Une nouvelle fois l’UFC Que Choisir s’alarme des difficultés d’accès à la médecine de ville. Elle plaide pour une coercition durable à l’installation des médecins libéraux.

En finir avec le « dogme de la liberté totale d’installation » des médecins : la solution de l’UFC Que Choisir

Par Fanny Napolier le 04-04-2023

https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-acces-aux-soins-la-medecine-hospitaliere-et-de-ville-en-etat-d-urgence-vitale-n106898/

Dans une nouvelle étude, l’UFC Que Choisir s’alarme des difficultés d’accès à la médecine de ville. Et plaide pour une coercition durable à l’installation des médecins libéraux.

« Alors que l’accès à la médecine de ville est défaillant sur de larges pans du territoire du fait de la liberté totale d’installation dont bénéficient les médecins libéraux, les hôpitaux sont par ailleurs structurellement saturés », s’alarme l’UFC Que Choisir dans une nouvelle étude, publiée ce lundi.

L’association de consommateurs fait le constat des difficultés croissantes d’accès à la médecine de ville, et des conséquences sur la fréquentation des urgences. « Une diminution de 1% de la densité des médecins libéraux dans un département augmente jusqu’à 0,6% l’activité de ses urgences sur le court terme », assurent les auteurs de l’étude. 

Parmi les solutions soutenues, une coercition durable à l’installation des médecins libéraux. Saluant l’idée récurrente de contraindre les jeunes médecins à exercer en zone sous-dotée à l’issue de leurs études pendant quelques années, l’association va plus loin. Plus efficace que cette mesure « rustine » selon l’UFC, il faut envisager une coercition « pérenne et systémique » via un « conventionnement territorial géré par les ARS ». 

L’association appelle également à augmenter les capacités de formation en facs de médecine, et « à piloter la formation des médecins, par région et par spécialité en fonction des besoins prioritaires ».

Lire l’étude sur quechoisir.org

Accès aux soins

La médecine hospitalière et de ville en état d’urgence vitale

Publié le : 03/04/2023 

https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-acces-aux-soins-la-medecine-hospitaliere-et-de-ville-en-etat-d-urgence-vitale-n106898/

Dans la continuité de ses récents constats sur l’étendue de la fracture sanitaire (1), l’UFC-Que Choisir, sur la base d’une étude exclusive, sonne aujourd’hui l’alerte sur les conséquences de la baisse massive de l’accès aux médecins et aux soins, immédiates et à moyen terme. Refusant la déliquescence de la permanence des soins, l’association enjoint le gouvernement d’appliquer d’urgence une thérapie de choc.

L’étude complète:

https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-acces-aux-soins-la-medecine-hospitaliere-et-de-ville-en-etat-d-urgence-vitale-n106898/?dl=115246

NON, L’ENGORGEMENT DES URGENCES N’EST PAS LA FAUTE DES USAGERS !

Depuis le 1er janvier 2022, les usagers se présentant aux urgences des hôpitaux sans que cela n’aboutisse à une hospitalisation se voient appliquer le FPU (Forfait Patient Urgences), c’est-à-dire une facturation de 19,61 €. Cette ponction financière – aberrante puisqu’elle fait reposer sur les usagers l’évaluation de leur propre état de santé – part du postulat qu’ils pourraient parfaitement consulter des médecins de ville plutôt que de participer à la saturation des urgences. Or ce préjugé est parfaitement infondé.

En effet, sur la base d’une analyse économétrique (2) inédite basée sur la fréquentation de plus de 600 établissements ayant un service d’urgences sur le territoire métropolitain d’une part, et sur la démographie de la médecine libérale dans la zone d’autre part, l’étude de l’UFC-Que Choisir démontre que l’état de l’offre de médecine de ville a un impact mécanique et important sur la fréquentation des services d’urgences. Notre analyse montre même qu’une diminution de 1 % de la densité des médecins libéraux dans un département augmente jusqu’à 0,6 % l’activité de ses urgences sur le court terme, et jusqu’à 0,9 % sur le long terme. Concrètement, une baisse nationale de 1 % de l’offre de médecine de ville entraînerait plus de 100 000 passages supplémentaires aux urgences sur une année !

