Gares, pharmacies, magasins… Les cabines de téléconsultation sèment la discorde »
Date de publication : 13 décembre 2023 https://www.mediscoop.net/index.php?pageID=b2d9a6482bcc3894d2f2536d2d2d981b&id_newsletter=19325&liste=0&site_origine=revue_mediscoop&nuid=44baf5968540a6248a8065e80f2f7273&midn=19325&from=newsletter

Marie-Cécile Renault et Keren Lentschner observent dans Le Figaro que « depuis que la SNCF a annoncé l’installation de cabines de téléconsultation dans 300 gares en France, en partenariat avec la société Loxamed, c’est la bronca chez les médecins ».
Les journalistes indiquent que « la polémique enfle d’autant que d’autres enseignes s’engouffrent dans la brèche. «C’est une très bonne idée que je soutiens», a assuré Michel-Édouard Leclerc, patron des supermarchés E.Leclerc, qui réfléchit au déploiement de télécabines dans ses grandes surfaces. Un pas que Monoprix a déjà franchi dans deux magasins, à Paris et Troyes ».
« Des pharmacies, des mairies, des centres de santé ou des résidences seniors se sont déjà équipés. De même que certaines entreprises pour permettre à leurs salariés de consulter un généraliste depuis leur lieu de travail », relèvent Marie-Cécile Renault et Keren Lentschner.
Elles notent que « présentées comme un moyen de faire reculer les déserts médicaux et d’améliorer l’accès aux soins, ces cabines de téléconsultation ressemblent à des photomatons sophistiqués, où le patient s’assoit face à un écran et peut converser en visio avec un médecin ou une infirmière. Des instruments connectés – thermomètre, tensiomètre, stéthoscope, otoscope, dermatoscope, oxymètre… -, présents dans la cabine, permettent de mesurer les constantes ».
« Un fabricant comme Bodyo promet ainsi «un bilan de santé sur 26 paramètres en 6 minutes pour un accompagnement personnalisé en prévention et un diagnostic médical précis par téléconsultation». […] Quant à celle développée par la start-up française H4D, elle se vante «de prendre en charge 85% des motifs habituels de recours au généraliste» », relèvent Marie-Cécile Renault et Keren Lentschner.
Les journalistes notent que « les professionnels de santé, eux, dénoncent une dérive qui nourrit le consumérisme médical ».
La Dr Agnès Giannotti, présidente de MG France, remarque que « ce type d’outil n’apporte pas de réponse aux déserts médicaux. Il répond au besoin de patients jeunes, urbains, sans réelles difficultés d’accès aux soins, pas aux patients âgés, isolés, atteints de maladies chroniques ».
Le Dr Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la FMF, déclare quant à lui que « ces télécabines contournent le parcours de soins, participent à la dérégulation du système de santé et à la dégradation de la qualité de prise en charge des patients ».
Marie-Cécile Renault et Keren Lentschner observent par ailleurs que « les payeurs, Assurance-maladie et mutuelles, restent prudents. Car ils remboursent ces téléconsultations et les prescriptions qui en résultent : les télécabines disposent d’un lecteur de carte Vitale et peuvent imprimer des ordonnances. Or, une étude de l’Assurance-maladie souligne que les prescriptions de médicaments sont 2,5 fois plus élevées en téléconsultation qu’en face-à-face chez le généraliste ».
Thomas Fatôme, directeur général de l’Assurance-maladie, indique ainsi : « Le système de santé a besoin d’innovation mais installer des télécabines dans des centres commerciaux ou des gares ne semble pas une bonne idée. C’est un acte de soin, il vaut mieux qu’il ait lieu dans un endroit où il y a des soignants. […] Il faut mettre en place des règles du jeu ».
Les journalistes relèvent par ailleurs que « de leur côté, les professionnels de la téléconsultation s’élèvent vivement contre ces accusations ».
Jean-Pascal Tiermé, président des Entreprises de télémédecine (LET), déclare que « les cabines sont une pièce indispensable du puzzle dans les endroits où les patients n’ont pas accès à un médecin traitant, à commencer par les déserts médicaux. [Le] système idéal avec un patient suivi par un médecin traitant dans un cabinet est aujourd’hui remis en question par le manque de médecins ».