Démissions, idées suicidaires, charge de travail… Cinq chiffres qui révèlent le malaise des médecins hospitalo-universitaires
Par Aveline Marques le 29-03-2023

Les PU-PH (professeur des universités-praticiens hospitaliers) ne sont pas épargnés par l’épuisement professionnel. C’est ce que révèle une enquête menée auprès de l’ensemble des médecins hospitalo-universitaires (HU) français, dont les résultats viennent d’être publiés. Les auteurs soulignent que ce mal-être menace sérieusement l’attractivité des CHU.
« Les membres du corps professoral sont engagés dans une bataille sans fin pour fournir la quantité demandée tout en maintenant une qualité optimale, soulignent les auteurs de cette étude, publiée dans Jama Network Open, mardi 28 mars. Leur travail est gratifiant mais implique également d’énormes responsabilités et créé un stress massif. »
Dans un contexte où la demande de soins augmente, où la charge administrative pèse de plus en plus lourd, où le nombre d’étudiants à former ne cesse d’augmenter et où le financement de la recherche est une « préoccupation constante », les Conseils nationaux universitaires des différentes disciplines de santé et les doyens des facultés de médecine ont mené l’enquête pour apprécier la santé mentale des HU français, les données en la matière étant « rares ».
Le questionnaire a été diffusé entre octobre et décembre 2021 auprès de 5 066 HU titulaires en activité. Ils sont 2 390 (soit 45%) à y avoir répondu, dont 1 699 PU-HP et 677 maîtres de conférence universitaires – praticiens hospitaliers (MCU-PH). Parmi eux, 60% sont chefs de service et 25% dirigent une équipe de recherche.
12 heures : le temps de travail quotidien
L’enquête met en lumière la « lourde charge de travail » des HU. Ces derniers passent en moyenne 10 heures par jour à l’hôpital et travaillent en plus 2 heures par jour à leur domicile, d’après les résultats de l’enquête. Les deux tiers d’entre eux participent à la permanence des soins le week-end et la moitié assument des gardes. Les répondants ont tous déclaré travailler les lendemains de garde. Invités à mesurer de 1 à 10 le sentiment que leur travail empiète sur leur vie privée, les HU ont mis la note de 8.
Leur temps de travail hospitalier se compose à 40% des soins aux patients, à 30% de recherche (7 sur 10 aimeraient y consacrer plus de temps) et d’enseignement, à 20% des tâches administratives et à 10% d’activités transversales.
A cela, s’ajoutent l’enseignement facultaire (50 heures par an), l’encadrement des travaux de recherche étudiants (6 à 9 au cours des trois dernières années) et la participation aux congrès médicaux (10 à 12 demi-journées par an).
40% souffrent d’un burn out
Sur 2 390 répondants, 952 ont signalé des symptômes d’épuisement professionnel grave, soit dix fois plus que dans la population générale, et 12% font état de stress au travail.
Les MCU-PH souffrent significativement plus de…
burn out que les PU-PH (47% vs 37%). L’existence d’un syndrome d’épuisement professionnel est plus fréquemment associée à l’exercice d’une spécialité non clinique, au fait de déclarer un empiétement du travail sur la vie personnelle, au besoin de faire constamment « bonne figure » ou encore d’avoir été victime de harcèlement. A l’inverse, bien dormir, se sentir valorisé par les collègues et le public, avoir une plus longue expérience de l’enseignement apparaissent comme des facteurs protecteurs.
343 médecins hospitalo-universitaires rapportent des idées suicidaires
14% des répondants à l’enquête font état d’idées suicidaires, soit trois fois plus que dans la population générale, mais dans des proportions toutefois moindres que dans les études réalisées chez les médecins généralistes. Le taux monte à 25% chez HU souffrant de burn out. A titre de comparaison, il était de 27% chez les étudiants, internes et jeunes médecins dans l’enquête santé mentale de 2017.
Un interne a trois fois plus de risque de se suicider qu’un Français du même âge
Plus de la moitié des MCU envisagent de démissionner
C’est un « signal alarmant retentissant » pour les CHU, alertent les auteurs : 54% des MCU-PH répondants envisagent de démissionner, et 41% de changer de carrière. En parallèle, 1 PU-PH sur 4 songe à anticiper sa retraite. Lorsqu’ils échangent avec leurs jeunes et futurs confrères, seuls 42% des HU se montrent encourageants, 50% se disent prudents et 8% confessent être dissuasifs… « La capacité d’attirer et de retenir le personnel enseignant des hôpitaux universitaires est menacée, en raison des niveaux élevés de symptômes mentaux dans ce groupe professionnel », insistent les auteurs.
99% inquiets pour la retraite
La retraite est une source d’inquiétude majeure pour les HU, du fait du faible niveau prévisible de leur pension. En effet, rappelle la Conférence des doyens de facultés de médecine, la retraite des hospitalo-universitaires est « calculée uniquement sur leur revenu universitaire sans tenir de leurs émoluments hospitaliers ».
Dans un communiqué du 29 mars, les doyens appellent à la mise en place d’actions « en urgence pour favoriser l’attractivité des carrières », tels l’alignement des pensions de retraite sur le régime général, la formation et l’accompagnement managérial et l’aménagement d’un temps protégé et de moyens dédiés à la recherche.
Source :
www.egora.fr
Auteur : Aveline Marques
« La souffrance des Hospitalo-Universitaires français publiée dans le JAMA ! »
(Communiqué des praticiens hospitaliers de l’APH)
Émis par : APH
La commission Hospitalo-Universitaire et le bureau d’Action Praticiens Hôpital souscrivent entièrement aux conclusions de l’enquête menée par les CNU et publiée dans le JAMA Open Network ce 28 mars 2023.
Le défaut d’attractivité des carrières Hospitalo-Universitaires est majeur. Il s’agit pourtant d’un enjeu crucial alors qu’il est prévu de doubler en quelques années le nombre de médecins à former. L’investissement pour devenir un Hospitalo-Universitaire de bon niveau est colossal et exige un investissement intellectuel et personnel majeur (M1, M2, thèse d’Université, Mobilité, HDR) couplé à un dévouement sans faille au service public.
Ce « deuxième » cursus, souvent débuté à la suite des études de Médecine à plus de 30 ans, doit pouvoir être facilité notamment pour respecter les objectifs de parité. En effet, les femmes représentent seulement 25% des PU-PH titulaires alors qu’elles constituent plus de 60% de l’effectif des médecins diplômés.
Les salaires, bien sûr, mais surtout la retraite, sujet majeur du moment, sont honteusement bas pour les HU. La reconnaissance salariale est un levier majeur de l’attractivité des carrières des PU-PH et devra être prise en compte tout comme l’intégration pour leur retraite des émoluments hospitaliers.




