Les Etats-Unis élargissent l’accès à un nouveau traitement prometteur contre Alzheimer
Ce médicament, nommé Leqembi* (Le lécanémab) , a été le premier à démontrer clairement une réduction du déclin cognitif (de 27 %) dans le cadre d’un essai clinique. Sans soigner les patients, il peut permettre de ralentir la progression de la maladie.
Le Monde avec AFPPublié aujourd’hui à 01h23, modifié à 07h55 https://www.lemonde.fr/sante/article/2023/07/07/les-etats-unis-elargissent-l-acces-a-un-nouveau-traitement-prometteur-contre-alzheimer_6180885_1651302.html
Les autorités sanitaires américaines ont pleinement autorisé jeudi 6 juillet un nouveau traitement contre Alzheimer, permettant ainsi de le rendre plus accessible en passant par le système fédéral d’assurance santé. Le Leqembi, qui vise à réduire le déclin cognitif, est autorisé pour les patients n’ayant pas encore atteint un stade avancé de la maladie.
Il avait été approuvé en janvier par l’Agence américaine des médicaments (FDA) selon une procédure accélérée. L’analyse d’études complémentaires a désormais permis son autorisation complète, a expliqué la FDA dans un communiqué.
Administré par intraveineuse toutes les deux semaines, il est développé par l’entreprise pharmaceutique japonaise Eisai avec l’américaine Biogen. Son prix a été fixé à 26 500 dollars (24 328 euros) par an et par patient.
Le système fédéral de couverture santé Medicare, destiné aux personnes de plus de 65 ans, ne le couvrait jusqu’à présent que s’il était pris dans le cadre d’essais cliniques, limitant de facto grandement son accès.
Avec l’autorisation complète de la FDA, il sera désormais « largement » couvert, a déclaré dans un communiqué Chiquita Brooks-LaSure, à la tête de l’organisme gérant Medicare. « C’est une bonne nouvelle pour les millions de personnes atteintes de cette maladie invalidante dans tout le pays, et leurs familles. » Les patients devront toutefois encore payer de leur poche une partie du coût (20 %, soit plusieurs milliers de dollars), précise le communiqué.
« Pas un remède »
Le Leqembi fait partie d’une nouvelle génération de traitements ciblant une protéine appelée bêta-amyloïde, qui forme des plaques dans le cerveau de patients malades. Ce médicament a été le premier à démontrer clairement une réduction du déclin cognitif (de 27 %) dans le cadre d’un essai clinique. Sans soigner les patients, il peut permettre de ralentir un peu la progression de la maladie. Il est toutefois accompagné d’un avertissement : il peut entraîner des effets secondaires graves, comme des œdèmes ou des hémorragies cérébrales, qui peuvent être fatals.
« Ce traitement, même s’il n’est pas un remède, peut permettre de donner plus de temps aux gens (…) pour maintenir leur indépendance et faire les choses qu’ils aiment », s’est félicitée Joanne Pike, présidente de l’association de patients Alzheimer Association.
Les personnes atteintes « méritent d’avoir la possibilité de discuter et de décider, avec leur médecin et leur famille, si ce traitement est bon pour eux », a-t-elle ajouté.
Un autre traitement développé par Esai et Biogen contre Alzheimer, l’Aduhelm, avait été le premier à être autorisé par la FDA selon une procédure accélérée. Mais cette décision avait été largement critiquée par des experts au regard du manque de preuves sur son efficacité.
Lire aussi : Maladie d’Alzheimer : un nouveau traitement et de nouvelles mises en garde *
Le groupe pharmaceutique américain Eli Lilly développe également un traitement contre Alzheimer ciblant les plaques amyloïdes et ayant démontré une réduction du déclin cognitif. Au printemps, l’entreprise avait annoncé vouloir déposer rapidement des demandes d’autorisation dans le monde entier.
Le Monde avec AFP
*Maladie d’Alzheimer : un nouveau traitement et de nouvelles mises en garde
Un anticorps monoclonal a obtenu le feu vert des autorités américaines. Il a prouvé son efficacité pour réduire les troubles cognitifs, mais la balance bénéfice-risque au regard des effets indésirables soulève des interrogations.