UNE PROCHAINE DÉGRADATION DE L’OFFRE GLOBALE DE SOINS QUI RISQUE D’AMPLIFIER LA FRACTURE SANITAIRE

Il est d’autant plus important de saisir l’impact d’une faible disponibilité de soins de ville sur la fréquentation des urgences que l’offre de médecine libérale, déjà atone, va se dégrader : d’ici à 2030, la densité de médecins libéraux va baisser de l’ordre de 5 % d’après la Drees. Cette situation est la conséquence directe du resserrement du numerus clausus (3) à la fin des années 1970, qui a réduit de manière drastique le nombre de médecins formés pendant 20 ans : aujourd’hui, 31 % des médecins libéraux ont plus de 60 ans, et 16 % ont même plus de 65 ans.

Cette situation est d’autant plus déplorable qu’elle aboutira à un creusement des inégalités territoriales si le dogme de la totale liberté d’installation des médecins n’est pas remis en cause. En effet, en mettant en relation l’âge moyen des médecins et leur nombre par département, l’étude de l’UFC-Que Choisir met en évidence le fait que les départements les moins bien dotés en généralistes libéraux sont souvent ceux où la moyenne d’âge des praticiens est la plus élevée. A titre d’illustration, alors que la densité de généralistes libéraux est plus de deux fois inférieure en Eure-et-Loir que dans le Finistère (48,5 généralistes pour 100 000 habitants contre 108,2), l’âge moyen des praticiens y est beaucoup plus élevé (56,3 ans contre 45,9 ans).

UNE POLITIQUE DE FORMATION ENCORE DÉFAILLANTE

La mise en place en 2020 du numerus apertus (4) en lieu et place du numerus clausus n’a pas eu de véritable impact sur le nombre d’étudiants admis en deuxième année de médecine, qui va stagner au cours des prochaines années à un niveau tout juste supérieur à celui qui prévalait au cours des années 1970, alors même que depuis la croissance de la population a atteint 25 %.

Le numerus apertus constitue donc en réalité le maintien d’une politique de rationnement de la formation en médecine, basée sur les capacités d’accueil limitées des universités, aboutissant à ce que 65 % des étudiants en Parcours d’accès spécifique santé (PASS, la voie principale des études de médecine) ayant pourtant validé leur première année d’études ne soient pas admis en deuxième année de médecine.

Cette situation est d’autant moins acceptable qu’il existe une forte déperdition d’étudiants au cours de la formation, puisqu’un quart des entrants en deuxième année de médecine ne s’inscrivent pas à l’Ordre des médecins, en grande partie consécutivement à des conditions d’apprentissage dégradées, traduisant là aussi un déficit de moyens publics consacrés à la formation.

Au vu de ces constats, l’UFC-Que Choisir, soucieuse de permettre à tous les usagers l’accès à un système de santé répondant à leurs besoins, saisit aujourd’hui le ministre de la Santé et la ministre de l’Enseignement Supérieur de la Recherche et leur demande :

  • D’organiser la permanence et la continuité des soins en coordonnant la médecine hospitalière et la médecine de ville, qui fonctionnent encore trop souvent en silo ;
  • D’augmenter la capacité de formation en médecins des facultés, afin de permettre de répondre aux besoins de la population d’ici 10 ans ;
  • De piloter la formation pour prioriser les spécialités et les régions où la démographie médicale est la plus insuffisante par rapport à la demande de soins.
  • Améliorer l’attractivité du métier en dégageant du temps médical utile
  • Partager les compétences avec les professions paramédicales(infirmier(e)s en pratiques avancées etc.)
  • Simplifier les tâches administratives pour les médecins (mise en place d’assistants médicaux)
  • Développer de manière coordonnée l’exercice médical de groupe – à travers les maisons de santé pluriprofessionnelles et les centres de santé (médecins libéraux, en exercice mixte, ou salariés) – de sorte à valoriser le partage des compétences, et assurer un équilibre de cette offre sur le territoire.
  • Réguler l’intérim « mercenaire » de manière vraiment efficace, donc contraignante

