffage au bois en hiver – de ces particules non réglementées malgré leur dangerosité. 

Par Stéphane MandardPublié aujourd’hui à 07h00, mis à jour à 11h24  https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/02/01/la-pollution-aux-particules-ultrafines-deux-a-trois-fois-plus-elevee-en-ville-qu-a-la-campagne_6111807_3244.html

Temps de Lecture 3 min. 

France, Paris, 1er arrondissement, Quai François Mitterrand le long de l'aile sud du Musée du Louvre, soir.
France, Paris, 1er arrondissement, Quai François Mitterrand le long de l’aile sud du Musée du Louvre, soir. JACQUES LOIC / PHOTONONSTOP / JACQUES LOIC / PHOTONONSTOP

Certains Parisiens y trouveront peut-être une nouvelle raison de quitter la capitale pour se mettre au vert : les Franciliens qui vivent en ville sont beaucoup plus exposés aux particules ultrafines que ceux qui habitent à la campagne. Tel est le principal enseignement de la première étude de terrain consacrée par Airparif à la question des particules ultrafines (PUF) et publiée mardi 1er février.

Les PUF, appelées aussi nanoparticules, mesurent moins de 100 nanomètres (nm) de diamètre, soit à peine la taille d’un virus ou tout juste d’une molécule d’ADN pour les plus petites d’entre elles. C’est leur taille infinitésimale qui les rend particulièrement dangereuses. A la différence des particules grossières (PM10, inférieures à 10 micromètres, µm) qui restent bloquées au niveau des voies respiratoires supérieures (nez et pharynx) ou des particules fines (PM2,5, inférieures à 2,5 µm) qui s’arrêtent aux alvéoles pulmonaires, les PUF pénètrent le système sanguin et peuvent atteindre le cerveau et ou traverser le placenta des femmes enceintes

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Parmi les effets délétères les mieux documentés dans la littérature scientifique : les pathologies respiratoires (de l’asthme au cancer du poumon), les maladies cardiovasculaires (infarctus du myocarde ou accident vasculaire cérébral) et les décès prématurés. Ce polluant dit « émergent » fait l’objet d’inquiétudes sanitaires croissantes et de recommandations de renforcement de sa surveillance aussi bien au niveau international (Organisation mondiale de la santé) que national (Agence nationale de sécurité sanitaire). Pourtant, contrairement aux PM10 et aux PM2,5, elles ne sont toujours pas réglementées et ne font donc pas l’objet d’un suivi régulier.

Des pics lors des périodes les plus froides

Pour cette première étude, Airparif, l’organisme de surveillance de la qualité de l’air en Ile-de-France, a cherché à mesurer les niveaux de pollution en PUF dans différents environnements franciliens : en zones résidentielles urbaines et en zone rurale, à chaque fois en situation dite de « pollution de fond », c’est-à-dire éloignée d’une source de pollution comme le périphérique. La campagne de mesure a été menée pendant trois mois en hiver (entre décembre 2020 et février 2021) afin de distinguer la part liée au chauffage et au trafic routier dans les émissions de PUF. Quatre sites ont été sélectionnés : trois en zone urbaine (un site au cœur de Paris dans le jardin des Halles, deux en zone périurbaine à Gennevilliers et Tremblay-en-France) et un en zone rurale (Bois-Herpin, dans la Beauce).

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Les résultats montrent d’abord que les PUF sont présentes partout mais dans des proportions bien différentes : les concentrations de particules ultrafines sont ainsi « deux à trois fois plus élevées » dans les zones urbaines (jusqu’à 9 300 particules par centimètre cube) que dans la zone rurale (2 700 particules par centimètre cube au plus fort). Airparif en conclut que les sources d’émissions de PUF sont plus importantes dans les agglomérations qu’en zone rurale.

Lors des épisodes de pollution hivernale, les niveaux de particules ultrafines peuvent doubler par rapport à une semaine de faible pollution

Grâce à l’analyse des profils granulométriques des particules, Airparif a pu distinguer deux sources prédominantes en milieu urbain : une première population majoritaire de diamètre compris entre 15 nm et 30 nm, caractéristique des PUF émises par le trafic routier, et une seconde population de diamètre compris entre 70 et 100 nm, en lien avec la combustion de biomasse et en particulier le chauffage résidentiel au bois, plus marquée sur les sites de Tremblay-en-France et Gennevilliers, en banlieue parisienne qu’au centre de Paris. Les pics de pollution les plus forts sont logiquement observés lors des périodes les plus froides quand les PUF émises par le chauffage résidentiel se mêlent à celles du trafic routier : lors des épisodes de pollution hivernale, les niveaux de PUF peuvent doubler par rapport à une semaine de faible pollution.

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Il n’empêche, les PUF émises par le trafic routier ont été mesurées dans l’air, même à bonne distance du trafic routier. « En agglomération, bien que les points de mesures soient éloignés du trafic, la contribution du trafic routier à la pollution de particules ultrafines est prépondérante », relève Airparif. Une autre campagne de mesure a été menée à l’été 2021, cette fois à proximité des grands axes de circulation franciliens. Les résultats doivent être publiés lors du second semestre. Un troisième volet s’intéressera ensuite à la situation près des aéroports. Avec le même objectif : identifier de nouveaux sites de surveillance permanente des PUF en Ile-de-France et fournir aux épidémiologistes des données pour poursuivre les travaux d’évaluation de leur impact sur la santé.

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Les pics – officiels – de pollution vont se multiplier en France. Non parce que la qualité de l’air est amenée à se dégrader prochainement, mais parce que le gouvernement s’apprête à revoir à la baisse les seuils à partir desquels les alertes pollution sont déclenchées. Un décret est en préparation. Il doit suivre les recommandations de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Dans un avis rendu en septembre 2021, l’Anses préconise d’abaisser les seuils pour les principaux polluants réglementés (particules PM10, dioxyde d’azote et ozone) pour tenir compte des nouvelles lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé et d’inclure les particules fines (PM2,5)

Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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