Par Pascale SantiPublié le 19 janvier 2023 à 06h00 https://www.lemonde.fr/sciences/article/2023/01/19/maladie-d-alzheimer-un-nouveau-traitement-et-de-nouvelles-mises-en-garde_6158444_1650684.html
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Un nouveau médicament contre la maladie d’Alzheimer a été approuvé le 6 janvier par les autorités sanitaires américaines (Food and Drug Administration, FDA), le lecanemab, commercialisé par les laboratoires Eisai et Biogen, sous le nom de Leqembi. Cet anticorps monoclonal, qui vise à diminuer le déclin cognitif, s’adresse aux patients présentant une forme légère de cette maladie neurodégénérative. Elle touche environ 55 millions de personnes dans le monde. Aucun traitement pour la freiner n’existe à ce jour. Il y a eu de nombreuses déconvenues ces vingt dernières années, la dernière concernant l’Aduhelm (aducanumab), également développé par Eisai et Biogen.
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Si les causes de la maladie d’Alzheimer restent mal connues, elle se caractérise sur le plan physiopathologique par des changements dans le cerveau. Des plaques bêta-amyloïdes, formées par l’accumulation anormale d’une protéine dite bêta-amyloïde, se déposent entre les cellules nerveuses situées dans la substance grise du cortex cérébral, provoquant un dysfonctionnement des connexions entre les neurones. On constate aussi une dégénérescence neurofibrillaire, une accumulation anormale de filaments à l’intérieur des neurones, liée à l’effet délétère de la protéine tau. « Ces deux lésions correspondent à des amas de protéines qui se forment lors du processus normal du vieillissement. Cependant, dans les maladies de type Alzheimer, ces protéines s’accumulent en beaucoup plus grande quantité », précise le site de la Fondation Recherche Alzheimer.
Or le lecanemab vise la protéine dite bêta-amyloïde. Publiés dans le New England Journal of Medicine le 29 novembre, les résultats de l’étude menée sur 1 795 participants (dont 898 ont reçu la molécule) ont montré que le lecanemab, administré par perfusion intraveineuse toutes les deux semaines, réduisait de plus de 50 % les marqueurs de l’amyloïde.Ils ont aussi mis en évidence une baisse de 27 % des troubles cognitifs après dix-huit mois de traitement par rapport au placebo.
Les chercheurs ont utilisé l’échelle d’évaluation de la démence (Clinical Dementia Rating) pour évaluer les fonctions cognitives (mémoire, orientation, jugement) et sociales (actes de la vie courante, occupations, etc.). Les questions sont posées aux patients et à leurs proches, et un score de sévérité est attribué à chaque facteur. Au final, les scores totaux vont de 0 à 18, le score de 0 à 6 indiquant un stade précoce de la maladie. Le score moyen au départ pour les deux groupes était de 3,2. À l’issue des dix-huit mois, il était de 1,21 pour ceux qui avaient pris le lecanemab, contre 1,66 pour le groupe placebo, une différence de 27 %.
Micro-hémorragies cérébrales
« Ces résultats prometteurs signifient que les patients peuvent maintenir leurs activités plus longtemps », explique le professeur Bruno Vellas, coauteur de l’article et coordinateur du pôle gériatrie du CHU de Toulouse. « Ce n’est pas un médicament qui va guérir la maladie d’Alzheimer mais c’est la première fois qu’on a un traitement positif qui attaque les mécanismes de la maladie et la fait progresser plus lentement », précise-t-il, comparant cette « avancée » aux premiers essais sur la sclérose en plaques ou sur certaines pathologies cancéreuses.
« Sachant que la dépendance survient cinq à six ans après les premiers symptômes de la maladie, ces personnes pourraient en théorie gagner seize à dix-neuf mois d’autonomie avec le médicament, ce qui n’est pas rien », ajoute Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU de Lille et directeur de la Fondation Alzheimer. « Le traitement est moins efficace chez les sujets porteurs homozygotes du gène APOE4, qui multiplie par 10 à 15 le risque de développer la maladie d’Alzheimer », déplore le spécialiste. De plus, ces personnes ont 39 % de risques de complications hémorragiques.