TÉLÉCHARGER L’ÉTUDE COMPLÈTE

EtudeaccEsauxsoinsvdef.pdf

NOTES

(1) https://www.quechoisir.org/action-ufc-que-choisir-l-ufc-que-choisir-devoile-la-carte-de-l-intolerable-fracture-sanitaire-les-pouvoirs-publics-vont-ils-engin-agir-pour-la-resorber-n103835/

(2) Pour la collecte des données et leurs traitements économétriques, l’UFC-Que Choisir a eu recours à l’expertise de SKEMA Business School. Les détails de la méthodologie et des résultats obtenus sont consultables dans notre étude complète.

(3) Quota national de places en deuxième année de médecine, défini par arrêtés annuels, qui était en vigueur en France de 1971 à 2020.

(4) Nombre minimum « ouvert » d’admis en deuxième année, dans la limite des capacités des universités.

Commentaires Dr Jean SCHEFFER

L’association « UFC Que Choisir » remet sur le tapis et à juste raison l’extrême urgence de réguler l’installation des médecins libéraux. Elle insiste sur le lien étroit concernant la baisse de la démographie des généralistes dans un territoire donné et l’augmentation de la fréquentation des urgences hospitalières: une baisse nationale de 1 % de l’offre de médecine de ville entraînerait plus de 100 000 passages supplémentaires aux urgences sur une année !

Cependant la régulation de l’installation des généralistes, spécialistes, et l’augmentation du numerus apertus seront insuffisants, car il demeurera 40% de postes de praticiens hospitaliers dans nos hôpitaux généraux et même des postes de chef de clinique et d’agrégés dans les CHU non pourvus. Il faut aussi pourvoir tous les autres postes vacants:  hôpitaux psychiatriques, tous les autres lieux de soins ou de recherche, centres de santé publique et maisons de santé pluri-professionnelles (MSP), CMP, PMI, crèches, médecine pénitentiaire, médecine scolaire et universitaire, santé publique, médecine du travail…

Il s’agit donc à mon sens de voir l’ensemble des problèmes et de les solutionner en même temps, ce qui est possible.

La solution c’est un « Clinicat-Assistanat pour tous », en fin d’internat, obligatoire pour tous les futurs généralistes et les futurs spécialistes, d’une durée de 3 ans. L’activité serait partagée entre divers établissements, à l’image des assistants partagés actuels entre hôpitaux Généraux (CHG) et CHU. Les chefs de clinique-Assistants auraient leur activité entre CHU et CHG pour les futurs spécialistes; entre CHG-CHU et PMI, CMP, santé publique, santé scolaire, médecine pénitentiaire, médecine du travail, EHPAD… ; entre CHG et centres de santé et maisons de santé… Il s’agit donc par un seul et même dispositif de solutionner en quelques années l’ensemble des manques criants et urgents de médecins dans tous les domaines, dans toutes spécialités, sans pénaliser une catégorie, les futurs généralistes par exemple, ou les étudiants en médecine peu fortunés, obligés de s’installer dans un désert pour se payer leurs études.  Cela évitera de plus le dumping entre villes, entre départements pour recruter ou débaucher, les jeunes en fin d’internat, ou ceux déjà installés et répondant à une offre plus alléchante. Avec cette disposition il n’y aurait plus le problème de l’intérim médical.

Il faudra définir par région, département et territoire, les manques les plus urgents en généralistes et spécialistes, et en tirer les conséquences sur la répartition par spécialité pour la première année d’internat et pour les postes de « Clinicat-Assistanat »

La motivation de ma proposition est sur le lien « Vision Globale -Solution globale »:

https://1drv.ms/w/s!Amn0e5Q-5Qu_sAoKetf_T8OKk2Io?e=GfjeRj?e=4YzGt2

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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