« Les martyrs, ce sont les soignants qui étaient en première ligne » face au Covid : Braun recadre un député RN sur l’obligation vaccinale
Par Aveline Marques le 05-04-2023

« L’obligation vaccinale contre le Covid est levée. Maintenant, il faut travailler à la réintégration des soignants le mieux possible afin que les services dans lesquels ils seront accueillis ne les rejettent pas », a déclaré le ministre de la Santé à l’Assemblée nationale, mardi 4 avril. Mais pas question pour autant de considérer ces professionnels suspendus comme des « martyrs ».
L’avis de la HAS recommandant la levée de l’obligation vaccinale des soignants contre le Covid sera suivi, a réaffirmé François Braun à la tribune de l’Assemblée nationale, mardi. Par conséquent, la réintégration des quelques milliers de soignants suspendus par manquement à cette obligation « coule de source », a souligné le ministre.
Afin qu’elle se fasse « le mieux possible », le ministre réunira « dans les jours à venir les ordres professionnels, les organisations syndicales et les fédérations ». Objectif : ne pas provoquer de « crise » et de « rejet » dans les services, alors que « alors que de très nombreux soignants – ils m’ont écrit – ne veulent pas les voir revenir considérant qu’ils ont abandonné la ligne, qu’ils ont abandonné les autres », a précisé François Braun, interpellé sur la question par le député Frédéric Falcon, membre du Rassemblement national.
Accusant le Gouvernement de laisser « mourir à petit feu » ces hommes et ces femmes ainsi que leur famille, les qualifiant de « martyrs du macronisme autoritaire », le député réclame non seulement leur réintégration mais aussi leur indemnisation des rémunérations non perçues.
« J’y étais »
Des termes qui ont fait bondir le ministre de la Santé. François Braun a d’abord rappelé que la HAS avait insisté sur le fait que la vaccination anti-Covid avait sauvé des vies. « Vous parlez de ‘martyrs’, Monsieur le député, a-t-il ensuite attaqué. Les martyrs, ce sont des personnes qui sont décédées du Covid, les martyrs, ce sont les personnes qui sont en Covid long, qui n’arrivent plus à vivre correctement. Les martyrs, ce sont les soignants qui étaient en première ligne et qui ont maintenant des troubles parce qu’ils sont épuisés du travail qu’ils ont fait pendant que d’autres, effectivement, ne se faisaient pas vacciner et n’étaient pas dans l’hôpital. » Et d’appeler le parlementaire d’extrême droite à « un tout petit peu d’humilité ». « J’y étais, d’autres soignants y étaient. Nous, nous savons de quoi nous parlons. »
Réintégration des soignants non-vaccinés :
réagit aux propos de
et estime que « les martyres, ce sont les personnes décédées du #Covid« . Le Ministre de la Santé souhaite une « réintégration dans les meilleures conditions. » #DirectAN #QAG
https://twitter.com/LCP/status/1643264413527318528?s=20
Voir aussi:
Réintégration des soignants non vaccinés : « J’avais vécu ma suspension comme une trahison »
Publié le 31/03/2023 à 19h42
Écrit par Baptiste Galmiche

Le ministre de la Santé a annoncé la réintégration des soignants non vaccinés contre la Covid-19, suspendus depuis 18 mois. Une annonce qui laisse dubitatifs les principaux concernés.
Alors que le gouvernement a annoncé la levée prochaine de l’obligation vaccinale pour les soignants, les principaux concernés se montrent méfiants. Selon le ministère de la Santé, un peu plus de 1.000 infirmiers sont concernés. La Fédération hospitalière de France parle, elle, de 4.000 personnes dont 500 infirmiers.
Parmi eux, Muriel*, personnel soignant au centre hospitalier de Troyes. Elle ne s’est pas fait vacciner, en raison d’une contre-indication médicale. Mais Muriel a été suspendue de ses fonctions à l’hôpital, car son problème de santé ne rentrait pas dans les exceptions mises en place par le gouvernement et qui permettaient aux soignants non vaccinés de poursuivre leur activité. « J’ai eu l’impression d’être exploitée pendant le Covid, quand on avait besoin de nous, puis d’être jetée comme un mouchoir« , soupire-t-elle.
« Je pense vraiment que cette obligation vaccinale a été mise en place pour nous emmerder« , lâche Muriel. Elle poursuit : « Certains personnels vaccinés ont été autorisés à travailler alors qu’ils étaient positifs. Et nous qui étions en forme mais non vaccinés, nous n’avions pas le droit.«
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Malgré son amertume, Muriel se réjouit de peut-être retrouver son travail. « Je suis contente de retrouver les patients, sourit-elle. Et j’ai la chance d’avoir des collègues qui m’accueillent à bras ouverts. Autour de moi, l’ambiance est très sympathique. J’arrive à faire abstraction de l’encadrement » (qui n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet malgré nos sollicitations).
Mais du haut de ses 60 ans, Muriel le concède : « Si j’avais été plus jeune, peut-être que je ne reviendrais pas et que je bifurquerais sur autre chose. Cette manière de faire était quand même très sauvage !«
« J’ai été maltraitée par ma direction »
Martine*, de son côté, n’a pas choisi non plus de se réorienter. Infirmière dans le secteur privé, à Troyes, elle va changer sa manière de travailler. « Je recommencerai à travailler toujours en tant qu’infirmière, mais en intérim. »
Elle aussi a été démise de ses fonctions après avoir refusé de se faire vacciner. Pendant cette période où elle n’a pas reçu de compensation financière, elle a créé une microentreprise, grâce à laquelle elle a pu toucher le revenu de solidarité active (RSA). « Cela m’a permis de maintenir la tête hors de l’eau. Je touchais 1.900 euros nets par mois, et j’ai fini à 1.400 euros car cette aide est dégressive.«
Une situation difficile pour cette mère de trois enfants qui a toujours du mal à digérer la situation. « J’ai été maltraitée par ma direction. Je les ai toujours dépannés quand ils en avaient besoin. Ils pouvaient m’appeler à toute heure de la nuit, je venais, souffle-t-elle. J’avais vécu ma suspension comme une trahison, comme si l’on m’avait trompée.«
Alors aujourd’hui, pas question de retrouver son poste. « Si je devais retravailler pour eux, après tout ce que j’ai subi, j’irais en pleurant. La seule chose qui m’apaiserait serait des indemnités et des excuses du gouvernement« , conclut-elle.
Pour l’heure, aucune date n’a été communiquée. Les modalités de cette réintégration des personnels soignants non vaccinés doivent encore être définies.
* Les prénoms ont été changés.