D’autres sont encore plus prudents. « En dépit d’une diminution des plaques amyloïdes, aucun des anticorps anti-substance amyloïde n’a pu démontrer à ce jour un effet cliniquement pertinent permettant de soutenir un rapport bénéfice-risque favorable de ces médicaments », a indiqué dans un communiqué le 10 janvier la Société française de pharmacologie et de thérapeutique (SFPT).
« Pour la première fois, effectivement, il semble y avoir un signal d’efficacité, mais les effets indésirables pourraient prendre le pas sur ce léger bénéfice. Je comprends que les malades et leurs familles prennent cette nouvelle comme un signal positif mais, d’un point de vue médical et scientifique, la prudence reste de mise », avertit Dominique Deplanque, président de la SFPT et chef du service de pharmacologie médicale du CHU de Lille. Il met en garde contre les emballements médiatiques et les faux espoirs.
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En termes d’effets indésirables, les examens d’imagerie ont montré 12,6 % d’œdèmes cérébraux – plus ou moins symptomatiques – pour le groupe traité au lecanemab, contre 2 % dans le groupe placebo, et 17 % de micro-hémorragies cérébrales dans le groupe traité, contre 9 % dans le placebo. Le traitement a dû être arrêté chez 7 % des patients en raison d’effets indésirables et devrait être contre-indiqué chez ceux qui prennent des anticoagulants.
Autre frein, le coût pourrait être élevé. L’Agence européenne du médicament (EMA) devrait examiner le dossier dans les semaines à venir. En attendant, des essais se poursuivent.
Que dit la revue Prescrire ?
Lécanémab et maladie d’Alzheimer : quelques premiers repères
La maladie d’Alzheimer est une situation clinique difficile pour les patients et leurs aidants. Chaque annonce de nouveau médicament autorisé dans cette maladie est source d’espoir. En janvier 2023, l’Agence étatsunienne du médicament (FDA) a accordé une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le lécanémab dans la maladie d’Alzheimer, chez des patients ayant des troubles considérés comme légers. Une demande d’AMM a été déposée auprès de l’Agence européenne du médicament (EMA).
Un anti-amyloïde bêta, comme l’aducanumab, qui est un médicament d’efficacité clinique non démontrée mais aux risques avérés. Le lécanémab est un anticorps monoclonal dirigé contre l’amyloïde bêta, un peptide que l’on retrouve sous forme de plaques dans le cerveau des patients atteints de maladie d’Alzheimer. Le lécanémab est proche de l’aducanumab, un autre anticorps monoclonal dirigé contre l’amyloïde bêta. L’aducanumab a été autorisé en 2021 aux États-Unis d’Amérique, malgré… [Texte complet dans l’Application Prescrire, lecture 6 minutes]
Élaboré par la Rédaction
©Prescrire 3 février 2023
Commentaire Dr Jean SCHEFFER
Quand on lit le commentaire de France Alzheimer, on peut s’étonner:
Notre position
L’association France Alzheimer et maladies apparentées accueille cette nouvelle avec enthousiasme. La possibilité d’un nouveau médicament efficace est un espoir thérapeutique pour les familles que nous accompagnons. Nous devons toutefois encore attendre pour son utilisation sur le sol français. Même si Lecanemab, ou plutôt Leqembi sous sa forme commercialisée, n’est pas un remède miracle. Il peut s’agir d’un premier pas vers une stabilisation de la maladie chez des millions de personnes touchées par la maladie d’Alzheimer.
Nous attendons maintenant la décision de l’Agence Européenne du Médicament (EMA) fin mars. Pour rappel, elle avait refusé la demande de Biogen pour l’Aducanumab en se reposant sur l’absence de bénéfices cliniques avérés.
La revue Prescrire est loin de partager cet enthousiasme. Une explication réside peut-être dans les sources de financement de cette association.
La Fondation Alzheimer avance un commentaire plus mesuré: « Ces résultats sont porteurs d’espoir pour les patients, les familles et les médecins du monde entier. C’est une première étape. Prolonger l’autonomie des patients à un stade précoce de 19 mois au-delà de 6 ans est un bénéfice non négligeable pour une maladie dont l’évolution est à ce jour malheureusement inéluctable. Néanmoins, ce bénéfice potentiel à long terme doit être confirmé et mis en balance avec ses conditions de mise en œuvre (effets indésirables nombreux, conditions de surveillance lourdes et prix de vente élevé).